Chronique Express

The Black Painters / Aufgang, le piano comme maître mot

16 septembre 2016, Aiollywood
The Black Painters et Aufgang 2016

Que de sorties d’albums en ce vendredi 16 septembre ! Pourtant, au milieu de cette masse sonore de tout poil, Le Musicodrome a choisi de mettre à l’honneur deux groupes particuliers : The Black Painters et Aufgang. Tout deux groupes émergents, même si Aufgang a déjà près d’une dizaine années d’existence au compteur, ces deux duos ont pourtant un joli point commun instrumental, le piano. Hasard du calendrier, ces deux métronomes aux univers opposés ont cependant choisi de dévoiler respectivement leur nouvel opus aujourd’hui. A la croisée des chemins et des genres, nous vous présentons les deux dernières créations des Black Painters et d’Aufgang.

The Black Painters « All sad and stupid songs of all time seem written for me now » (2016) -PIANO/ROCK-

Derrière ce nom d’album improbable se cache un nouveau duo entièrement frenchy, The Black Painters. Au delà de cette surprenante création, il apparaît pourtant un duo résolument décalé : on ne présente plus Matthieu Miegeville, chanteur charismatique des regrettés Psykup ou encore My Own Private Alaska (MOPA). Rongé de l’intérieur et toujours prêt à déverser ses mots puissants, voilà que le chanteur est parti à l’encontre de Rémi Panossian, pianiste reconnu sur la scène jazz moderne actuelle actif avec RP3. Comme s’il fallait absolument repeindre le monde en noir, les deux compères ont préparé pour ce premier opus une recette qui peut paraître simpliste : Matthieu assure la partie chant tandis que Rémi fait résonner les notes au piano. Sobre, sans effet, sans friture. Pourtant, à travers les 9 titres proposés, le joyeux mélange fait son effet. L’ouverture de l’album, Drink on, donne d’entrée le ton : agressive mais tout aussi subtile, la fureur gronde et peine à être étouffée. John Lennon in your eyes sonne le glas, dompté par le rythme effréné imposé par Rémi au piano. Les anges chahutés, un cri finit par déchirer la nuit (JAMOT) avant qu’une parade nuptiale n’éclate sur Minor G. Désir et tristesse liés, la passion continue pourtant de brûler (I will mary you one day), bien aidée par la voix éraillée de l’ex-chanteur de Psykup. Porté par les flots et les envolées lyriques assumées par The Black Painters, le duo sait aussi s’offrir un habit de lumière taillé pour partir à la conquête des peines perdues (The best fall) ou se transformer en allumeur de foule (Paris may). On regrettera finalement seuls les tracks Good morning i am you et Will you like kill qui n’apportent rien de neuf dans ce premier opus : trop piano-rock et trop morne, ces deux compos surfent sur une vague de déjà entendu. Malgré ces petits accrocs rencontrés en milieu d’album, ce premier neuf titres des Black Painters est une belle réussite. A la fois frais et rafraîchissant, le combo affiche une solide complémentarité subjuguée par la voix embrumée de Matthieu Miegeville.

Aufgang « Turbulences » (2016) -POP/ELECTRO-

Découvert à l’époque du tonitruant album « Istiklaliya » (2013), la carrière du duo Aufgang a connu un joli coup de fouet depuis son carton plein en 2014. Repéré sur les planches brûlantes de Marsatac, Aufgang condense les ingrédients incitant à la curiosité. Piano et batterie endiablés pour set enflammé, le live a conféré une nouvelle dimension au groupe qui est une bête de scène hybride et jouissive. De formation classique, Rami Khalife a toujours eu un penchant vers les machines et sa rencontre avec Aymeric Westrich (batteur et producteur) s’avère être un déclic. Quasi futuriste, leur musique est à la croisée des mondes et des genres. C’est un peu comme si les clubs s’invitaient dans les conservatoires. C’est aussi comme si la pureté du piano apprivoisait nos émotions. Après de grands vols planés accumulés sur les trois précédents opus, Aufgang va pourtant changer de stratégie sur « Turbulences », le quatrième opus de son existence mais aussi le premier chez Blue Note. L’album, lancé à toute allure grâce au psyché Mizmar, reflète idéalement la nouvelle facette du groupe. Tendant plus vers des influences electro/pop, Mizmar est un petit brûlot même si le piano… est au troisième plan ! Aussi étonnant que cela puisse paraître, le piano n’est plus « le donneur d’ordre » au niveau du rythme de nombreuses tracks. Sur Mizmar, boosté par les beats des machines, le tempo est impulsé par un sample de violon sur fond de chants orientaux. Le synthé est bien-là, en revanche le fameux piano d’Aufgang se fait nettement plus discret, présent réellement que sur l’extrême fin du track en guise de borderland ! La suite ne fera qu’accentuer ses nouvelles tendances : Backstabbers, remplit de mauvais esprits, est un cocktail digital et saturé, où le piano ne fait qu’hanter un morceau d’une noirceur totale même si le rendu tape sur tout ce qui bouge. Tel un manoir subitement habité, Aufgang vient emprunter des sonorités à la techno et au post-rock pour créer son échappatoire : Runaway pousse au dépassement tandis que Fix est drogué de testostérone. Pourtant, dire que le groupe a radicalement changé ne serait pas tout à fait le reflet de ce « Turbulences ». Sur Huriya, même si l’electro est toujours en première ligne, on retrouve toute la frénésie du mélange des genres où le piano a encore son mot à dire à coup de « give me my freedom » comme sur l’énorme Balkanik. En revanche, il est dommage que les Shaman ou Summer, trop entendus ou trop lisses, aient pêché d’un excès de jouvence pour garder de leur fraîcheur… On se laisse, au contraire, davantage charmer par des sorties contrôlées et finement balisées aux côtés, de Turbulence, d’un Paysage ravagé mais inédit ou encore d’un Lost égaré de toute beauté. Dans tous les cas, ce « Turbulences » était attendu. La mutation progressive du groupe vers des contrées plus modernes et plus électroniques est un premier virage musical majeur dans l’histoire du groupe. La place des machines, beaucoup plus imposantes que dans « Istiklaliya », confère à Aufgang un côté sombre et dur qui ne lui va pas si mal. Le groupe parvient encore à embarquer son auditoire dans des contrées lointaines en laissant une part belle au piano sur certains morceaux. L’aspect décevant de ce « Turbulences » réside plutôt dans son entre-deux, là où Aufgang tend vers une musique pop/électronique plus passe partout qui perd de son impact et de son originalité alors que le groupe regorge de créativité.

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