Chronique

Wax Tailor « The shadow of their suns » (2021)

22 janvier 2021, Aiollywood
chronique wax tailor the shadow of their suns 2021
Temps de lecture : 3’50

Chacune de ses nouvelles sorties est attendue au tournant : Wax Tailor, le maître sorcier des samples, a créé la surprise en fin d’année en annonçant la sortie de son nouvel opus, « The shadow of their suns », pour début 2021. Dans un contexte culturel difficile à cause de la crise sanitaire, le titre de l’album prend ici tout son sens. Mais niveau sons, ça donne quoi ?

Après deux années de création, Wax Tailor a décidé de maintenir la sortie de son sixième album, « The shadow of their suns », prévue le 8 janvier dernier. Une détermination sans faille de la part d’un artiste qui tisse sa toile en totale indépendance depuis bien longtemps et qui peut compter sur un public qui lui est fidèle.

Près de 5 ans après la sortie de « By any beats necessary » (2016), on peut finalement se dire que son arrivée tombe à point nommé : ce poing levé n’est que le reflet d’une époque tourmentée que Wax Tailor a souhaité mettre en musique pour mieux la comprendre, l’analyser, la surmonter. Avec l’habileté qu’on lui connait, Jean-Christophe Le Saoût est allé fouiller dans le grenier du monde des sons, entre musique, cinéma et autres discours politiques. L’artiste a ses ficelles, il sait tirer avec précaution sur celles qui correspondent le plus à son humeur du moment.

Les questions se tournent vers celles que Wax Tailor va chercher à animer cette fois : d’autant plus qu’en guise de mise en bouche, les différents singles dévoilés laissaient entrevoir une envie assez marquée de se détacher des créations précédentes. D’abord, The light avait scotché. Et ce pour plusieurs raisons : de par la puissance des images et le clip proposé, mais aussi par la force qu’il dégage, tel un monstre d’acier. Avec un côté dark assumé allant presque tutoyer les influences techno, The light remettait les pendules à l’heure sur les intentions de l’artiste.

Cette bombe a laissé la place à une autre, plus sucrée, plus légère, plus groovy aussi, avec Keep it movin. Avec D Smoke en guise de MC, la ‘positive attitude’ a eu le don de renvoyer au placard la morosité ambiante du moment. Avec une ligne de basse qui a le sens du rythme, Wax Tailor démontrait, aussi, qu’il savait prendre parfois les choses du bon côté avec ce rap ensoleillé.

Enfin, le troisième et dernier single dévoilé, Misery, en compagnie de Rosemary Standley, nous amenait vers un nouveau tour de force visuel et musical. Si la misère est son amie, le cafard des uns ne se propage pas forcément à tout le monde car la réalisation est habile : balloté entre plusieurs univers, le trip hop côtoie le hip hop, forcément, mais les sons fourmillent et s’entrechoquent, avec surtout un rendu pêchu et varié.

Bref, après s’être délecté des premiers singles, l’auditeur attend donc la suite avec impatience. L’écoute et la découverte des 10 autres titres vont se faire en plusieurs temps mais notre ressenti global a du mal à évoluer au fil des lectures. Comparé au niveau des trois singles présentés avant la sortie du LP, celui-ci perd de sa superbe que ce soit dans sa durée mais aussi dans son contenu.

En ouverture, Fear of blind planet dresse d’abord un tableau noir de notre Terre qui est aux aboies. La musique, sombre au possible, interpelle. Impossible d’y rester insensible. On sent cette fameuse « patte » musicale Wax Tailor mais on sent qu’il se trame quelque chose… Le clairon sonne, on est sommé de rentrer dans les rangs, il faudra tenir ou rendre les armes. L’urgence créait alors un vent de fraîcheur qui fait du bien aux oreilles, l’entrée en matière fait son effet !

Et ces friandises musicales addictives, il y en aura d’autres : plus loin, Just a candle, avec le mastodonte Mark Lanegan, se déguste les yeux fermés ! Coincé dans la brume, la guitare invite le violon, pendant que les breaks se mettent à tutoyer les machines, les saveurs se partagent sans modération. Et ce n’est pas le très cosy Shining underdog, avec Boog Brown, qui prouvera le contraire : rappé dans du velours, les nappages au synthé fonctionnent, entre des riffs de guitare, des instru à vent et des carillons, le tout est bougrement soyeux !

Et c’est sur la suite que les avis se mettent alors à diverger… Entre ceux qui aiment retrouver sur tous les albums la fameuse « griffe » Wax Tailor, ces sonorités qui font que le bonhomme a réussi à créer un univers musical bien à lui, et ceux qui voudraient plus de risques, encore plus de défrichages et d’explorations sonores.

A l’image de Never forget, le mode ‘trip hop’ plein tube est activé, façon phono crasseux, et on tend doucement vers ce que Wax Tailor aime nous proposer depuis ses débuts. Sur Everybody (en feat. avec Del the Funky homosapien), cela matche encore avec les influences US du track, avec une sauce road movie, qui peut rappeler certaines envolées de l’opus précédent. Mais c’est finalement sur l’enchaînement de ce type de morceaux que l’étincelle ne se produit pas nécessairement : sur On the air, la compo est marquée au fer rouge de la marque de fabrique de Wax Tailor. Même constat sur Déjà vu et Like this, qui portent eux aussi le sceau WT

L’ombre et la lumière, c’est un peu ce qui nous vient en évoquant de « The shadow of their suns ». Dommage, car certains titres flirtent avec la perfection. A tester à présent en live, du moins quand le jour se sera enfin levé…

Wax Tailor, « The shadow of their suns », disponible depuis le 8 janvier 2021 (Lab’Oratoire)

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