Reportage

Le métier d’attaché.e de presse indépendant.e au temps du Covid-19 #1

26 juin 2020, OlivierS
Temps de lecture : 5’45

Ils font partie de ces métiers méconnus du grand public mais ô combien indispensables au monde de la musique. Attaché.e de presse indépendant.e… Quézako ? C’est pour en savoir plus que Le Musicodrome est parti à la rencontre de trois d’entre elles – Virginie Pargny, Barbara Ianonne et Miles Yzquierdo – mais aussi pour comprendre comment elles ont vécu cette crise.

Dans le monde de la musique, le métier d’attaché.e de presse a pour objectif de faire le lien entre un projet (artiste, disque, événement) et les médias au sens large (presse et programmateurs). « On est des passeurs, des intermédiaires, des médiums…de l’ombre ! On identifie des messages, un vocabulaire, on s’approprie un projet, on l’habite, on l’écoute, pour ensuite le traduire et en livrer l’essence aux médias, qui à leur tour en donneront le goût au public. » nous précise Miles. C’est donc bien d’un maillon central de la chaine entre l’artiste et le public dont nous parlons. Et leur rôle peut aller bien au-delà en assurant conseil et stratégie auprès des artistes (dans le cas où ces derniers n’ont pas de manager par exemple). En résumé, « il faut savoir être à l’écoute et force de propositions« . Et puis il y a ce choix de l’indépendance. « Être indépendante me permet avant tout de choisir TOUS les projets que je défends ainsi que les humain.e.s qui les portent, et donc de pratiquer mon métier avec toujours autant de passion et de plaisir depuis 16 ans, en respectant mes goûts, mes valeurs et mes méthodes de travail » nous explique Virginie. Une vraie revendication qu’elles affichent fièrement même si les choses ne sont pas toujours simples quand on travaille en solo. Barbara a quant à elle fait le choix de s’installer dans un espace de co-working à la Friche Belle de Mai à Marseille « ce qui me permet d’avoir suffisamment d’interactions sociales et de relâcher la pression avec les voisins de bureau« .

En ce mois de mars, tout le travail de préparation hivernal touchait à sa fin, les premiers noms des festivals de l’été commençaient à tomber quand tout à coup un virus a fait irruption, figeant la planète en quelques semaines. « Cet arrêt a été tellement brutal, je pense qu’au début on n’y croyait pas vraiment, on pensait que ça allait vite reprendre » nous raconte Miles. Garder un esprit positif malgré les annulations a été un leitmotiv. Tout le monde a vécu cette période de manière différente. « Vivant dans le Sud, avec maison, jardin, forêt, et sachant que mes proches étaient confinés en bonne santé, j’ai rapidement dédramatisé ma situation, en comparaison à beaucoup d’autres conditions de confinement » nous raconte Virginie. Une drôle de période anxiogène a néanmoins démarré, plongeant le milieu de la musique dans un grand désarroi. « Lorsque j’ai intégré que ça ne dépendait pas de nous, je me suis inclinée et j’ai observé » explique Miles.

Mais prendre du recul sur la situation n’enlève pas la déception qui pointe rapidement son nez : « annuler deux festivals coup sur coup (K-LIVE et Jazz à Sète) a été douloureux, surtout qu’il s’agissait de la période pendant laquelle habituellement, on révèle au grand public le résultat de mois de travail« . Et puis arrive rapidement la question financière et le maintien de salaire dans cette période instable. Comme nous l’indique Virginie : « l’inquiétude financière a été présente les premières semaines, car malgré quelques promos encore possibles par internet (sorties albums en numériques, sessions confinées, clips,…), la majorité de mes projets ont été en arrêt ou annulés ou décalés à partir de l’automne…« . Et c’est là que la statut d’indépendant.e peut rendre la situation un peu plus instable du fait de statuts finalement assez variés : micro-entrepeneur pour Virginie et Barbara, coopérative d’activité et d’emploi (CAE) pour Miles.

