Chronique

La Phaze « Visible(s) » (2020)

23 octobre 2020, Aiollywood
chronique la phaze visibles 2020
Temps de lecture : 3’00

A la fin du printemps, La Phaze dévoilait un EP éponyme qui scellait officiellement le retour aux affaires du groupe suite à sa dissolution en 2012. Plus déterminé que jamais, le groupe répète qu’il a encore des choses à dire et, par les temps qui courent, il est difficile de ne pas leur donner raison.

« Visible(s) ». Le message est clair. La Phaze tombe le masque, revient et s’assume. Après avoir navigué en solo, le duo s’est agrandi avec l’arrivée de Speaker Louis et propose un aller simple vers une nouvelle virée urbaine qui s’annonce agitée. L’EP avait, déjà, commencé à présenter ce qui constituerait l’identité sonore de ce retour programmé : il y aurait beaucoup d’influences, des récentes comme des plus anciennes, ainsi que des percées sur des terres un peu moins explorées.

En une seule écoute de « Visible(s) », il est évident que l’album s’inscrit dans cette démarche : chaque morceau part au combat avec un étendard d’influences sous les bras. Et c’est bien la première fois, en cinq albums studio, que le groupe ne choisit pas une ligne directrice sonore dans l’ambiance qu’il souhaite favoriser sur son disque. Il est vrai que chaque production du groupe était marquée de ce fameux ‘cachet de cire’ caractéristique à l’univers souhaité… cette fois, changement de stratégie !

« Visible(s) » casse cette habitude. Presque comme si La Phaze, pour ses 20 années d’existence, avait envie de mettre tout le monde d’accord.

Sur ses 11 compos proposées, La Phaze nous laisse choisir nos terrains de jeu : le match aurait pu mal commencer et aussi mal finir : au milieu de la mêlée, deux titres nous semblent un cran en dessous. Il y a d’abord Comme David Buckel, qui ouvre l’album, et Liberticide, en feat. avec Lasai, qui laissent un peu de marbre. Pour le premier, si l’hommage à l’activiste est notable et surtout à faire savoir, on s’inscrit dans la suite de « Psalms & revolution » avec un côté mélo-pop dans le refrain qui dénote… Pour le dernier, le vocodeur joue les invités surprise avec Lasai et il pouvait rester au vestiaire… Dommage car les passages signés La Phaze méritaient un peu plus d’attention.

Outre ces deux pas des côtés, La Phaze propose un album qui répond tout à fait à nos attentes pour un retour aux affaires : il y a, clairement, de véritables bombes qui ne peuvent pas passer inaperçues : Tabasse, déjà présent dans l’EP, klaxonne et fait partie des incontournables de l’album. Une puissance hybride, entre punk, electro et dubstep, pour renverser le haut de la pyramide. « Tu connaîtras l’enfer pour que tu la fermes ! ». Avec une jeunesse au bout du rouleau qui se retrouve coincée dans l’ascenseur social, Avoir 20 ans fait, aussi, partie de ces tracks qui s’écoutent bien fort : à coups de jungle, de guitare et de cuivres, La Phaze a toujours de l’énergie à revendre et des revendications à partager.

Dans son temps et jamais à côté de ses pompes, le groupe ne va toutefois pas se gêner pour s’offrir un petit retour dans le passé qui est plus que jouissif : Highly blessed ouvre les vannes de l’époque de « Pungle roads », quand ils s’adressaient à tous les Punglist, pour un autre classique en devenir. En roots et rock, le « pungle » en ligne de mire, La Phaze régale et s’offre même une parenthèse artistique, très Pungle Lions, sur One way.

Dans ces influences qui ont accompagnées les amateurs du groupe depuis toutes ces années, La Phaze dégaine d’autres cartes surprenantes qui fonctionnent : impossible de ne pas mentionner la très calme mais touchante Sortie de route qui provoque des frissons… ou les peines de vie d’Haute sécurité.

Au milieu de tout ça, La Phaze propose ensuite deux autres morceaux intéressants mais qui ont un air de déjà vu : sur Sourire au teint de glace, il y a de sacrés échos à Miracle mais la dénonce du culte du « moi » a de quoi interpeler. Plus loin, Cogne, avec les Tagada Jones, rappelle les riffs d’un de leur célèbre morceau (Assaut final)…

Finalement, Visible transforme toutes les bonnes choses arpentées au fil de cet album avec un finish hybride, où le sombre de nos vies finit par trouver la lumière, dans une mue annonçant un renouveau. Une fin de cycle pour un nouvelle embardée. Pas de doute, le retour est réussi pour La Phaze.

La Phaze, « Visible(s) », disponible depuis le 9 octobre 2020 sur le Label At(h)ome (38 min).

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