Villa Fantôme « Villa fantôme » (2022)

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Plus de 40 ans après leur rencontre, Manu et Pierrot, les deux cofondateurs du célèbre groupe La Ruda Salska (puis La Ruda), ont décidé de remettre le couvert pour un tout nouveau projet baptisé Villa Fantôme. Le 25 mars dernier, c’est comme si des fantômes du passé avaient ressurgi, boosté par de nouvelles sonorités.

10 ans après la séparation de La Ruda (réunie à nouveau en 2019 pour une petite tournée estivale), ce sont ses deux protagonistes de l’époque qui ont l’idée de partir sur un nouveau projet. Si vous voyez passer dans des salles ou des festivals le curieux nom de Villa Fantôme, vous pourrez y déceler le clin d’œil aux Specials (avec leur fameux Ghost town) mais aussi un groupe composé de 6 membres, dont Manu à la batterie et Pierrot, au chant.

Pierrot, nous l’avions suivi après la fin annoncée de La Ruda, avec son projet intimiste et personnel portant son nom, Pierre Lebas. Les péripéties autour de son album « Tigreville » ne l’avait clairement pas aidé et, musicalement, c’est une facette plutôt chanson/rock noir que nous avions découverte. Une autre approche, une autre façon de chanter, bref, un tout autre projet.

Avec Villa Fantôme, autant couper court au suspense : dans le style, Villa Fantôme marche sur les braises encore ardentes de La Ruda. L’album, éponyme, serait presque un prolongement du groupe originaire de Saumur. Du moins, c’est ce que nous laisse croire la première partie de l’album : le ska refait surface, un rock sombre et groovy l’accompagne, les paroles restent en français et la machine est lancée. Pleine bourre ! Dès l’ouverture, c’est un sacré bain de jouvence qui est proposé avec, d’emblée, un brûlot : Fantômes dans les rues fantômes est un petit bijou, les cuivres résonnent, la basse joue des siennes, et une chaleur rock enveloppe l’auditoire. Accompagnant cette déambulation nocturne, on y découvre les stigmates d’une société aux abois qui tente de se manifester à sa manière. Puissant !

Croire que Villa Fantôme compte surfer finalement sur quelque chose qu’il connait déjà serait se méprendre : dès la track suivante, Série noire, en fait la démonstration avec un polar rocksteady mis en musique qui rime avec désillusion (« tu voulais magnifique mais tu n’auras que dalle »).

Au milieu de ce tumulte musical, Villa Fantôme va aimer se replonger dans des influences clairement ska mais agrémentées de différentes déclinaisons du rock, allant taper des univers empruntés au Clash, Bashung, Police et autres ‘classiques’. Avec Sentimentale n’est pas la foule, il y a Souchon, oui, mais c’est surtout un rock teinté de ska qui prend le dessus, « où l’on y crawle ou l’on y coule / elle vous fait roi ou gibier / mais elle est sans pitié ».

Dans ce monde noir, le verbe reste pourtant manié avec justesse avec un titre qui aurait pu figurer aisément sur « Odéon 10/14 », avec Dieu n’est pas bon danseur, et on comprend que l’ADN ‘musicale’ des deux protagonistes est intacte ! Et une surprise va en cacher une autre, comme les trains, car on se délecte dans la Rivière sans retour qui nous entraîne à contre-courant, porté par un clavier/orgue résolument puissant !

Cette première partie d’album passée, la seconde se laisse approcher avec une détermination non-dissimulée : nous passerons Des messies pour des lanternes qui ne nous a pas vraiment emballé (pas subjugué par l’explosion du refrain)… mais bien charmé par l’urgence de Cavaliers dans la plaine ! Des effluves rock répondent à nouveau à l’orgue, dans la vapeur, la sueur et le bruit comme La Ruda le disait à l’époque, et c’est pleine bourre que Villa Fantôme débarque dans le saloon. « Si l’on vous croit alors tout est foutu… » et les cuivres ont été laissés derrière le comptoir pour cette compo.

Et ces penchants plus rock que cuivrés prennent davantage de place sur cette fin d’album : Veux-tu savoir prend de la hauteur, on a là une véritable pépite qui ne demande qu’à être écoutée, c’est subtil et soigné, et c’est certainement la compo la plus riche musicalement de l’album. La plus surprenante également !

Avec un clavier désormais au premier plan, Villa Fantôme fait basculer son projet musical : Sur mon blouson est une ode à la jeunesse et aux combats passés et actuels (« c’est le mercure d’un cran qui monte » / « c’est des écrans qui brillent à nous aveugler ! »…). « C’est de l’orgueil perdu quelque part entre les cris du cœur et le prix du gasoil » mais c’est surtout puissant et revitalisant !

La fin d’album s’inscrit dans ce nouveau sillage plus sombre qui désarçonne : Autopsie d’un songe est clairement un plongeon dans le rock des années 80. Ces influences avaient déjà fleuri un peu dans le projet de Pierre Lebas, elles déboulent ici avec une forme de quiétude épatante. Toute une Question de contrôle parait-il. C’est ce que raconte du moins la dernière chanson de ce « Villa fantôme ». Un dernier tour de piste rock et dans le passé, « mais en réponse un monde enfoui qui se révèle ».

En conclusion, attention à l’eau qui dort : Villa Fantôme nous joue des tours sur son premier disque. Portée par les deux anciens cofondateurs de La Ruda, la première moitié du disque constituerait presque le prolongement musical du groupe du fait de cette patte ska tenace mais aussi osée en 2022. Une griffe revitalisante qui fait clairement plaisir à entendre, ne boudons pas notre plaisir. Mais là où Villa Fantôme frappe fort, c’est par sa capacité à surprendre son auditoire : la deuxième moitié du disque nous amène dans les méandres du rock et du punk anglais des années 80 qui fonctionnent à merveille. Bref, cet album est une réussite, tout simplement.

Villa Fantôme, « Villa Fantôme », disponible depuis le 25 mars 2022 chez Label At(h)ome (11 titres, 41 min.)

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