Finalement toutes ont pu bénéficier de la solidarité des festivals qui les avaient missionnées et qui ont payé les prestations engagées malgré les annulations. C’est ensuite les aides dédiées aux entreprises dans le cadre de la crise du Covid qui ont pris le relai en avril et mai. Pour la suite, les choses sont beaucoup plus floues comme nous l’indique Barbara « nous ne savons toujours pas à ce jour si nous pourrons bénéficier d’une compensation pour tous les festivals et concerts annulés sur la période juin / juillet / août / septembre/ octobre« . Car il faut bien avoir en tête qu’un festival nécessite de longs mois de préparation et qu’une éventuelle annulation est décidée très en amont afin d’éviter de trop grosses pertes financières. Et cette incertitude n’est pas sans impact sur l’activité des attaché.e.s de presse : « il y a un moment où j’ai vraiment cru que je devrais fermer boutique » précise Miles.

Pourtant cette période d’incertitudes, de ralentissement, de questionnements n’a pas eu que des effets négatifs. Cette crise a permis à tous ces indépendant.e.s, habituellement assez isolé.e.s de discuter, d’échanger, de questionner leur profession. Virginie explique ainsi que « cette crise sanitaire et son impact désastreux sur l’économie de notre métier (comme pour les autres domaines) aura permis de solidifier les échanges, et les envies de se structurer sérieusement, afin de mieux nous protéger collectivement« . Un sentiment partagé par Barbara « Avec la crise du Covid nous nous sommes rendus compte à quel point la solidarité mais aussi l’union étaient utiles » tout comme Miles «  Je crois que cet épisode a tiré la sonnette d’alarme, se structurer est devenu une nécessité impérieuse. Pour se faire entendre, il fallait parler d’une même voix« . Une première action a pris la forme d’un courrier de revendication adressé au tout jeune Centre national de la Musique CNM que nous avons relayé sur la page Facebook du Musicodrome. Puis est venue la nécessité de s’organiser et c’est ainsi que « nous avons donc décidé (avec plus d’une centaine de consœurs et confrères) qu’il était temps de nous fédérer au sein d’une structure visible et juridiquement viable. Il a été proposé différentes formes et c’est finalement la forme du syndicat qui a été choisie (après un vote) » nous expose Barbara. « On tient là une occasion de se positionner, de se faire entendre, de montrer qu’on a un poids dans cette économie de la culture et de la musique. Et peut-être que ce sera aussi l’occasion de mettre fin aux clichés de la profession ! Et puis aussi et surtout, échanger et partager autour de notre pratique de manière formelle » renchérit Miles. Une aventure qui démarre et que nous suivrons avec beaucoup d’attention.

Maintenant que le cadre est là, comment imaginer les semaines, les mois qui viennent ? Une semblant d’activité pointe le bout de son nez, qu’en est-il du côté des attaché.e.s de presse ? « Je travaille sur des sorties d’albums, sorties de singles et nouveaux clips, ainsi que pour deux structures non musicales et ouvertes au public, ce qui me permet d’avoir une activité régulière depuis le déconfinement. Et quelques artistes reprennent (doucement) la route cet été car des lieux ou des festivals maintiennent leurs dates – dans certaines conditions sanitaires modifiées. Du coup, la vie reprend son cours plus vite que je ne l’avais prévu, et c’est chouette » nous dit VirginieMême son de cloche du côté du côté de Miles :  « Certes l’incertitude règne en maîtresse cette dernière semaine, mais beaucoup de festivals d’été qui ont été contraints d’annuler pour les raisons que l’on connaît, se mobilisent et réfléchissent à créer des événements, maintenant que les protocoles s’assouplissent. Ce seront des formats plus légers, un peu moins ambitieux, mais portés par les mêmes bandes de passionnés !« . Un enthousiasme que nous partageons avec elles tant les concerts nous manquent depuis des mois. Néanmoins la situation reste très incertaine et cette inquiétude, partagée par Miles, nous rappelle que cette crise laissera des traces et un monde de la musique profondément secoué dans ses fondamentaux : « Je suis un peu inquiète sur ce qui se profile. Je pense aux petites boîtes qui risquent de mettre la clé sous la porte, aux embouteillages à l’automne si l’activité dans les salles reprend, etc. ça reste un milieu concurrentiel, j’espère que tous ces élans de solidarité envers les uns et les autres resteront au centre de la réflexion de chacun« .

Crédits photos : Olivier Scher

Parution du prochain volet le mercredi 1er juillet avec les attachés de presse en agence de communication.

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