Live Report

« Humain », c’est joli après tout ! Loïc Lantoine (Toulouse, 31) 04.2

9 février 2017, P'titBapt
Loic Lantoine et The Very Big Experimental Toubifri Orchestra

La clôture de Détour de Chant, qui aura ravi la ville rose de textes rouges durant deux semaines, se déroulait samedi au très beau théâtre des Mazades, avec la venue tant attendue de Loïc Lantoine, et du fameux Very Big Experimental Toubifri Orchestra qui l’accompagne depuis quelques années. L’interview de ces lascars nous mettait l’eau à la bouche. Mais nous en parlerons plus tard. Pour l’instant parlons de ce samedi soir plein de rêves, de musique, de cœur, et d’humain. Oui, d’humain. Surtout.

« C’est pas la fin, c’est une pause
J’ai toujours eu envie des autres
De sourire à celui qui ose
De fou rire au moindre des nôtres »

Des étoiles plein les yeux, et des rêves au fond des songes, nous nous asseyons bien confortablement au milieu d’un théâtre des Mazades au bord de l’implosion tant personne ne voulait rater une miette de ce festin à venir. Dès 20h30 quelques notes s’immiscent, puis grossissent, se rapprochent, se dilatent dans l’atmosphère. La musique de « Quand les cigares » (devenue célèbre par l’intermédiaire du film « Merci Patron ») est jouée par les 19 choristes de l’orchestre, fringants, tous en couleurs et en symboles, descendant les marches au rythme de la musique, avec Loïc Lantoine au milieu de cette troupe, « Mes copains » comme il se plairait à le dire. On lit d’emblée sur son visage une joie communicative qui annonce une belle soirée.

Cette soirée sera aussi cousue par l’aiguille du rire. Et quand Loïc Lantoine termine de partager son texte, seul, et se retourne hurlant « Solo » à 19 musiciens se mettant en cœur à faire un barouf de tous les diables, les premières dents se dévoilent, et nos premiers sourires se cognent.

Loic Lantoine et The Very Big Experimental Toubifri Orchestra

L’escorte est sur scène, rangée en arc de cercle autour d’un Loïc Lantoine resplendissant. Il nous avait été murmuré que quelques nouvelles compositions jalonneraient cette soirée. Dès le début ce fut le cas. Et comme on attend des nouvelles d’un ami cher, la joie de découvrir de nouveaux mots de l’artiste est toujours intacte, la plume encore en partance pour de nouveaux lendemains, au carrefour des rêves et de la joie de vivre, ici et maintenant. Le message est clair, les 20 hommes et femmes sont heureux d’être là !

« Et on se rit des aigris
parce que c’était mieux maintenant »

L’inconnue de la soirée était la capacité qu’aurait le « Toubifri » à mettre en exergue les mots si chauds et la voix si rassurante de l’artiste. Une chanson passe, la seconde, la troisième… dès les premières notes, les premiers blancs et les premiers regards, la réponse se dessine comme une évidence. Comment avons-nous pu nous poser cette question ? Les musiciens jouent sur les atténuations, dessinent et refondent les courbes des chansons qui se retrouvent embellies à l’envi par ce mariage aussi inattendu qu’évident.

Les chansons du dernier album de Loïc Lantoine sont jouées tout au long de la soirée, Je cours déchire la salle de sa justesse, elle apparaît et claque dans l’air. Les cuivres dessinent dans l’air un arc en ciel qui nous enrobe, dans lequel on aime à se blottir, à fermer les yeux et à s’imaginer minot; le tout est harmonieux et le choix est terrible entre les larmes et le rire. Pierrot, La Nouvelle, Mauvais ouvrier… et tant d’autres nous sont ré-offertes comme différentes en restant toujours les mêmes; sans prendre de rides elles gagnent en gueule. Aux étoiles restera un moment fort de la soirée. Toujours si belle. Toujours la tête dans son titre. Toujours perché.

« Tout est calme, trop
Les rires s’éloignent en échos
Les mots s’éteignent dans les gorges
Humanité sort du dico
Et l’audace a éteint ses forges
Les coeurs ne font plus de bruit
Et s’accélèrent dans le silence
Ca s’inquiète tant que ça fuie
Dans une douteuse cadence »

Loïc Lantoine et « son » orchestre, c’est aussi une aventure humaine, une aventure de cœur et d’engagements, cachés ou non. C’est ainsi qu’il souhaitera « Courage Fillon », nous partageant ses craintes de devenir « de droite » à force de blagues qu’il croit devoir éviter… L’adjoint au maire présent pour l’occasion aura apprécié. Les prises de position sont discrètes mais incisives. Loic Lantoine parvient à nous faire rire entre chaque chanson.

Et comment terminer sans causer des ribambelles de surprises proposées. En affirmant qu’ils allaient « rendre hommage à toutes les flûtes à bec qui se font massacrer chaque année en CM2 », l’orchestre détricote sa configuration pour s’amasser par terre, à l’avant de la salle. L’occasion de sortir les flûtes à bec et quelques xylophones pour accompagner Loïc Lantoine chantonnant  » A La Claire Fontaine » pour un retour en enfance salvateur.
Sur la magistrale interprétation de Tout est calme, ce sont uniquement des battements de pied et des claquement de mains et de chair qui accompagneront ce texte d’une terrible réalité. The very big experimental Toubifri Orchestra a plus d’un tour dans son sac, et nous étonnera jusqu’au bout.

Loic Lantoine et The Very Big Experimental Toubifri Orchestra

2h30 de spectacle, d’un spectacle à voir de toute urgence, à voir absolument, d’un spectacle qui nous fait du bien aux autres, qui nous remet les idées en place et nous redonne de l’espoir. Et les 20 protagonistes semblaient absolument incapables de quitter la salle, revenant sur scène à plusieurs reprises avant de s’en aller conclure cette trêve dans la nuit en repartant comme ils étaient venus : remontant le théâtre avec chacun leur instrument, en terminant par, à nouveau, Quand les cigares. La boucle est bouclée, la soirée fut sublime.

Le partage était peut être un des maîtres mots de la soirée, même s’il ne fut surement pas prononcé. Il est de ceux là qui font le plus de bien lorsqu’ils paraissent évident et n’ont pas besoin d’être répétés à tour de bras. Ce samedi soir il l’était, évident. Pour le public. Pour les acteurs. Pour l’espoir et l’envie. Les remerciements interminables en furent la preuve, s’il en était besoin.

« Alors, à demain, fini l’bistrot
C’est pas trop tôt car je reviens
Avec rien mais la même peau
R’garde si j’suis beau
Quand j’vois au loin »

Crédits photos : Francis Vernhet

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