Chronique

Demago « Au coeur de l’atome » (2019)

8 mars 2019, Aiollywood
album demago au coeur de l'atome 2019
Temps de lecture : 2’00

11 ans. C’est le temps que Demago s’est accordé pour venir présenter la suite du glacial « Hôpital ». Après un silence assourdissant et de multiples retours avortés, 2019 semble l’année propice pour jouer à nouveau du rock’n’roll. Parfois, il faut savoir prendre le temps pour mieux les apprécier. Maun et Bleach reviennent, on n’en demandait pas moins.

D’abord, il va falloir se montrer patient (encore !) : le 15 février dernier, Demago est venu dévoiler « Au cœur de l’atome », son nouvel EP 5 titres. « EP » rime avec « retours en plusieurs fois »… et on espère que la suite sortira plus rapidement cette fois. D’ici-là, les deux comparses nous laissent avec de nouvelles compos en écoute. On dirait que les années sont venus torturer leur univers sonore qui a, ce n’est pas peu dire, muter. Ici, le rock semble vouloir s’amuser avec les machines… comme si le reflet du monde se réfléchissait au cœur de l’atome.

Les 5 tracks sont à écouter dans l’ordre naturel du disque : on sent bien que le monde a changé depuis 2008, que quelque chose s’est cassée aussi. Mis à mal par les soubresauts du temps et de ceux qui nous pressent, le cerveau déraille. Carré blanc, quasi-mystique, dresse le portrait d’une planète qui ne tourne plus bien rond. Les guitares aux riffs rageurs embrassent des beats saturés là où un rock côtoie la fusion. « Au cœur de l’atome », le verbe tutoie la prose et les lyrics explosent.

Le moment est venu, mon poing dit la prière d’un monde disparu

Touché en plein cœur un soir noir de 2015, Demago parvient cependant à prendre de la hauteur. La tentative de reconnexion avec le monde réel est difficile. Paris s’est relevé mais l’esprit suffoque, mitraillé par des balles qu’il entend encore siffler. Dans cette brise électrique, « la mort attend son heure ». Touché. La toile se déforme, le barillet ne s’enraille pas, Demago se digitalise. Paris ne répond plus.

Marqué au fer rouge, Demago se voit dans les 5 dernières minutes avant la fin d’une ère, d’un monde, d’un ailleurs, d’un quelque chose qui est certainement révolu. Chrysalide, nappages synthétiques, première mue. Déjà mort. Après ces cinq putains de dernières minutes, direction le grand vide.

Ce grand vide correspond peut être à un grand rien. Une nouvelle espèce ? Une espèce qui vit que par des chiffres et des courbes et qui a réussi à déshumaniser le monde (La part du gâteau). C’est finalement après une chute vertigineuse de plus de 7 minutes que Demago apporte cette note d’espoir en conclusion de l’EP : après avoir imbibé l’atome d’une ambiance pesante à souhait, une éclaircie parvient à percer les nuages. A pas feutrés, Demago dévoile-là une autre facette, plus optimiste, plus joyeuse, comme pour marteler à nos esprits torturés qu’il faut toujours avancer. « Ne crois qu’en tes désirs du matin (…) tu trouveras mieux demain ».

C’est bien une certitude, Demain n’est pas loin.

« Au cœur de l’atome » (25 min.), nouvel EP de Demago disponible depuis le 20 février 2019.

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