Chronique

Dubioza Kolektiv « Happy machine » (2016)

11 mars 2016, Aiollywood
Dubioza Kolektiv Happy Machine

Ils ont réussi à rallier toute la jeunesse de la Bosnie Herzégovine à leur cause et on comprend pourquoi : les bosniens du Dubioza Kolektiv sont des dynamiteurs par excellence. Eux qui ont passé leur enfance sous les bombardements de Sarajevo en savent quelque chose… En tous cas, après six albums ayant fait office de bombes en Europe de l’Est, la « Happy machine » a pris la route vers l’Ouest, à la conquête de nouvelles terres. Attention si vous l’apercevez, vous risquez bien de plus vouloir la lâcher…

Dubioza Kolektiv Happy Machine

En 2013, quelques français (chanceux) avaient (déjà) pu profiter des maigres apparitions du Dubioza Kolektiv sur notre territoire. Avec leur « Apsurdistan » sous les bras et leur énorme Kazu pour allumer à chaque tour de piste, les bosniens avaient déjà sacrément surpris par leur prestation détonante sur les planches. Véritable monstre festif dopé aux cuivres et aux machines, le collectif ne souhaite pas faire dans la demie-mesure : en gardant comme étendard les musiques balkaniques, ces derniers mélangent savamment hip hop, punk, ska, reggae, rock et électro (pour grossir le trait). Car ces sept zigotos sont encore plus allumés que ce que l’on pourrait écrire sur eux… Tous les genres passent à la casserole, sans exception, l’ensemble est agrémenté d’une sauce « balkanisée ».

A la fois grave et teinté d’humour, Dubioza Kolektiv a choisi de faire de la planète son immense terrain de jeu : il tire à boulets rouges sur les idées reçues, Boom!, avec leur pote Dzambo Agusev, sur un fond punk/ska. Il peut aussi sauter à pied joint sur le tout consumérisme sans frontière en compagnie de Manu Chao sur Red carpet de manière survoltée. Si les guitares grinçantes se font bien plus nombreuses que sur les précédents opus, le collectif en profite pour durcir aussi le ton (Riot fire). Mettant nettement en avant l’anglais dans ses chants, même si des traces d’espagnol, d’italien et de punjabi traînent encore parmi les tracks, le collectif s’est voulu plus entreprenant pour conquérir le grand Ouest.

En marge de ce punk/rock cuivré corrosif, n’allez pas croire que Dubioza Kolektiv a pour autant délaissé ses influences roots. Les capacités des bosniens à jongler entre les tendances se retrouvent une nouvelle fois dans cet opus : sur One more time, on se croirait aux côtés des Asian Dub Foundation par le chant et le mixage, gros condensé festif où le track est séquencé en une fanfare bouillonnante, de ragga et de dérapage contrôlé façon dubstep. Lucide d’être toujours coincé dans ses balkans, Dubioza Kolektiv a cependant trouvé la recette pour survivre avec sa machine un peu spéciale (No escape (from Balkan)). Baignant dans la jouvence d’une liberté loin d’être totale, le crew s’est donc retroussé les manches : il peut gueuler (rapper) haut et fort All equal avec leur ami BEE2, entre musiques orientales et cuivres frénétiques, en dégainant sur tous les dérapages politico-économiques qui font vaciller nos têtes. La culture n’est, quant à elle, pas épargnée : Free.mp3 (The Pirate Bay Song) est un véritable manifeste pour la libérer la musique et plus généralement l’information, dénonçant les géants du web qui s’en mettent plein les fouilles sous l’apparat des droits d’auteurs. Cette chanson est d’ailleurs dédicacée aux fondateurs de The Pirate Bay Song, condamnés à 6 ans de prison. Et Dubioza Kolektiv pousse son raisonnement jusqu’au bout : « Happy machine » est disponible en téléchargement gratuit. « Notre musique est gratuite, vous pouvez la télécharger en .mp3, si vous détestez, appuyez sur supprimer ! ».

Pour remédier à ce grand folklore du monde, la musique reste donc au coeur de toutes les têtes : le collectif repart de l’avant et termine son album en un appel international à la fête : Alarm song est un véritable appel du pied au soleil et à la danse, 24 000 baci (feat. Roy Paci), une farandole cuivrée démoniaque avant que le collectif ne s’offre une collaboration brûlante avec La Pegatina sur Hay libertad. Pour cette grande première en espagnol, la rencontre avec La Pegatina, groupe catalan de ska-rumbia, dépasse l’entendement ! Hay libertad est un véritable bijou qui ne demande qu’à s’écouter en live…

« Happy machine » ou machine de guerre, chacun se fera son avis sur Dubioza Kolektiv. Par la puissance de son album, ses convictions et ses concerts endiablés, nous savons que Dubioza Kolektiv est une des découvertes incontournables de 2016. Scrutez leurs dates, il n’y en a pas beaucoup en France…

Clip « Free.mp3 (The Pirate Bay Song) »

FICHE TECHNIQUE

Tracklist

  1. All equal (feat. BEE2)
  2. No escapde (from Balkan)
  3. Free.mp3 (The Pirate Bay Song)
  4. One more time
  5. Boom! (feat. Dzambo Agusev)
  6. Red carpet (feat. Manu Chao)
  7. Riot fire (feat. Benji Webbe)
  8. Alarm song
  9. Hay libertad (feat. La Pegatina)
  10. 24000 baci (feat. Roy Paci)

Album : 7ème
Durée : 35 min
Sortie : 2014 (Bosnie) / 1er avril 2016 (France)
Genres : Punk / Ska / Balkan

Téléchargement gratuit de « Happy Machine » : http://dubioza.org/

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1 commentaire

  • Répondre jbdu12 11 mars 2016 at 19 h 56 min

    C’est trop bon ce groupe !!
    merci encore pour cette nouvelle découverte !!!
    good job !

    ps: svp, oubliez facebouk, et venez sur Diaspora , on pourra vous suivre !!!

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