Chronique

Détroit, un vent de fraîcheur et d’émotion dans les bacs (2013)

17 janvier 2014, P'titBapt
Détroit Bertrand Cantat

Voila plus de 10 ans que l’on attendait un nouvel album de Bertrand Cantat. Il va nous l’offrir avec son nouveau duo qu’il forme en compagnie de Pascal Humbert, après avoir chanté avec Eiffel ou encore Shaka Ponk. Il revient surtout avec ses propres textes, sa force et ses émotions. Alors, que penser de cette galette nommée « Horizons »

Detroit

En ouvrant ce cd, et en lançant la première chanson, la chose la plus marquante est la voix de Bertrand Cantat ;  toujours aussi profonde, rock, surtout aussi râpée et presque inchangée par rapport à celle que l’on connaissait lorsqu’il avait 15 ans de moins et qu’il chantait Le Vent Nous Portera. L’album est une longue montée en puissance, au fur et à mesure que les chansons avancent l’orage gronde de plus en plus fort au dessus du ciel de Cantat et de son ami contrebassiste.

Les deux premières chansons: Ma muse et Glimmer In Your Eyes apportent une entrée en matière plutôt douce, sans réelle performance lyrique du chanteur, les textes sont doux et harmonieux mais pas aussi profonds et engagés que ce que nous espérions, ce n’est pas Noir Desir, beaucoup moins rock mais déjà on se rend compte que la rencontre entre les deux musiciens et le choix d’enregistrer un cd guitare/contrebasse est une très bonne surprise.

Puis on change d’univers brusquement. On monte clairement d’un cran avec la chanson suivante, intitulée Terre brûlante, et qui porte très bien son nom tant elle fait ressurgir en nous quelque chose des plaines chaudes de Noir Désir : « il roule sur une longue route/infinie, sans virage/droite et silencieuse, sous les nuages sombres/que crève l’astre solaire ». Cantat parle de longue route et d’exil et nous prend les tripes (ce n’est que le début d’une longue série). Puis arrive Ange de Désolation, qui nous griffe, nous empoigne, Bertrant Cantat nous raconte son histoire et ses doutes, il n’a pas attendu que le vent ait tourné pour faire diversion et il nous a emporté avec lui, ça y est, nous sommes vraiment dans l’album. 

Et là elle arrive, la chanson qui est le singulier de l’album, où on entend le chanteur nous racontant la prison, les doutes que l’on devine, les espérances qu’il a aimé à garder tout au long des dures années, et les horizons qu’il a dû apercevoir et qui ont donné son titre à l’album. Un air d’harmonica accompagne le tout pour une chanson bruyante de finesse, qui rappelle parfois l’album « 666.667 club », en moins rock tout de même. « Je sais qu’il faut se taire/Au loin le tonnerre gronde/Éradiqué du Monde/évincé de la Terre ».

Alors la place est faite au single, que tout le monde avait pu entendre quelques semaines avant la sortie du cd : Droit Dans Le Soleil, et là il faut être bien assis, on reprend une grande claque. Cette chanson nous envoûte d’une manière assez incompréhensible, tout se dissout dans la lumière de ce texte profond et lourd. On revit un peu avec cette chanson, beaucoup moins sombre mais tout aussi dure et profonde que les deux précedentes, un rayon de soleil bienvenu. N’oubliant jamais ses fondamentaux, Cantat sait revenir aussi au vrai rock, le pur et dur, et on a l’impression de ré-entendre Noir Désir avec la chanson suivant, Le creux de ta main. Avec un texte moins profond mais un sentiment de délivrance dans ce paysage du rock français, qui, quoi qu’on en dise, était toujours un peu orphelin des anciens rockers de Bordeaux. 

Les deux chansons suivantes sont moins prenantes et étouffantes, en effet Sa Majesté et la chanson en anglais Null And Void ramènent un peu de calme, mais toujours avec une mélodie similaire, et marquent une sorte de pause dans la pensée hurlante et dévastatrice de Bertrand CantatOn peut se demander s’il est réellement judicieux pour ce dernier de chanter de telles chansons en anglais, tant sa voix et le force de ses mots nous touchent dans les autres chansons…

Et l’album fini sur ce qui surprend peut être le plus, la reprise d’une des plus belle chanson de Léo Ferré : Avec Le Temps. Peu de choses à redire sur cette interprétation, la musique s’y prête à merveille, la voix de Cantat rend vraiment bien. Cet hymne sonne comme une ultime provocation du chanteur, un dernier bras d’honneur à tous ceux qui veulent le voir enterrer au fin fond de l’univers musical ; aux médias qu’il critique tout au long de ces 12 titres. « Avec le temps, va, tout s´en va/On oublie le visage et l´on oublie la voix/Le cœur, quand ça bat plus, c´est pas la peine d´aller/Chercher plus loin, faut laisser faire et c´est très bien ». Pas sûr que cette chanson ait plu à tout le monde, pas sur qu’elle ait vraiment sa place à la fin de l’album, mais peu importe.

Au final c’est un nouvel horizon que nous offre Bertrand Cantat, on ne retrouve pas Noir Désir mais on en observe quand même des petites choses, une voix et des textes qui nous ramènent en arrière tout en étant tournés vers le futur. Un très bon retour qui annonce une longue série de concerts qui seront à n’en pas douter l’un des faits majeurs du paysage musical français en 2014.

« Droit dans le soleil » : 



FICHE TECHNIQUE

Tracklist

  1. Ma muse
  2. Glimmer in Your Eyes
  3. Terre brûlante
  4. Détroit 1
  5. Ange de désolation
  6. Horizon
  7. Droit dans le soleil
  8. Détroit 2
  9. Le Creux de ta main
  10. Sa majesté
  11. Null and Void
  12. Avec le temps (de Léo Ferré)
  13. Sonic 5 

Sortie : 18 novembre 2013
Durée : 52 minutes
Album : 1er album

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