Chronique

Têtes Raides « Bing bang boum » (2021)

10 novembre 2021, Aiollywood
chronique tetes raides bing bang boum album
Temps de lecture : 4’00

Ce ne sont pas les plus de 35 ans au compteur qui risquent de les faire vriller : les Têtes Raides sont revenues aux affaires à la rentrée avec un nouvel album surprenant, « Bing bang boum ». Malgré une tournée des « 30 ans de Ginette » menée en équilibriste sur un fil à cause de la crise sanitaire, le groupe est de retour et il nous démontre qu’il a encore des choses à dire.

Côté studio, nous avions laissé les Têtes Raides en 2014, avec « Les terriens ». A cette époque, le groupe était sur une lancée plus que dynamique avec d’abord, un excellent album, « L’an demain » (2011), suivi d’une ode à la poésie avec la mise en musique de poèmes sur « Corps de mots » (2013). Depuis près de 7 ans, plus rien. A l’exception de plusieurs sorties solo de son chanteur emblématique, Christian Olivier.

Même si l’on sentait que quelque chose se préparait depuis un peu plus d’1 an maintenant, c’est toujours avec une certaine excitation que les nouvelles créations des Têtes Raides se découvrent : en 2014, « Les terriens » marquait un air de changement, des envies d’ailleurs certaines. L’album avait dans son ensemble déçu, il faut dire que « L’an demain » tutoyait les sommets. C’est donc après avoir laissé reposer tout ça que « Bing bang boum » déboule. Sur ce disque, une nouvelle pièce est venue s’ajouter au puzzle : Edith Fambuena. Cette dernière, qui a collaboré entre autres avec Bashung, Higelin, Daho, etc., a surtout déjà travaillé avec Christian Olivier sur son side-project et les manettes de la production lui ont été confiées.

Et sur ce « Bing bang boum », le défi est relevé haut la main. Il suffit d’une seule écoute pour retrouver ce grand frisson, cette explosivité subtile qui entrechoque les mots pour les faire briller de mille feux. Dès le titre d’ouverture, En avant, on comprend la fureur qui sommeille. Dix vers en 2 minutes, un rock poisseux qui invite les cuivres à danser pour sortir de l’ombre, c’est tout vent dehors que la crise s’affrontera. Derrière cette invitation surgit La liberté. La liberté de vivre, la liberté de gueuler, la liberté de s’opposer. C’est un des premiers moments forts de l’album, marqué par la voix grave de Christian Olivier, qui nous bouscule, avec les mots, toujours, en nous exhortant de garder les yeux ouverts. Les guitares donnent le ton, la pression monte, les machines s’invitent à la danse, le tour de piste est réussi.

Ce tour de piste, il est à la fois humaniste, alarmiste et revendicatif, en gardant constamment ce regard amusé sur ce qui nous entoure. On se surprend à être touché sur Yaourt, un morceau chanté en… yaourt, par sa douceur et sa mélancolie suggérée. Ou par la Critik, qui prend à contre-pied les standards de l’imaginaire collectif qui en finissent par devenir oppressant. Toutefois, la palme sera probablement adressée à Abcédaire, un petit bijou du genre, dans un registre clownesque si fidèle au groupe.

On se rend alors bien compte que la vie est ainsi faite : faite de hauts et de bas, comme un cycle nous renvoyant à nos rires et à nos craintes. Derrière la locution interjective Haut les mains apparait un quotidien aux reflets filtrés qui nous est possible d’apprivoiser à condition de s’y impliquer. C’est dans cet écrin suave que poésie et chanson s’en donnent avec allégresse. Derrière Le frisson, c’est une secousse, un tremblement d’une rare puissance qui nous parcourt le corps sans crier gare. « Laisse l’aurore te caresser / laisse ton corps s’en aller / laisse le temps s’arrêter / laisse un peu le frisson passer ». Ou comment la vie d’un migrant tient à si peu de choses.

Avec la finesse qu’on leur connait, les Têtes Raides continuent à surprendre : ils parviennent à éteindre L’incendie qui ravage le cœur des âmes en peine et chacune de ses sorties nous dévoile une facette travaillée avec minutie, où le rock tutoie la chanson, les cuivres les instruments à vent, avec des machines utilisées avec parcimonie. Sans jamais dénaturer l’identité musicale du groupe, on sent bien que leur univers a pourtant évolué : sur Are you ready?, en anglais, le groupe s’attaque aux maux qui gangrènent notre monde, en 2021, avec un rock’n’roll pêchu aiguisé au sax’ et une batterie bien huilée.

C’est donc en s’avançant un peu plus dans les entrailles du monstre que les Têtes Raides cherchent à l’apprivoiser : de côte à côte ou en Face à face, des notes pop apportées par le synthé accompagnent cette chanson lumineuse sur les grandes questions que se posent l’Homme en proie de réponses existentielles. Plus loin, deux joyaux boucleront la boucle de ce « Bing bang boum » de haute volée : Je ne veux pas mêle la sueur d’un rock assumé à une poésie virevoltante, où l’électricité accentue le rejet total de toutes formes d’aliénation… Enfin, le dernier moment fort de l’album viendra sur Levez-vous du tombeau, une adaptation des textes du poète Jean-Pierre Siméon. Un coup d’éclat transcendant pour nous sortir de notre torpeur ambiante, là où la danse n’est qu’un prétexte pour rejoindre la lutte. Bluffant !

Sur ce « Bing bang boum », les Têtes Raides reviennent avec un album aussi étonnant qu’entraînant. En évoluant dans leur temps et en n’hésitant pas à brouiller les pistes de leur univers musical, le groupe propose-là 12 titres qui sont pourtant inscrits sans aucune hésitation dans leur ADN. Un des albums chanson/rock de l’année assurément.

Têtes Raides, « Bing bang boum », disponible depuis le 24 septembre 2021 (12 titres, 36 min.) chez BMG.

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