Chronique

Melissmell soigne son retour sous le rock de l’Ankou !

19 septembre 2016, P'titBapt
Melissmell L'ankou

Plus de trois ans dans l’ombre, dans l’ombre de cette révolte qui l’anime depuis Aux armes, et ses débuts en 2011 : Melissmell est de retour. Enfin!  Son « Droit dans la gueule du loup » avait fait mouche en 2013, et restera comme un des albums les plus mélancoliques de ces dernières années. Trois ans plus tard, nous disions donc, la revoilà, parée d’une hargne et d’un rock pour entourer ses mots et ses espoirs, qui savent crier comme jamais, pour vivre, comme toujours.

« L’Ankou », cet être qui vient chercher les morts pour les acheminer vers l’ailleurs, du bout de sa calèche, s’invite sur l’album à qui il prête même son pseudonyme. Ce choix pose les bases d’un album assez sombre, mais rempli de réalisme, et d’un soupçon d’utopie qui se fraye difficilement un chemin. Melissmell saura nous surprendre. Le disque, s’ouvrant sur quelques secondes d’une comptine pour enfant chantée a capella, oblige d’emblée à la plus grande attention. Puis quelques chansons « hors normes », des comptines, bien loin des formats standards, ponctueront l’album et le secoueront par leur douceur.

Où sont-ils qui sont-ils, ces éclairés dont le chant d’amour et de révolte peine à parvenir aux oreilles du monde ? A travers cette question, Melissmell sort là l’une des plus belles chansons rock entendue depuis un bon bout de temps. En attendant la réponse, cette chanson surprend et prend aux tripes. On se retrouve alors dans cet univers si particulier que Melissmell peint au fil du temps qui s’écoule sous son micro d’argent.  Si nous avions eu un aperçu de sa capacité vocale toujours intacte, lors d’un concert d’Imbert Imbert (Live Report ICI), ce cd en est la confirmation. Et la plume est également toujours au rendez-vous, terrible, mais plus prenante que jamais.

« J’ai commencé la mort
Par de la solitude
Voici l’heure où je vais
Aussi moi m’en aller »

 

Cet album est résolument placé sous le signe du rock, d’un rock qui arrive à mêler force et mélancolie, avec de très belles mélodies qui restent au creux des oreilles. En digne héritière de Noir Désir, de ce rock qui fait passer des mots et des coups de gueule, Melissmell nous propose à nouveau un album plein de révoltes et de réalisme, à s’en prendre aux religions qui enchaînent les Hommes (Le Pendu), ou encore à cette Terre sacagée, souillée sous le regard « de la lune qui ondule / dans les dunes des nuits« , avec Les Rivières qui est, sans qu’on ne s’y trompe, l’une des chansons les plus prenantes de l’album.

Désespérant, cet album l’est de vérité. Comme sur « Ecoute s’il pleut », Guillaume Favray participe à cet album, pour lequel il a écrit Citadelle, comme un constat amer de la manière indétrônable avec laquelle notre société s’installe par les villes, ces citadelles imprenables, et s’étend sans que rien n’y puisse faire une entaille. Un fort moment que ce titre interprété par Melissmell, où l’on se retrouve plongé dans une atmosphère qui nous fait tourner, tourner, tourner, encore et encore.

« Toujours imprimer la cadence
la ville se méfie du silence
Et quand elle se souvient de toi
Surtout ne la contredit pas… »

 

Quinze titres s’enchaînent de manière fluide, et à la manière d’un Thiéfaine, Melissmell conclut son album par des Adieux qui prennent aux tripes, pour s’en aller de manière beaucoup plus sobre, de manière toujours aussi  sombre, sans qu’on ne puisse croire (ou plutôt qu’on n’ait envie de croire) qu’il ne s’agisse là de véritables adieux.

« Adieu l’été
adieu l’espoir
adieu les loups
adieu la beauté
adieu les fous
les écorchés »

Avec peu d’autres aujourd’hui, Melissmell résiste et continue d’apporter au rock’n’roll ses splendeurs originales, ces combats que lui seul peut porter. On pense à Saez, à Soan, à Luke, à Noir Désir, à Janis Joplin, mais on sent qu’une maturité musicale et textuelle a été atteinte par Melissmell avec cet album. Si elle chantait « Le rock’n’roll est mort, et c’est moi qui l’ai tué », elle vient de le ressusciter, ce 16 septembre. Reste maintenant à savoir que va devenir ce monde. En attendant, on écoute « L’Ankou ».

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1. La clé
2. Les rivières
3. Citadelle
4. Les restes
5. Air fraov
6. Le chant des éclairés
7. La noyée
8. Mots dits beat
9. La loose
10. Silence
11. Khmar
12. Le pendu
13. Ma petite étoile noire
14. Domalah
15. Adieux

Sortie : 16 septembre 2016
Durée : 46 min
Genres : Rock / Chanson Française
Album: 3ème

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