Chronique

Dubioza Kolektiv « #Fakenews » (2020)

31 mars 2020, Aiollywood
dubioza kolektiv fake news 2020
Temps de lecture : 3’30

Dubioza Kolektiv secoue la Bosnie Herzégovine depuis près de 20 ans en dégommant tout ce qui bouge et, aux détours de quelques festivals français, leurs passages ne sont jamais passés inaperçus. Leur nouvel album, « #fakenews », porte le seau de leurs revendications qu’ils ont toujours clamé haut et fort.

Plus loin, à l’Est, un groupe a longtemps fait du bruit dans son pays avant que la clameur ne finisse par s’entendre de plus loin. Il a fallu le temps que les pions se mettent en place, doucement mais sûrement, pour que l’agitation de Dubioza Kolektiv s’invite davantage à l’Ouest. Après des premières apparitions remarquées dans des gros festivals comme le Paléo un peu avant 2015, les bosniens ont pu commencer à poser leurs valises du côté de l’hexagone réellement qu’à partir de la sortie de « Happy machine » (206), leur… septième album ! Cet album « charnière » a indéniablement débridé la tournée avec une multiplication des passages en festival mais aussi en salle.

Sans le hurler sous tous les toits, Dubioza Kolektiv est revenu avec un nouveau LP en ce début d’année 2020. Pas de promo en grande pompe pour un groupe qui reste, malgré tout, assez méconnu du grand public. Toutefois, leurs liens d’amitié avec un certain Manu Chao ont, peut-être, permis d’améliorer leur visibilité. Quatre ans plus tard, les revoilà avec un « #fakenews », un nouveau titre d’album évocateur de l’univers ambiant de ces balkans politiquement incorrects.

A l’image d’un certain Free.mp3 qu’ils avaient dévoilé sur leur « Happy machine », il faut croire qu’ils ont décidé de l’appliquer au pied de la lettre puisque, une fois encore, les bosniens critiquent le système pour mieux le prendre à revers. Ce « #fakenews » n’en est pas une puisque, si vous souhaitez que Dubioza vous accompagne partout, vous pourrez télécharger en intégralité et gratuitement cette nouvelle galette. Bien chaude, quasi-brûlante, elle ne s’étale que sur 30 minutes mais mérite d’y accorder de l’attention.

Le drapeau noir est encore de sortie et l’abordage est imminent : on connait l’amour de Dubioza Kolektiv pour le punk saillant, les guitares saturées et les cuivres des balkans. Un cocktail qu’ils façonnent à leur image depuis de nombreuses années, en ajoutant d’avantage de machines au fur et à mesure de leurs escapades en mer. D’ailleurs, ce « #fakenews » est probablement l’album le plus énervé de leur discographie.

D’emblée, c’est l’incontournable Manu Chao qui reprend le micro pour une nouvelle virée, Cross the line, qui laisse entrevoir un premier virage reggae..3. avant de virer limite dubstep ! Aucun doute, le digital sera bien présent et il traduit notre société qui va toujours plus vite, toujours plus loin, plus que jamais pris dans l’étau. C’est avec beaucoup de naïveté que la première écoute de « #fakenews » se réalise : Dubioza Kolektiv a toujours kiffé le métissage des genres, agitateur des sens mais aussi dans les idées véhiculées. La boîte à rythme déchainée, le rouleau compresseur bosnien reprend du service : Space song prend de la hauteur, comme pour mieux observer ce qui ne tourne décidément plus rond, et la question des migrants reste toujours sans réponse. La liberté des uns commence là où s’arrête celle des autres. Foutu dicton.

Le tout s’accélère brusquement sur Minimal, où Dubioza Kolektiv prend officiellement les manettes d’un vaisseau electro bien pensé, bourré de second (troisième, quatrième, etc.) degré… qui fusionne avec l’énergie des balkans. Impossible de rester en place, le tempo s’affole, et Soviet Suprem déboule pour un featuring des familles, à coup de « minimalist is fantastic ! ». Ce clin d’œil à la scène française, il se retrouve d’ailleurs plus loin, sur French song, quand Sandrine Cacheton ouvre le débat sur le parlé-français, avant d’inviter Macron et Le Pen pour un joyeux cocktail molotov.

Si ce crochet par la France est plus calme, accordéon oblige, Hoy marijuana demande de se poser un peu, thème oblige. Avec Los de Abaja, ce sont des notes dub et ska qui proposent une petite soufflette bien méritée. Pourtant, ce répit ne sera que de courte durée : dans un élan de fusion assumé depuis longtemps chez les Dubioza Kolektiv, l’écoute bascule dans un autre monde où aucun repos ne sera toléré ! Take my job away, avec Robby Megabyte, voit la drum’n’bass embrasser le punk pendant que les cuivres sont partis prendre une bière. Dans cet immense fracas sonore, les styles s’agrègent les uns aux autres, Dumb se joue des stéréotypes du genre pour mieux les détourner… Dubioza avance à découvert !

Jamais avare d’énergie avec cette nouvelle place accordée au digital, Dubioza Kolektiv en profitera pour faire un morceau signature, Don’t stop, avec une recette dont il est seul à avoir le secret : de l’acoustique avec de l’électrique, de l’electro avec du punk, du reggae avec du ska, un refrain entêtant et une envie de sortir pour casser les murs !

A écouter dehors, en plein air, ou bien fort dans le casque. A cet été sur la route !

Dubioza Kolektiv, « #fakenews », disponible depuis le 28 janvier 2020 (téléchargement de l’album gratuit ici -comme tous leurs albums studio).

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