Chronique

La Caravane Passe « Nomadic spirit » (2020)

16 septembre 2020, Aiollywood
chronique la caravane passe nomadic spirit
Temps de lecture : 3’15

Les chiens aboient de nouveau… et La Caravane Passe. 6 ans après « Gypsy for one day », le groupe s’offre un énième voyage métissé pour ambiancer les foules. Et aller de l’avant.

D’abord prévu pour le printemps, le nouvel album de La Caravane Passe retrouve son attelage d’origine pour être opérationnel dès la rentrée des masques classes. « Nomadic spirit » vient ainsi étoffer une discographie que le groupe veut soigner : chaque album réalisé correspond à une expérience partagée. Ici, il n’y a pas d’album laissé au hasard mais plutôt des envies de retranscrire des moments ou des rencontres.

Depuis 2012 et l’excellent « Gypsy for one day », le groupe a valdingué à droite, à gauche. Il y a eu une belle tournée à la clé, la création (au départ du moins) éphémère de Soviet Suprem par Toma Feterman, et finalement deux albums au goulag… Finalement, le groupe parvient à sortir en 2016 la galette azyme tout azimut « Canis carmina » composée de 6 inédits, des remixes et des revisites des classiques du groupe. Proche du regretté Rachid Taha ces dernières années, Toma Feterman l’avait aidé à réaliser notamment son dernier album. Mais les caprices de la vie sont parfois difficiles à maîtriser et La Caravane Passe est repartie. « Nomadic spirit » est un témoignage de ce nouvel aller-retour dans l’existence comme pour mieux la transcender.

Il n’est pas forcément très long avec ses 35 minutes au compteur. En revanche, il donne d’emblée le ton de ce qui va être le fil rouge de ce disque : l’humanité des peuples et leurs cultures, une ouverture aux autres pour mieux se comprendre. C’est donc « le cœur sur la main » que « Nomadic spirit » débute, entre les Balkans et les cuivres, avec Amb el cor a la mana. Les thématiques se croisent, les revendications aussi, La Caravane Passe n’a pas perdu sa langue.

Sans hausser la voix, J’bivouak amorce un virage oriental et les collaborations avec Rachid Taha se ressentent. Tout en subtilité, le morceau s’adresse à tous les bivouakeurs des temps modernes : qu’ils soient de simples terriens à vouloir s’offrir une mise au vert ou qu’ils soient réfugiés de tout bord à chercher une terre d’accueil. Il permet aussi de plonger un peu plus dans ce Nomadic spirit annoncé : si le groupe a toujours défendu les valeurs humaines, il n’empêche qu’être citoyen du monde n’est pas une chance donnée à tous… Du Nord au Sud, entre Orient et Occident, il ne fait pas bon d’être persona non grata.

A la recherche d’une bouffée d’air frais, La Caravane Passe s’offre, avec toute la légèreté qu’on lui connait, un bon moyen de détourner certains codes : d’abord, elle dégaine un Maria Kalash qui sonne très Soviet Suprem dans le texte et l’approche hip hop. Tantôt sexy avec Maria Callas… et tantôt violente par Maria Kalash, La Caravane Passe s’amuse des mots pour mieux les dompter. Plus loin, elle aime toujours les plaisirs de la chair sur du cha-cha-cha en faisant un remake digne de Tu parles trop (de La Rue Kétanou) avec son Tchatchatchatcher. Enfin, les joyeux lurons se mettent à flirter avec Michel Delpech à coup d’Un petit tour et « Ni Dieu ni maîtresse… ni civilité ». Décompression en vue !

Toujours à-même de se dépasser, La Caravane va défricher les genres pour mieux s’évader : aux côtés de l’incontournable Paloma Pradal, la foule se défoule sur un Mala reputacion aussi électrique qu’éclectique, entre flamenco et musiques gitanes. Entêtant ! Avec une envie irrésistible de se perdre pour ne plus subir, une Valse manouche raconte les errances du quotidien avant de prendre de la hauteur : Exode exotique s’exprime dans ce monde un peu fou, là où le lâcher prise s’impose comme une évidence. On s’envole, ici ou là, vers des contrées plus paisibles, empreintes de world, herbacées ou à l’autre bout du monde.

Si Requiem pour une vieille branche ne parvient pas à trouver sa place sur ce voyage, un dernier crochet par l’Europe centrale s’amorce. Yougoslavie traverse le temps et les époques, et les traditions des uns deviennent le temps d’un instant les coutumes des autres…

Ce « Nomadic spirit » est un échappatoire. Et pour mieux s’en affranchir, La Caravane Passe réalise-là son album le plus calme qu’il n’ait jamais sorti. Il est aussi le plus riche musicalement. En ouvrant davantage ses chakras à l’Orient, La Caravane Passe poursuit sa route, loin des tumultes du monde, en puisant son inspiration au fil de ses rencontres.

La Caravane Passe, « Nomadic spirit », disponible depuis le 28 août 2020 sur le label At(h)ome.

Articles affiliés :

Chronique Dirty Honkers Just a Taste 2012

Dirty Honkers « Just a Taste » (2012)

18 juin 2012
les hurlements d'léo mondial stereo 2020

Les Hurlements d’Léo « Mondial stéréo » (2020)

29 avril 2020
Critique Rallumeurs d'étoile HK & les Saltimbanks 2015

« Rallumeurs d’étoiles », un peu de rêve par HK & les Saltimbanks (2015)

22 avril 2015

Pas de commentaire

Donnez votre avis

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Conception & réalisation : Cereal Concept