Live Report

Femi Kuti au Bikini (Toulouse, 31) 15.05

6 juin 2018, Lucie Béline
chronique concert Femi Kuti Bikini Toulouse 15 mai 2018

Nous étions au Bikini en ce mardi gris pour aller chercher la lumière ailleurs et saluer le fils du prophète de l’afrobeat : le grand Femi Kuti. Il était accompagné de son orchestre The Positive Force pour la sortie de son onzième album « One people, one world » enregistré à l’Africa Shrine, son QG de Lagos au Nigeria.

Dans la famille Kuti, le génie de la musique et le poing levé sont des héritages qui se transmettent de pair. Un proverbe yoruba dit d’ailleurs : « le fils du tigre reste un tigre ». Néanmoins, pas facile quand on est le fils d’un géant de faire entendre sa voix et ce, sans flirter avec l’imitation ! A la fin des 80’s déjà Femi avait créé des émules en quittant le groupe Egypt 80′ (crée par Fela Kuti). Depuis, aux côtés de son crew, il continue de tracer son sillon…

Récemment, le saxophoniste a fait parler de lui en pulvérisant le record de la plus longue note tenue sur 51 min et 35 sec grâce à la technique de la respiration circulaire. En dehors de la performance, quid de l’artiste pour ce nouvel opus ?

Déjà des impatients se massent devant la scène pendant que les techniciens réalisent les derniers ajustements. Sautillements. Trépignements. Fredonnements. Ça groove dans les oreilles. Si la fosse paraît un peu vide par rapport à la capacité de la salle et au nom du bonhomme, toujours est-il que ceux qui ont répondu présents à l’appel sont prêts à en découdre et ça fait plaisir.

 

Noir.

Sections après l’autre, les musiciens font leur entrée, le wax africain à l’honneur. Femi Kuti en chef d’orchestre charismatique, débarque modestement et sa présence captive. S’échappe de lui une énergie féline, corrosive et solaire.

Les paroles sont épurées et portées par l’orgue qui exalte une voix envoûtante aux ponctuations audacieuses tantôt soul, tantôt gospel, voir hip-hop ou R&B. Le côté subversif n’est pas plus transgressif qu’avant même s’il dénonce toujours la corruption (Corruption na stealing), les violences faites au nom de la religion (Dem don come again) ou les dictatures (Dem militarize democracy).

Sensible aux souffrances qui l’entourent, le fils refuse cependant de s’appesantir au profit d’un plaidoyer universel et inclusif ; il étreint tout le monde dans un message d’espoir et de réconciliation. Avec « One people, one world », hymne et titre de l’album éponyme, Femi, prêche en faveur de la paix, en Mandela d’avantage qu’en Lumumba, et brandit sa musique comme étendard. Les solos de guitare soukous (guitare congolaise) d’Awomolo Opeyemi – qui font presque grésiller les enceintes – , la ligne de basse reggae d’Andrew Aghedo et la batterie d’Ayodele Alaba subliment ce titre. Un « Yes papa » est lancé dans la foule auquel il répond par une révérence, mic’ sur le cœur.

Sur Na their way be that, le maestro du saxo nous surprend soudainement et on ne peut s’empêcher de constater qu’il a le souffle long en effet ! Planant au dessus des cuivres, une complainte sans fin, lancinante, viscérale, exacerbée par l’acoustique du Bikini. On retient son souffle avec lui, l’émotion palpable ; « mi homme-mi poisson » soufflera t-on près de moi.

C’est un concert crescendo qui va au rythme des riffs de trompettes et de saxophones. Femi bondit d’un bout à l’autre de la scène et nous livre une danse martiale, en lutteur imaginaire il esquive les coups et parvient à amener l’afrobeat dans une autre dimension. Une mention spéciale pour les choristes (et danseuses !) qui bordent avec élan et douceur les paroles du leader.

Applaudissements.

On ne peut s’empêcher d’être un tantinet frustrés de les voir quitter la scène après le premier rappel, on aurait bien aimé quelques reprises de plus pour finir en beauté, faire se déployer encore certaines mélodies dans l’espace et flotter avec elles… Nous n’entrerons pas en transe cette fois-ci, tant pis.

Plus fédérateur, qu’agitateur, les panafricanistes invétérés qui l’attendaient comme tel seront peut être un peu déçus. Toujours est t-il que ce nouvel album, finalement, c’est peut être celui de la maturité ; une berceuse punk, un afrobeat généreux et pimenté. Un chant en hommage à l’Afrique qui allie révolte et sensualité. Pas de doutes, Femi réussi à s’emparer du label familial pour y apposer sa signature et en faire quelque chose de bien à lui. Faut-il préciser qu’Anikulapo (son deuxième nom) signifie « celui qui avance avec la mort dans sa poche » ? De quoi nous faire frémir encore un moment…

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