Chronique

Slumb « Play dead » (2021)

23 avril 2021, Aiollywood
chronique slumb play dead 2021
Temps de lecture : 3’30

En mai dernier, le duo Slumb déboulait sur la scène bordelaise avec un projet hybride alliant musiques électroniques et envolées lyrique, notamment au piano. Derrière les masques se cachent Senbeï et Julien Marchal et, 1 an plus tard, ils viennent de sortir leur premier album, « Play dead ».

Lors du premier confinement, Slumb avait créé un réel frisson. Tant par ses expérimentations sonores que par la finesse de leur EP (« Reset », chroniqué à l’époque entre nos murs). Le 16 avril dernier, Slumb est venu présenter la suite de sa création : baptisée « Play dead », elle se matérialise à travers un objet vraiment superbe, surtout pour le vinyle, avec 11 titres au compteur. On y retrouve 3 des 4 compos de l’EP (Sakeshima est passée à la trappe) et on part surtout pour un nouveau voyage musical. Le bouton play est pressé, la machine est lancée…

Last exit to Slumberland. On est prévenu ! Après une entrée en matière des plus cosy, on sent que quelque chose se trame… A l’image de Thomas Pesquet qui s’élève en ce moment même dans les hautes sphères, on comprend juste avant la fin de cette compo que le côté orchestral va continuer de se mêler à une électro scratchée et raffinée, entre deux mondes.

Enchaîner par Aurora, déjà présente sur l’EP, coule de source. D’abord, on se croirait marcher sur les graviers d’Akik de « Barb4ry » d’Ez3kiel. Et avec ce post-rock orchestral qui rappelle les envolées de Mogwaï, cela démontre toute la force de frappe créative de Slumb qui sait tutoyer les sommets.

Mais Slumb a surtout une facette hybride qui fait toute la différence sur le projet. Ce dernier, co-réalisé par Julien Marchal et Senbeï, parvient à trouver le juste équilibre tout au long de l’écoute, entre classique et électronique. Comme sur Happy as a king, les machines ne sont jamais loin et c’est un véritable combo digital qui s’avance de manière frénétique.

L’enchaînement avec Over and done se fait naturellement et sans scier : cela aurait pu être la suite d’Happy as a king tant l’ADN musicale se dégage de ce panel sonore. Le rythme ralentit et c’est suspendu sur un fil que Slumb nous abreuve de sa vision éphémère du monde qui nous entoure.

Trempés depuis longtemps dans un moule hip hop, les deux artistes parviennent à jongler entre les genres en toute décontraction et Come and get it en est la preuve : les beats font échos au flow rappeux de CW Jones, pendant que des effluves pop/blues s’invitent à la danse. Aussi, avec ce titre, le groupe propose-là la compo la plus accessible au grand public issue de « Play dead ».

Entre ces quelques virées accompagnées, Slumb n’hésite pas à naviguer vers d’autres contrées : il s’aventure sur une électro soyeuse et japonisante (Copernic) qui peut rappeler celle des débuts de Fakear, ou sur des pentes plus abstract ou plus dark comme sur l’hypnotique Grandma.

C’est finalement, comme sur l’EP, que Reset va nous offrir cette bulle d’air frais qui fait toujours autant de bien à la tête. Balloté par les murmures d’Ed Tullet et les crépitements électroniques du duo, la compo s’emballe et joue avec nos sens, comme pour symboliser ce fameux point de non-retour.

Cette rupture aura bien lieu. Et elle se fera sans condition sur Mystery man. Le lyrisme du piano ne durera pas longtemps tant le tableau change du tout au tout avec l’arrivée de Thomas Anton, qui certes hausse le ton, mais qui suit surtout le flirt dubstep voulu par Slumb sur le morceau. Coincé sur des montagnes russes qui ne nous ménagent pas, cette compo renferme pourtant mille plaisirs. La douceur se mêle à la fureur et le piano invite un violon pour le coup inattendu. Thomas Anton grimpe dans ce wagon qui parait alors hors de contrôle en le suivant là où le vent le mène. Habile !

Secoué mais bien accroché, on n’arrivera pas vraiment à savoir où donner de la tête sur Flip. Track 100% électro et complètement débridée, elle peut rappeler les chatons enragés de Tha Trickaz et elle s’évanouit aussi vite qu’elle est arrivée. Un Flip certainement pas indispensable qui fait figure un peu d’OVNI sur ce « Play dead ». Peut-être que Slumb a voulu définitivement marquer au fer rouge la montée en puissance de cette fin d’album avant de redescendre sur Terre.

Car il y aura bien un retour sur Terre avant la mise sous silence. Play dead, titre éponyme de l’album, remplit toutes nos attentes en matière de redescente : des nappes digitales pour nous calmer, un violon pour nous accompagner et des cuivres pour nous maintenir éveillé… Slumb a pensé à tout.

Ce qui est sûr, c’est que sont 45 minutes pour s’évader, 45 minutes pour tutoyer les sommets, 45 minutes pour se faire confirmer que le temps passe trop vite. L’EP « Reset », sorti l’année dernière, contenait de véritables pépites et ce « Play dead » en contient de nouvelles, le défi est gagné. « Play dead » est incontestablement une des meilleures sorties de cette première partie d’année.

Slumb, « Play dead », 11 titres, 45 min, disponible depuis le 16 avril 2021 sur le label Banzaï Lab.

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