D’abord pressenti pour 2025, c’est le 17 avril 2026 que les Vulves Assassines ont remis le couvert avec la sortie de « Vulcanae rock’n’rolla ». Ce troisième album, sélection découverte des disquaires pour le Disquaire Day 2026, laissait présager des braises ardentes. Mais qu’en est-il vraiment ?
Un simple coup d’œil à la pochette de ce nouveau disque et voilà que les premiers indices de ce qui nous attend se dévoilent. Ici, pas de chemin détourné : les Vulves Assassines comptent bien rester en mode offensif, façon « vulcano 3000 ». Sur un fond rouge vif, elles sont prêtes à dézinguer tout ce qui mettra en travers de leur route : ceux qui cherchent à mutiler le monde ainsi que toutes les idées pré-conçues qui gangrènent l’esprit.
« Vulcanae rock’n’rolla » fait donc suite à « Das kapital », leur second album sorti en 2022. Moins marteleur côté intensité que « Godzilla 3000 », leur premier album, cela n’avait en rien enlevé à sa qualité. La question légitime à se demander est donc « est-ce que ce nouvel album va s’inscrire dans le sillage de « Das kapital » ? ». Nous avions obtenu des éléments de réponse en interview, déjà, en 2024, et force est de constater que cela s’est confirmé à l’écoute : les 3 agitatrices des Vulves Assassines sont revenues avec de sacrés arguments et il va falloir se pousser pour les laisser passer, elles et leurs nouveaux titres.
Ils sont au nombre de 13 et c’est plus que sur leurs opus précédents. +1. Et côté minutes, on est servi, puisque c’est aussi l’album le plus long des Vulves avec ses 42 minutes. Combo gagnant !
D’abord, elles décident d’ouvrir ce disque avec un bon met franchouillard, accordéon à l’appui, à l’aide de Bretelles en do mineur. Cette ouverture détone, courte et efficace, et elle malmène ce qui pandouille entre les jambes de certains en évitant toute entrée intempestive. Cette intro passée, la première météorite rose bonbon de ce « Vulcanae rock’n’rolla » s’apprête à frapper : derrière la badasse Louise Mitchell qui a envoûté tout Paname, c’est un brûlot électro/punk qui déboule à toute berzingue sur le périph’ ! Et avec des « oh oh oh » très punk en prime.
On ne va pas se mentir, cette première partie d’album est un condensé de hits en puissance pour ce nouveau disque : Louise Mitchell à peine couchée voilà que le petit matin pointe son nez avec Gladiateurs. Ces gladiateurs des temps modernes, malheureusement ceux-là existent encore, on n’en trouve que beaucoup trop : voilà donc un uppercut bien placé à toutes les têtes vides du volant, façon gros muscles et grosse cylindrée, qui disjonctent à la moindre injection. Toute guitare dehors et beats affûtés, les Vulves sont en forme !
La suite se révèle tout aussi efficace quand les Vulves se mettent à plier Alexa, la domotique d’Amazon, pour dénoncer l’utilisation futile de nombreuses choses sur internet. Elles vont même jusqu’à nous prendre à contre-pied en vocodant à outrance le refrain « Alexa allume la lumière (…) Alexa fait le bruit de la rivière »… et le pire c’est qu’il reste bien dans la tête ! Ces Putaclic plus tard, elles finissent par sortir l’artillerie lourde sur Notre programme. Jonglant entre rouleau compresseur punk et mélodie frénétique, elles dressent une liste de tout ce que « nous pourrions faire avec tous ces milliards ». Car il y en a des milliards dans les poches de ce qui possèdent « la moula » ! Ode à une vraie justice sociale, à une politique plus juste et plus verte, les Vulves « augmentent le SMIC (…), on vous remplace les flics par des animateurs BAFA ! (…) des petits trains partout qui s’arrêtent à toutes les gares ». Elles ne manquent pas d’idées… et c’est une belle fête qui s’annonce sur scène !
Passé ce premier tiers de disque A toute vitesse, électro/pop à souhait pour Aneymone, les « Vulves du 9.3. » se prennent pour La queen en sortant la boule à facettes en mode roller disco ! Décomplexées complètement assumées, elles ne perdent pas pour autant le nord : elles n’oublient pas de s’en prendre aux eucaryotes pluricellulaires qui pullulent sous nos pieds. En comparant Les champignons qui moisissent notre environnement aux partisans du RN, « cela fait des tâches dégueulasses, on va s’en débarrasser ! ». Flirtant avec la techno sur Le bon vieux temps, subtile transition avec Les champignons, les Vulves Assassines continuent de surfer sur une vague politique qui ferait (presque) regretter le temps où l’on déblatérait sur les Chirac, Lagarde, Morano, Borloo… un signe que le monde politique n’était pas bien glorieux mais pas aussi flippant que les Jordanus & Cie actuels. Un morceau remplit bien entendu d’humour et d’auto-dérision, on pourrait presque le situer entre Dombrance et Sexy Sushi dans le style !
Le dernier tiers de ce « Vulcanae rock’n’rolla » bascule dans un open bar de sonorités qui nous propulse très loin : Bienvenue dans mon open space, entre tournoi de mini ping-pong et chapeau pointu en carton recyclé, dépeint les joies de la pratique façon « teuf » (côté son) avant de rester à des hauteurs stratosphériques. On se demandait si le délire extra-terrestre serait toujours au rendez-vous, et il l’est ! Tous les millionnaires en route pour l’univers sont amenés à quitter la terre, entre flow rappeux et refrain une nouvelle fois vocodé, guitares en renfort pour être sûr de donner l’impulse.
Pourtant la fin d’album se terminera bien dans le monde réel : avec Barbara, on sent tout le poids de vivre une relation toxique et bien plus encore, un compagnon « violeur » avec toute la force qu’implique de se barrer… Du vécu à la prise de décision, c’est toute la compo qui s’emballe comme pour mieux soutenir toutes les autres qui pourraient s’y identifier. De quoi ponctuer avec « le roi est mort » sur Ton château, façon rock poppy 70’s, et voilà que la boucle est bouclée pour cette troisième mouture. Une clôture toute aussi surprenante que l’ouverture !
Sur « Vulcanae rock’n’rolla », les Vulves Assassines n’ont pas perdu leur fougue, que ce soit dans l’énergie et les textes qui fleurissent sur les pentes de leur volcan incandescent. Elles ont remis une louche d’intensité par rapport à « Das kapital » et elles continuent surtout à creuser leurs influences bien plus nombreuses sur ce disque. La route est tracée et on espère retrouver leurs idées au printemps 2027 !
Les Vulves Assassines, « Vulcanae rock’n’rolla », disponible depuis le 17 avril 2026 (13 titres, 42 minutes).
Album disponible en téléchargement gratuit sur leur Bandcamp et en CD et vinyle sur leur shop, dans les bons disquaires ou au merch’ pendant la tournée.
