Chronique

Skip The Use « Can be late » (2012)

17 août 2012, Aiollywood
Chronique Skip the use Can be late 2012

A voir les salles qui affichent complet et la notoriété grandissante pour ce groupe alternatif français, il se pourrait bien que l’on tienne la révélation rock de l’année 2012. 10 ans de carrière, des débuts punk, un cocktail funk, pop, rock et électro, Skip The Use a trouvé la formule magique pour sortir des sentiers battus. Avec leur second opus, « Can Be Late », sorti en février dernier, les lillois sont en train d’exploser. Dans le bon sens du terme.   

l était particulièrement attendu leur deuxième album… Car il faut souligner qu’en 10 ans de carrière, en comptant leur ancien groupe punk Carving, les Skip The Use n’avaient sorti qu’une unique galette, éponyme, en 2009. Et depuis 3 ans, après une tournée gigantesque (France, Europe, Canada) et des premières parties de renommées (Trust, Rage Against The Machine, Johnny Hallyday, etc), Skip The Use a véritablement décollé en se payant la part du gâteau des plus grands festivals français (Main Square, Solidays, Marsatac, Musilac) ou suisse (Paléo Festival). Le défi n’était pourtant pas simple pour un groupe avec un seul album dans les tiroirs durant plusieurs années…

Ce n’est plus le cas aujourd’hui, pour notre plus grande joie. Les choses n’ont guère mis de temps à se décanter : l’EP sorti en septembre dernier, « Sound From The Shadow », mettait sérieusement l’eau à la bouche, et le présage de se prendre une grosse claque en début d’année commençait à se deviner. Et ce qui devait se produire…arriva avec « Can Be Late ». Explications littérales et sonores.

Ce que l’on apprécie chez Skip The Use, c’est ce rock énergique, cette franchise à communiquer la bonne humeur en jouant les apprentis sorciers musicaux. Dans ce « Can Be Late », on retrouve tous les ingrédients qui rendent cet album si attachant. Déjà, il s’écoute d’une traite. Et rares sont ceux qui peuvent se vanter d’un tel qualificatif. Surtout, l’auditeur n’a jamais l’impression d’être ballotté dans tous les sens : même si les influences sont nombreuses à travers ces 14 pistes (rock, punk, funk, pop, électro), il s’en dégage une cohérence tout à fait déconcertante.

A l’ancienne, Skip The Use a souhaité conservé ses facettes enflammées. Oui, il y a toujours de gros brûlots qui ne demandent qu’à passer au révélateur de la scène. Et dès la première piste, People In The Shadow se charge de donner le ton ! Grosses guitares en guise d’intro, synthé envoûtant pour une prise de contrôle de la basse très funk, avant une explosion rock/électro des plus ravageuses à coups « I want to know… people in the shadow ! ». Il y a des claviers vintage avec la Justice touch dans l’air ! C’est à la fois lourd et terriblement dansant, Skip The Use va bâtir son empire autour de ce duo. Prenez un P.I.L., même constat. Riffs aiguisés, petits retours à leurs débuts punk et une force de frappe contenue dans sa section rythmique, Skip The Use fait une nouvelle fois mouche. Ce n’est d’ailleurs pas Bastard Song qui dira le contraire : imaginez le joyeux bordel lorsque Mat interprétera un tel track ! Punk/rock à souhait, boosté par les machines lui conférant une puissance stratosphérique, les lillois font mouche à chaque réplique !

De là à dire que Skip The Use a voulu frapper fort dans les têtes, c’est omettre la dimension festive que veut conserver le groupe. Bercé avec les doux sons du punk, le crew en a gardé toute son intensité et son énergie, mais musicalement, Skip The Use puise son inspiration davantage dans des groupes tels que The Hives ou Rage Against The Machine.

Et surtout, Skip The Use tient à assumer ses penchants prononcés vers la funk : chants aigus, basse affirmée, le track éponyme Can Be Late et Antislavery raflent la récompense groovy pour faire bouger la foule sur les dancefloor ! Encore plus marqué sur The Face, on frôlerait presque la boule à facettes mais le refrain est tellement vitaminé que l’on tomberait presque dans le jeu du groupe… En plus de leurs différentes sources d’inspiration, Skip The Use a un faible pour les machines. Sur Do It Again, on croirait que Skip The Use se prendrait pour Justice le temps de 3 minutes et de transformer son track en une nouvelle version de D.A.N.C.E. D’ailleurs, Skip The Use ne cesse de prendre à contre-pied les idées reçues : Ghost se pare de dorures ragga, sur fond de choeurs sonnant à la Beck et Gorillaz, enregistrés avec la chorale britannique de St. John’s International School. Même si c’est du revu et du réchauffé, le refrain fait encore son petit effet. C’est entêtant et terriblement entraînant !

Jamais rassasié, Skip The Use va pouvoir, en tous cas, faire jaser sur ses ressemblances avec le son de Bloc Party, rock alternatif, et surtout de son chanteur, Kele Oreke. Très proche dans la voix et dans la manière de chanter, il y aura, forcément, quelques similitudes entre les deux groupes sur un Fallin’ ou un Cup of Coffee, très pop/rock. Même si, au petit jeu des comparaisons, un Cup of Coffee rappellerait davantage un Fuck You de Lilly Allen par le rythme, très cyclique, du synthé !

Même si l’album s’essouffle un peu sur la fin, Skip The Use poursuit son exploration : avec un blues des plus noirs qui finit par se saturer sur Darkness Paradise, on ne peut qu’en redemander. C’est efficace et sans ménagement, Enemy s’affirme comme une référence rock avec son effusion de guitare et son rythme tapageur, avant que Mirror offre une ultime parade pop des plus plaisantes… On a beau chercher, tous les morceaux font leur effet.

En décidant de se replonger dans les claviers électro/new-wave, Skip The Use a désormais un pied et demi dans le monde du post-punk. Rock’n’roll attitude, groove song’s, énergie à revendre, Skip The Use ne peut laisser insensible. Doté d’une force de frappe incontestée, le potentiel du groupe s’exprime à merveille. D’autant plus qu’en live, le groupe atteint les sommets. De Rage Against The Machine à Gorillaz ou de Bloc Party à Justice, Skip The Use est en passe de devenir le nouveau porte-drapeau français sur la scène rock internationale.

Un album à recommander, de loin. D’autant plus qu’une version limitée double cd est sortie il y a quelques mois avec 8 morceaux live enregistrés à la Machine du Moulin Rouge à Paris le 27 octobre 2011. Au programme, les énormes P.I.L. et People In The Shadow avec Cup of Coffee et Antislavery, ainsi que des tracks issus du premier opus (Dr House, Off Me, She’s My Lady) et Harry Poppers. Un bon moyen de prolonger la découverte !

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
Cd n°1 (album version)
1) People in the shadow
2) Can be late
3) Ghost
4) Antislavery
5) The face
6) Do it again
7) P.I.L.
8) Fallin’
9) Give me your life
10) Darkness paradise
11) Enemy
12) Cup of coffee
13) Mirror
14) Bastard song

Cd n°2 (version limitée)
1) Harry poppers (live)
2) People in the shadow (live)
3) Antislavery (live)
4) Off me (live)
5) She’s my lady (live)
6) Dr House (live)
7) P.I.L. (live)
8) Cup of coffee (live)

Durée : 1h14 (cd n°1 : 45 min / cd n°2 : 29 min)
Album : 2e
Sortie : Février 2012
Genres : Post-Punk / Rock
Label : Polydor

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