Chronique

« III » nÄo (2014)

20 février 2014, Aiollywood
"III" Näo (2014)

L’année dernière, nous découvrions tardivement un petit bijou rock/electro, Näo. Là où beaucoup considèrent que le genre est usé et lessivé, le manque de fraîcheur et de renouvellement sont de plus en plus montrés du doigt. Et pourtant… Contre toute espérance, l’album éponyme de Näo, sorti en 2012 chez Jarring Effects, renvoyait tous les détraqueurs à leurs occupations. Dépassé par cette finesse sonore, cette force de frappe incontestée et incontestable, Näo endossait presque le costume de bourreaux des coeurs. En 2014, ils reviennent avec « III », troisième volet de ce groupe de l’ombre qui mérite depuis longtemps la lumière.

Nous l’attendions depuis des mois. Il faut dire que Näo a littéralement joué avec nos nerfs : d’abord prévu à l’automne puis décalé à l’hiver, ce nouvel album commençait à nous faire trépigner d’impatience tant le niveau du précédent tutoyait les sommets. Mise en condition par cette allusion triptyque, on s’imagine déjà aisément ce que le groupe veut nous faire ressentir : un voyage à trois visages, un voyage où la noirceur écrasante serait tantôt atténuée par des paysages enneigés où une subtile brume viendrait contre-carrer nos plans. Là où des enveloppes noise, industrielle et électronique viendraient finalement imposer l’itinéraire.

D’ailleurs, les premiers pas dans ce vaste monde sont étouffants : fumée éparse, claviers haletant, les rouilleries se mettent en place, comme si tout ne faisait que couver, sous pression, avant d’exploser. Pensant être bluffé par une brusque séquence naphtaline, le fracas attendu fini par encercler l’auditeur : de la sentence infligée par la batterie ou des assauts insoupçonnés des guitares laissées en toute liberté, Into… et … The dirt tirent le portrait d’un décor lunaire.

A travers ce rock solidement ancré, Näo semble vouloir poser les bases d’entrée : de l’acalmie à l’apocalypse, il n’y a que Barnsa pour faire le lien. Toujours à mi-chemin entre le carillon et les soupçons electro, la batterie est maîtrisée avec fureur avant que les chiens ne soient officiellement lâchés dans une ébullition de machines. Cette griffe rock, bien plus présente qu’auparavant, n’a pas fini de laisser des traces : des parades noise à la prise de contrôle du vaisseau, Näo semble vouloir repousser les limites de l’intensité en insistant toujours autant sur les différences rythmiques au coeur même de ses morceaux (UFO, The dart). Näo, en force, dégage le passage !

Si ces morceaux font leurs effets car ils s’inscrivent dans la lignée des tracks agités du précédent opus, nous restons aussi à l’affut de ces cépages plus nacrés, plus subtils, qui faisaient aussi la marque de fabrique de « Näo » (2012). On apprécie ces compos incertaines telle que Transfiguratio, presque entre deux eaux, où ces nappes digitales bercent au premier abord avant de prendre des dimensions plus diffuses, plus lentes, carrément entêtantes même avec la force des samples qui nous catapulterait presque dans une BO de film. D’ailleurs, ces sensations si particulières, quasi-addictives, se retrouvent aisément sur Kitab et Out of the sky, sous un masque pysché-oriental, qui ne demande qu’à brusquement tomber et à se lever…

Pourtant, malgré ce bon deux tiers d’album clairement au-dessus du panier, Näo ne parvient pas à réitérer le parfait de son avant dernière galette : la colère concentrée dans « III » a tendance à l’appauvrir par moments : même sur des parades plus calmes, telles que Evol et Hardware, il manque ce petit quelque chose qui rendait chaque note indispensable, cette finesse criarde qui rendait les compositions omnibulantes.

Un peu trop caché sous le couvert de l’intensité, ce « III » ne renferme pas tous les mystères de « Näo » (2012). Moins mélodieux, moins riche musicalement, moins addictif, la perfection de « Näo » (2012) nous pousserait presque, nous chroniqueur, a être encore plus exigeant qu’à l’accoutumée… Cependant ce « III » annonce, aussi, une sacré fureur incontrôlée en live qu’il serait difficile de rater.

LA FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1. Into…
2. … The dirt
3. Barnsa
4. Transfiguratio
5. Kitab
6. UFO
7. Evol
8. Hardware
9. The dart
10. Out of the sky
11. Release the machine

Sortie : 3 février 2014
Durée : 53 minutes
Album : 3ème
Genres : Indus / Electro / Noise
Label : Jarring Effects

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