Chronique

Asian Dub Foundation « More signal more noise » (2015)

28 juillet 2015, Aiollywood

Chaleur sous les tropiques, tempête sur le Danube, les Asian Dub Foundation ont choisi leur moment pour revenir. Ce qui est sûr, c’est qu’ils comptent bien clamer leur « More signal more noise » sous tous les toits. Armé de 11 nouveaux titres, le successeur « A history of now » (2011) est surtout attendu au tournant car depuis plusieurs années, le climat autour des londoniens est quel que peu agité. 

C’est ainsi que dans cette ambiance générale, nous tâcherons de couper court au suspense : en 2015, Asian Dub Foundation reste fidèle à son virage musical amorcé depuis « Tank » (2005). En 2015, l’héritage des fameux « RAFI » (1997) et « Community music » (2000) semblent bien loin. Et même mieux : en 2015, Asian Dub Foundation revient avec un nouvel album (c’est ainsi qu’ils le présentent du moins) qui a des odeurs de déjà vu pour une partie du globe. En effet, « More signal more noise » est une extension, ou un relooking si vous préférez, de « The signal and the noise » sorti en 2013 pour le public asiatique ! Alors avis à ceux qui aurait écouté cette fameuse galette en 2013, ne vous attendez pas à découvrir 11 titres tout frais.

Cette parenthèse refermée, Asian Dub s’est en tous cas fixé une ligne de conduite. Une conduite brute, affirmée sans gène, qui déboule sans avertir sur ce « More signal more noise ». Et c’est réellement cette sensation que les londoniens recherchaient : celle d’urgence, de live et de sueur. L’enregistrement même de cet opus en garde les stigmates : pondu et mixé en seulement 3 jours, à la sortie d’un festival, Asian Dub a souhaité que l’album arrive dans les bacs avec les conditions du live. Brut, vous avez dit ?

A la manière de l’explosif « Punkara » (2008), « More signal more noise » secoue les chaumières. Cela faisait bien longtemps que l’ouverture d’un album d’Asian Dub ne nous avait pas autant accrochée ! Zig zag nation en dit long sur les ressources que le groupe détenait encore… Digne de la grande époque du collectif, les genres sont malmenés pour finalement fusionner dans un échos retentissant. Les guitares répondent aux beats des machines, le flow de Ghetto Priest ne se fait pas prier et les fameuses notes indiennes enrobent le tout. Tantôt rock, tantôt ragga voire même dubstep, la trajectoire de l’homme canon est toute tracée. Ces brûlots groovy, le skeud en renferme dans ses moindres recoins : Radio bubblegum, imbibé de fusion et de drum’n’bass, renvoie l’appareil à une version en mode polish d’un des tubes du groupe, Flyover, de « Tank » (2005).

Mais ce qui reste en tête finalement de ce nouvel album, c’est la poigne avec lequel le crew tord son auditoire : des machines saturées et orientales de Get lost Bachar ou de Fall of the house of cards, la violence des mots est parfois plus frappante que celle qui sort des enceintes. Cependant, l’arrivée en contrat à durée indéterminée de Nathan Lee à la flûte rend cette dernière omniprésente… qu’on se demanderait presque si ce n’est pas trop. Sur Semira, c’est elle qui a la rude tâche de s’occuper de la mélodie alors qu’une autre version remixée (Dubblegum flute flavour) lui laisse à nouveau carte blanche. Même sur Hoverning, pourtant bien domptée par la force rock qui se dégage du morceau, la voila qui revient pointer le bout de son bec.

Passé cette frustration qui apparaît après plusieurs écoutes, Asian Dub Foundation propose toutefois des morceaux plus personnels avec des influences bien à lui. Stand up, dessiné aux traits hip hop fait bouger les têtes, lourd et massif avant que The signal and the noise nous renvoie, sans écart, aux sonorités des albums précédents. C’est finalement Blade ragga qui aura une mention particulière sur ce « More signal more noise ». La flûte est toujours bien là, mais voilà le crew embarqué dans une envolée de 6 minutes rock, saturée en humidité, qui ne demande qu’à déverser son trop plein de machines et de guitares bouillonnantes. S’achevant en un râle qui mute subitement en effluve sonore, Asian Dub s’est joué de nous pour mieux nous séduire. Dommage que ce ne soit que par parcimonie et de manière trop dépersonnalisée, donnant le sentiment d’un album qui manque de liant.

Il y a bien ces influences indiennes et bhangra mais ces dernières ne sont pas forcément bien équilibrée dans l’ensemble. Finalement, même les phases de hautes intensités ne semblent pas maîtrisées par le collectif qui cherche à fuir à tout pris ce son lisse qui lui a été reproché sur ces deux précédentes sorties… L’arrivée de la flûte et de sa mise en avant dans le groupe devait sans doute pallier cette limite mais il est impossible de reconnaître que la partie est gagnée. Nul doute que ce « More signal more noise » est bien meilleur que « A history of now » (2011) mais la route semble encore longue pour reconquérir les fans perdus en route…

Clip « Zig zag nation »

FICHE TECHNIQUE

Tracklist :
1. Zig zag nation
2. The signal and the noise
3. Radio bubblegum
4. Blade ragga
5. Semira
6. Stand up
7. Flyover
8. Hovering
9. Get lost Bashar
10. Fall out the house of cards
11. Dubblegum flute flavour

Durée : 48 min
Sortie : 10 juillet 2015
Discographie : 9ème
Genres : Electro / Hip Hop / Rock
Label : ADF Communications

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