« C’était le groupe Zebda… de Toulouse ! » à Victoire 2 (Montpellier, 34) 17.12

12 min de lecture
Zebda Carole Petriz Toulouse 2011

Après 8 ans d’absence et une reformation cet automne, Zebda a clôturé à Montpellier ce qu’il avait lancé comme étant son « premier tour ». En attendant la sortie de leur nouvel album fin janvier 2012, les toulousains reviennent plus motivés que jamais.

La salle est comble, il faut dire que c’est sold-out depuis belle lurette. Si la chic Victoire 2 a été préférée au mythique Rockstore de Montpellier, personne ne s’en plaindra tant l’acoustique est toujours aussi plaisante. Le temps a semblé long depuis que Zebda a décidé de dire son stop à son aventure collective, en 2003. Huit longues années se sont écoulées, marqués par les différents projets solos des frères Hamokrane (Mouss & Hakim, Origines Contrôlées) ou encore celui de Magyd Cherfi. Huit longues années où le paysage musical français semblait amputé d’un de ses portes parole contestataires. Là où la nouvelle scène française peine aujourd’hui à rassembler les jeunes derrière un même étendard, Zebda, et le temps écoulé n’a fait que le confirmer, a démontré toute sa capacité à unir un public fidèle à travers les générations.

Dans son registre si personnel, Zebda n’a pas dérogé à la règle : plus affuté que jamais, le retour des toulousains sur les planches de France a été fortement motivé par les élections présidentielles de 2012. La narration est douloureuse, elle renferme toujours cet héritage que les trois chanteurs cherchent constamment à porter : si le groupe a choisi d’ouvrir son set avec ses nouveaux morceaux, ils gardent en eux cette envie de partager. Le Dimanche Autour de l’Eglise, avec un synthé en fonds, conte avec malice le quartier, le marché et le métissage qui le colore. A travers un nouvel album qui s’annonce encore engagé, les membres de Zebda nous ouvrent, à leur manière, les portes de l’Assemblée Nationale avec le morceau Je Ne Sais Quoi. Traitant avec satire l’apparition imagée de Magyd Cherfi sur les bancs des politiciens, ce dernier ne cache pas sa stupeur de remarquer qu’il n’y a que…des blancs. Sur des sonorités reggae, Victoire 2 se met vite à jumper sur les « ils se disent que je suis un je ne sais quoi, un je ne sais quoi, mais c’est quoi ?! ».

La liberté de s’exprimer, la liberté de penser aussi, Zebda en a fait un de ses principes essentiels : D’égal à égal restera un des morceaux fortement apprécié par le public de ce dernier opus. Mélodieux et surtout très francs, les toulousains ne peuvent s’empêcher de jouer sur les consciences : la spontanéité des deux frères s’entrechoque avec la tolérance de Magyd Cherfi et le message est immédiat. Et même si le public attend particulièrement les anciennes compos, la révolution festive de Zebda fait son effet. Avec le charisme qu’on leur connait, Zebda s’empresse de réagir sur le slogan « La France, aimez-là ou quittez-là ! ». Le public sifflant, Mouss les interpelle : « ne sifflez pas, ce n’est pas à cause de nous qu’il a été élu ! ». Sauf que, constat irréfutable, Hakim précise : « partout où l’on va, personne ne vote pour lui… pourtant il a bien été élu ! ». Magyd conclue : « mais il s’adressait à qui ? aux Picards ? ». « Non aux Lorrains ! » ajoute Mous. « Aux Auvergnats ! » renchérie Hakim… Les rires jaunes fusent durant la soirée, mais l’idée d’une société plus généreuse et solidaire reste un des points d’ancrage du groupe. Comme une sorte de fil rouge, le groupe partit plusieurs fois dans des dialogues interactifs teintés d’humour noir.

