Interview

Rencontre avec Ojûn

29 janvier 2021, OlivierS
interview Ojûn bat karé 2021
Temps de lecture : 3’00

Le contexte a beau être celui que l’on connait, il n’empêche pas la sortie des disques. Nous sommes donc partis à la rencontre du jeune artiste Ojûn à l’occasion de la sortie de son premier album.

L’année 2020 nous a habitués aux rencontres dématérialisées. Ce début d’année restant dans la même veine, c’est donc par téléphone que nous faisons connaissance avec Guillaume Chartin, alias Ojûn, un nom mystérieux qui renvoie au chamanisme yakoute. Car en parallèle d’une formation en gestion de projets culturels internationaux, Guillaume a suivi des cours d’ethnomusicologie au conservatoire de Lyon. S’il nous confie que c’était surtout une introduction à cette discipline très riche, sa découverte l’a beaucoup inspiré pour sa création. Côté musique, il pratique guitare et clarinette mais surtout de la musique assistée par ordinateur (MAO) aujourd’hui.

OJÛN-clarinette©Yog-Sothoth

C’est donc assez naturellement que son premier album « Bat karé » (qui signifie « se promener » en créole) qui sort le 12 février sur le label 18 heures 48 parle d’itinérances et de voyages. Un périple qui passe par l’île de la Réunion où Ojûn a retrouvé ses racines : « A la fin de mon cursus, j’ai commencé à travailler dans une boite de communication mais cela ne m’a pas plu. En fait, j’avais surtout besoin de bouger, de voyager.  Quand je me suis décidé, la Réunion était une évidence car j’y ai grandi jusqu’à mes 7 ans. Mais ce n’est pas tout. Déjà, j’adore le maloya, sur le fond et sur la forme. Et puis je cherchais une créolisation, c’est à dire un art de vivre ensemble et rattacher ma musique à un melting-pot qui n’est pas une utopie sur cette île ».

Ojûn s’est donc immergé pendant trois mois à Étang salé, au sud-ouest de l’île en suivant un programme studieux : « je composais tous les matins puis partais ensuite à la rencontre d’un maximum de monde. Ceci m’a par exemple permis de découvrir le superbe projet Wayo audio qui met à disposition une grande banque de sons des instruments du maloya. J’ai pu utiliser ces sons en plus de mes propres captages ». L’album s’est ainsi construit au fil des jours avec près de 80% des maquettes finalisées à la fin de ce séjour dans l’Océan indien. Pour Ojûn, l’important était de créer un récit au travers de ce « Bat karé ». Même si cela reste un récit personnel, l’objectif est bien de le partager avec les auditeurs en les emmenant avec lui en itinérance : « Toutes les chansons ont un sens précis pour moi. C’est une chose de mettre une intention dans un morceau, c’est encore autre chose de savoir ce que les gens en retirent. Ce que je souhaite avant tout avec cet album, c’est que l’on puisse s’y immerger. Ma musique est visuelle, elle doit permettre cette itinérance ».

C’est à Lorient que se passe la suite de l’histoire. Ojûn y est en effet accompagné par l’Hydrophone, la SMAC de la ville bretonne où il à préparé son set live au début de l’année 2020. Un set qui mélange musique électronique et projection d’images d’archives et de textes comme nous pouvons le découvrir dans le clip Anamorphose. La suite, nous la connaissons malheureusement trop bien avec l’irruption d’un virus qui a fortement impacté le secteur des musiques actuelles. Si nous résumons les choses, l’album a été finalisé en janvier 2020 (en partie grâce au crowdfunding dont 10%  des gains a été reversé à SOS Méditerranée) et le set en mars de la même année. Nous imaginons donc bien l’impatience d’Ojûn de présenter son album et surtout de pouvoir le défendre sur scène (si tout va bien sur des premières parties de Fakear quand il sera à nouveau possible de faire des concerts).

En attendant, Ojûn ne baisse pas les bras : « En ce moment, je travaille à la création d’un nouveau projet. J’essaie d’avancer avec les acteurs du coin car le local n’a jamais été aussi important, d’autant plus pour les artistes émergents comme moi ».

Nous souhaitons une belle réussite à Ojûn avec son album « Bat karé » que nous avons beaucoup aimé et le remercions pour sa disponibilité.

Propos recueillis par Olivier Scher

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