Chronique

UZUL « Evolve » (2021)

11 mai 2021, Aiollywood
chronique uzul evolve album 2021
Temps de lecture : 3’20

Uzul, un des fondateurs des incontournables Kaly Live Dub, a créé la sensation le mois dernier en présentant son tout premier album solo, « Evolve », sur le mythique label lyonnais Jarring Effects. Si le groupe au complet est toujours en sommeil, un de ses principaux agitateurs ne s’ennuie pas depuis quelques temps déjà.

N’allez pas penser qu’un groupe, lorsqu’on ne parle plus trop de lui, se tourne les pouces : si depuis « Allaxis » (2013) la discographie de Kaly Live Dub ne s’étoffe plus vraiment, les lyonnais peuvent d’abord compter sur leurs copains (qui ont revisité certains de leurs classiques en 2018 sur « Kaly Live Dub remixed ») mais aussi sur les multiples projets de ses membres. Pilah, le guitariste du KLD, se chauffe par exemple dans les Dub Master Clash avec des sacrés pointures en battle tout en continuant d’animer Dub Addict. D’un autre côté, Uzul, le machiniste du groupe, aime naviguer en eaux troubles et c’est son côté sombre qui s’exprime davantage…

C’est notamment ce dernier qui passe sous nos radars aujourd’hui avec une de ses toutes dernières créations, « Evolve ». Après avoir suivi ses nombreuses péripéties en one shot ces derniers temps sur le label d’ODG Prod, l’artiste a décidé de dévoiler un « Evolve » en mode grand format avec un album de 11 titres au menu.

Il ne faudra pas tomber dans le piège de l’introduction, Octopus, qui est une entrée en matière ‘tout doux’ avant de s’équiper pour plonger. Car derrière cette pochette bleutée qui appelle clairement à plonger tête baissée dans les méandres sonores d’Uzul, cette invitation est complètement assumée. On sent aussi que cette expérimentation se fera sous plusieurs bannières, à l’image d’Aquatic, qui offre un spectacle entre dub et techno, mi-club mi-sub, et assez dansant.

Aux côtés de Nemo, le ton va un peu changer : la plongée débute dans des eaux plus sinueuses avec un côté expérimental assumé, plus électronique, plus exploratoire aussi que sur la mise en bouche précédente. Bien décidé à nous amener dans les bas fonds de ses machines, Water for life a un côté dark dub qui rappelle les dernières sorties de Kaly Live Dub. Pourtant Uzul finit par s’en détacher sans complexe. Il creuse les sillons d’une musique qui se veut avant tout hybride, entre electro, techno et petits appels du pied vers un univers dub qu’il a longtemps côtoyé. Les basses ronronnent, les beats s’affolent, la température continue de monter sur Allo, chaudement percutant, qui nous propulse au beau milieu de nappages digitaux, à la fois dubby et bien punchy !

Entraîné dans une pente où les prises finissent par manquer, Uzul n’hésite pas à appuyer là où ça fait mal : Sea horse dévoile une face sombre et bien agitée de l’ancien des Kaly Live Dub… Pas de doute, la bride est lâchée ! Les machines prennent de plus en plus de place et c’est au rythme de leurs envolées que la nuit enveloppe nos pensées.

Embarqué dans ce tourbillon terriblement frénétique, Uzul piège son auditoire avec Ultra abyssal, quasi hypnotique, pendant que Subtil réveille ceux qui se seraient embourbés dans les sonorités du beatmaker. C’est finalement presque haletant que l’on finit par sortir la tête de l’eau de ce « Evolve » par l’intermédiaire de Diving. Le mage noir de Kaly Live Dub sort un Diving pour le peu déconcertant ! On imaginerait presque le groupe Kaly Live Dub qui aurait suivi une courbe imaginaire de l’évolution du genre dub, coincé entre une vision futuriste du genre et les soubresauts d’un passé pas si lointain !

Et ce clin d’œil à cet ancien monde n’était pas un coup d’épée dans l’eau : Music is a game porte bien son nom et son terrain de jeu favori est exploité comme au beau vieux temps. Les influences dub UK ravivent des souvenirs, sous penchants orientaux, avec un son saturé en prime qui empoche la mise !

Le défi est relevé presque sans forcé, c’était à n’en pas douter.

Uzul, « Evolve », disponible depuis le 9 avril chez Jarring Effects (11 titres, 44 min.)

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