Pour revenir à la musique, le groupe alterne plusieurs phases : Le Bruit et l’Odeur, toujours d’actualité, ne manque pas de réchauffer les cœurs. En mélangeant le rock, le raï, la chanson française et le reggae, l’alchimie est vite trouvée. Si musicalement le groupe prend de plus en plus ses aises dans ses interprétations, la ferveur autour de Y’a Pas d’Arrangement est toujours aussi efficace : « y’a pas d’arrangement, y’a pas d’arrangement, y’a pas d’arrangement, y’en a pas non non ! ». En lançant quelques piques à Hortefeux, le groupe enchaîne avec la compo engagée On est Chez Nous et ses « je dessine à la main une troisième étoile, je fais la marinade des peuples métisses, pas de salade, je fais monter les épices… ».

Zebda Carole Petriz Toulouse 2011

La poésie jamais très loin, Magyd Cherfi excelle dans ce domaine : avec le touchant duo percussions/accordéon Mon Père M’a Dit, « me voilà condamné, pour quelques paires d’années, sans plus savoir pour quelles raisons, à peine qu’on est né, me voilà destiné, à compter les jours plus que de raison ». A l’ancienne mais toujours aussi frais, les hits ne tardent pas à s’enchaîner avec le très oriental Talisma ou  Né Dans La Rue et ses « passe la vie, passe le temps, passe la caravane et pourtant… » avant de faire chavirer Victoire 2 sur un incontournable, Oualalaradime. A s’en rompre les cordes vocales, le public a hurlé le refrain bien après que le morceau soit terminé…

En injectant les nouveautés avec intelligence, le groupe s’est assuré un public unanime sur sa performance : bourré d’énergie, Zebda a usé de bon sens dans sa présence scénique, bougeant dans tous les sens mais prenant la pose en trio à plusieurs reprises. Des moments figés plein de symbolique qui marquent ainsi l’ensemble du groupe : un groupe droit dans ses pompes qui a choisi la musique et le métissage pour passer ses idées. Très communicatif avec le public, la réussite de la chorégraphie sur le rafraîchissement Les Mains n’en est qu’un exemple flatteur.

Jamais à côté de son sujet, le groupe a gardé toute l’humanité que l’on leur connaissait : très proche de son public, le rappel sonnera comme un énième appel à la fête. Tout Semble Si apporte un dose de douceur mais rentre une nouvelle fois en guerre contre le Front National : « n’attends pas qu’ils reviennent, même s’ils n’ont pas d’arme ils sont là, ils ont pris quatre villes déjà, n’attends pas qu’ils nous tiennent… ». Suite logique du set, Je Crois Que Ça Va Pas Être Possible, vient marteler l’auditoire sur les dérives discriminantes de la société.

Avec de nombreux interludes politiques, Zebda a décidé de revenir sur le devant de la scène avec des convictions plein la tête : après une longue présentation de chaque membre du groupe, ils ne pouvaient quitter la capitale languedocienne sans chanter leur fameux Tomber La Chemise. Morceau certainement le plus léger du groupe mais tellement festif qu’il dura plus de 7 minutes. Le temps que Mouss et Hakim, sortis de nulle part, se retrouvent debout sur le bar à slamer dans la foule… Remis de ses émotions, le public montpelliérain se montra d’ailleurs très exigeant et n’en démordra pas : il ne partira pas sans avoir chanté Le Chant des Partisans. Partis en coulisses, les membres du groupe ne pourront rester insensibles face à l’enthousiasme des spectateurs qui chantent à tue tête « motivés, motivés, il faut rester motivés ! ».

Un dernier tour d’honneur avant de se dire au revoir, et surtout un grand bravo pour les deux bonnes heures de show assurées dans tous les domaines : une régie lumière irréprochable, une qualité de son enfin à la hauteur d’une salle du standing de Victoire 2, et un spectacle avant tout festif et militant pour le grand retour du collectif Zebda. En proposant un set très politisé, Zebda a d’ores et déjà lancé sa campagne avant les présidentielles.

Le public, lui, restera motivé. « Profitez-en, parce que nous, on en profite ! ».

De quoi finir comme à chaque concert : « C’était le groupe Zebda…de Toulouse ! ».


Crédits Photos : Caroline Petriz (concert à Toulouse)

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