Caravan Palace « Panic » (2012)

8 min de lecture
Critique Panic Caravan Palace 2012

Un premier album éponyme qui cartonne, une tournée monstre et un an de pause bien mérité : le printemps 2012 est synonyme de grand retour pour les frenchies du Caravan Palace avec leur « Panic » sous les bras… Attendus au tournant, l’EP « Clash » sorti en octobre dernier a laissé planer un air de changement. Mais qu’en est-il vraiment ?

Ceux qui sont passés à côté de Jolie Coquine en 2008 doivent se compter sur les doigts de la main… Il faut dire que l’impact médiatique du morceau a fini par faire exploser la côte de popularité du Caravan. Pour un pari, il est remporté haut la main :  il devient le 11e album le plus vendu de France pour l’année citée ! Et au-delà de son exportation hors des frontières françaises, le Caravan Palace a su surtout remettre au goût du jour une alchimie musicale audacieuse que le public a d’emblée apprécié : mélanger jazz manouche et machines électroniques. Avec des shows endiablés et une Zoé Colotis au chant terriblement craquante, le groupe semble avoir déjà les cartes du succès entre ses mains.

Pour enrichir son univers, le quintet initial s’est en tous cas accaparé des services d’Antoine Toustou (ex-bassiste d’Izia) ainsi que de Paul-Marie Barbier, fraîchement débarqué, au vibraphone ainsi qu’aux percussions. Le vaisseau au complet, Caravan Palace veut s’offrir un coup de polish. Si ce second opus a, par sa pochette, des allures futuristes, il fait aussi un clin d’œil à une époque que le groupe affectionne : les années 30′s. En reprenant l’idée du célèbre film King Kong sorti en 1933, c’est désormais l’icône robot du groupe qui part à l’assaut, non pas de l’Empire State Building, mais de la Tour Eiffel.

Esprit comic à souhait pour un album qui, avec le recul, détient la clé dans sa pochette. 14 titres toujours aussi soignés mais qui renferment un paradoxe prenant : musicalement, le line up est préservé avec, sans surprise, une tambouille électronique et jazzy. Pourtant, les amateurs de la première heure seront certainement étonnés de voir que les Caravan ont décidé de rendre une copie bien plus électronique qu’auparavant.

Certains morceaux gardent un côté très accessible comme Clash. A coups de gros beats et de scat dévastateur, tous les ingrédients connus du Caravan explosent de toutes parts comme si l’ancien track Brotherswing finissait par se saturer complètement. Présenté dans l’EP, Clash pouvait laisser cette sensation que le groupe voudrait favoriser l’intensité pour construire pièce après pièce une véritable marmite pour la scène… C’est précisément là que Caravan Palace prend son auditoire à contre-pied.

Cet album est avant tout une perle électronique à connotation jazzy et ce dernier fluctue par les différences de rythmes. Le groupe offre de petits bijoux tels que Panic ou l’excellent Dramaphone : rythme soutenu par un florilège de claviers vintage, il s’en ressort pourtant un côté rétro du plus bel effet. The Dirty Side of The Street ne déroge pas à la règle : le vibraphone enflamme le morceau dans un élan généreux alors que les longues embardées au piano ne font que répandre une irrésistible envie de swinguer ! D’ailleurs, avec une ligne de basse toujours à point nommé, Maniac s’offre même un finish épatant : avec des voix à la limite de Gorillaz, le groupe laisse le guitariste vaquer à ses envies sur fonds cuivrés.

Bien plus instrumental et expérimental que le précédent opus, le côté rétro est à son paroxysme sur Pirates, là où les racines même du jazz prennent leur source : trompette, guitare et swing à foison pour un extrait qui aurait très bien pu avoir sa place dans une des scènes d’un certain The Artist… Et le scat alors ? Newbop poursuit l’exploration en se dotant d’un beat bien léché.

Croire que Caravan Palace en a assez serait faire fausse route : en s’accordant un petit délire digne des 1950′s, le premier single Rock It For Me endosse un costume rockabilly des plus plaisant avant de s’offrir des sessions plus intimistes. Cotton Heads frôle même la palme tant sa puissance et sa ballade pop acoustique enveloppe les enceintes. Avec des tempos résolument plus lents, Caravan Palace a aussi mûri musicalement à travers des morceaux tels que Queens, 12 Juin 3049, Glory of Nelly ou encore Sydney. Seuls tracks où Zoé Colotis prend réellement possession des compos (excepté sur Sydney, il s’agit de Cyril Aimée), la dernière valse offre son ultime souffle : mélodieux et raffiné, le vaisseau peut à nouveau décoller.

On pouvait craindre que Caravan Palace se perde en chemin à force de traverser le temps… Pourtant, même si l’album est moins énergique et plus électronique que le précédent, il en a gagné en maturité. Swing à souhait et nettement plus soigné, Caravan Palace se paie une seconde jeunesse très rétro.

« Je suis très inquiet pour vous. J’ai peur ce qu’il serait capable de faire. Au cas où quelque chose m’arriverait… Mais c’est un robot, que pourrait-il faire ? Il n’y a pas de limite à sa puissance, il peut détruire la Terre… » (Panic, Caravan Palace).

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1. Queens
2. Maniac
3. The dirty side of the street
4. 12 juin 3049
5. Rock it for me
6. Clash
7. Newbop
8. Glory of Nelly
9. Dramophone
10. Cotton heads
11. Panic
12. Pirates
13. Beatophone
14. Sydney

Durée : 51 minutes
Album : 2e
Sortie : 5 mars 2012
Genres : Electronique / Jazz / Swing
Label : Wagram Music

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Article précédent

Marcel et son Orchestre « Dans la joie jusqu’au cou… tous les coups sont permis ! » (2012)

Article suivant

Puppetmastaz « Revolve and step up ! » (2012)

Dernières publications