Chronique

The Death Set « Michel Poiccard » (2011)

13 juillet 2012, Aiollywood
Chronique The Death Set Michel Poiccard 2011

Cela faisait un moment que Le Musicodrome avait envie de vous parler un peu plus de The Death Set. Profitons des creux de l’été pour les sorties cd’s afin de rattraper le retard accumulé : entre les papiers « oubliés » de 2011 et ceux de cette année par encore traités, Le Musicodrome voulait tenter de rattraper ses nombreux retards. Entre deux festivals, autant essayer de proposer des chroniques express que de publier pour publier. Aujourd’hui, coup de projecteur sur les australiens de The Death Set avec le dernier album en date, « Michel Poiccard », sorti en 2011.  

Rappelez-vous, festival Marsatac 2011, Marseille. Le Musicodrome prenait une claque. Une grosse claque. En l’occurrence celle de The Death Set. Pourtant, au départ, on faisait partis de ceux qui regrettaient Black Lips, initialement prévus, mais remplacés à la dernière minute par le trio australien. Un premier album assez brut, bricolé avec les moyens du bord ; « Worldwide » (2008) s’avérait pourtant être séduisant. Douce énergie punk, côté déjanté attachant, garage à souhait… et un sérieux penchant hip hop dans le chant qui les a souvent poussé à la comparaison des débuts des Beastie Boys. Bref, la mayonnaise prend. Beau Velasco en jette, Johnny Sierra aussi. Ce combo au chant fracasse. Accompagné de Daniel Walker, le groupe est né. Avec Ninja Tune comme label, The Death Set s’affirme vite comme un groupe à potentiel.

Pourtant, un an après la sortie de son premier essai, la vie de The Death Set ne tient qu’à un fil : Beau Velasco décède le 27 septembre 2009 d’une overdose. Lui qui était chanteur, compositeur et guitariste du groupe, entraine un immense vide. The Death Set est à terre, mais pas enterré. Sierra et Walker décide de porter à bout de bras le groupe, en guise d’hommage à Beau Velasco. « C’est ce qu’il aurait voulu » disent-ils sur leur site officiel. Le 15 mars 2011, « Michel Poiccard » sort dans les bacs. Nouvelle claque. Là où l’on pensait retrouver un groupe décimé, The Death Set s’est relevé. Admirablement. 17 titres, dont 3 interludes, de haute volée. La plume a changé de main mais l’esprit est préservé, et, musicalement, la diversité des tracks est déconcertante. Sévir dans le registre punk/rock est devenu tellement banal aujourd’hui qu’il est assez difficile de se démarquer de la masse d’artistes du genre. The Death Set a su trouver les ressources nécessaires pour jeter, à nouveau, un pavé dans la marre.

Fidèle à son registre musical, le groupe a composé des tracks principalement compris entre une et trois minutes. Taillés pour le live, ces derniers s’enchaînent à la pelle quasiment sans temps mort… une belle marque de fabrique punk. Mais The Death Set touche à tout : il sait manier les phases énergétiques et celles moins criardes. Beau Velasco en guise d’intro, l’album est un concentré de brûlots qui agitent sévèrement le bocal : Slap Slap Slap Pound Up Down Slap est un premier cocktail punk hurlant, un immense défouloir qui donne bien la réplique à un Too Much Fun For Regrets ou à un phénomène d’intensité sur I Like The Wrong Way. Les guitares en ébullition, les riffs saturés, invasion du digital, The Death Set nous avait bien préparé à ça ! Mais au-delà de ces morceaux terriblement corrosifs, The Death Set démontre une fois encore qu’il sait s’énerver en proposant des mélodies terriblement bien ficelées : plus punk/rock, on reste ébahis devant la rythmique entêtante d’un track tel que It’s Another Day ou un We Are Going Anywhere Man, plus hip hop dans le chant.

Intégrant de plus en plus régulièrement un synthé du plus bel effet, les sonorités plus fraîches d’une composition telle que Can You Seen Straight ? confère une nouvelle dimension au groupe : cela reste toujours très punk, mais les mélodies gagnent en puissance et on comprend la violence de ce groupe, meurtri, qui a cette incroyable faculté de nous faire baigner dans ses pensées. Beau Velasco est présent, partout. Ses paroles, son esprit, il nous enveloppe au fil des morceaux dans ce voyage sans retour. « Michel Poiccard » est avant tout un hommage sonore à Beau Velasco. Il sait nous faire exploser par sa force, ses coups de buttoirs criards mais aussi nous faire chavirer : il y a plusieurs pépites qui retournent les tripes sur cet album. Seul track supérieur à 4 minutes, I Miss You Beau Velasco ne laissera personne insensible s’il connaît le passif du groupe. Même s’il y a une effusion de guitare, le synthé créait une mélodie qui vous arracherez presque le coeur. Ça hurle sans hurler. Comme Is It The End Again ? : c’est à se poser réellement la question. Pas encore visiblement.

Entre ces morceaux littéralement opposés, The Death Set propose ses morceaux sans le moindre accroc : même si un Chew It Like a Gun Gum est résolument proche des fameux Beastie Boys, les australiens ont toujours le petit truc qui renversera la tendance. Au refrain ravageur (« Michel Poiccard prefers the old (she yearns for the devil) »), aux embardées électroniques de A Problem Is A Problem It Don’t Matter Where You From ou aux guitares acérées de I Been Searching For This Song Called Fashion, The Death Set ne lasse jamais l’auditoire. En ayant définitivement intégré les beats électroniques et autres synthés à ses compos, le groupe a évolué, c’est certain. Mais il garde en lui cette recette qui lui permet de transformer tous ses morceaux en hits regorgeant de punk. Et même quand il confère des invités au grand banquet : Spank Rock se ballade sur 7 PM Woke Up An Hour Ago avant que Diplo ne fasse exploser les enceintes sur Yo David Chase ! You P.O.V. Shot Me In The Head dans un délirant show électro/punk limite saturé.

The Death Set est vivant. Plus que jamais. Avec Beau Velasco qui veille sur eux, il ne peut (presque) rien leur arriver.

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1) I wanna take this tape and blow up ya fuckin stereo
2) Slap slap slap pound up down slap
3) We are going anywhere man
4) Can you seen straight ?
5) Chew it like a gun gum
6) Is that a french dog ? (feat. Beau Velasco)
7) I miss you Beau Velasco
8) Michel Poiccard prefers the old (she yearns for the devil)
9) I like the wrong way
10) A problem is a problem it don’t matter where you from
11) Too much fun for regrets
12) Kittens inspired by kittens
13) 7 PM woke up an hour ago (feat. Spank Rock)
14) It’s another day
15) Yo david chase ! You P.O.V. shot me in the head (feat. Diplo)
16) I been searching for this song called fashion
17) Is it the end again ?

Durée : 35 minutes
Album : 2e
Sortie : 15 Mars 2011
Label : Counter Records (Ninja Tune)
Genres : Punk / Rock / Electronique

Articles affiliés :

Hugo Kant The point of no return 2014

Hugo Kant « The point of no return » (2014)

22 août 2014
Loic Lantoine et The Very Big Experimental Toubifri Orchestra

« Nous »… C’est beau, tout simplement !

17 janvier 2018
Faut qu'ça guinche

Un live comme juste retour des choses pour FQCG

30 mars 2016

Pas de commentaire

Donnez votre avis

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Conception & réalisation : Cereal Concept