Chronique

Chinese Man « The groove session vol.3 » (2014)

17 mai 2014, Aiollywood
Chinese Man The groove session volume 3

Suite aux deux premières groove sessions parues en 2007 et 2009, Chinese Man reprend le flambeau : après avoir donné un avant-goût de sa nouvelle cuvée 2014 avec la sortie de l’EP « Once upon a time » en février dernier, on se demandait si l’homme chinois allait poursuivre son exploration et pousser le bouchon hip hop encore plus loin. Et le constat est unanime. 

C’est un sacré cadeau que Chinese Man Records offre-là à ses fidèles en 2014 : pour fêter leur 10 ans d’existence, toute la clique du label indépendant marseillais part en croisade accompagnée de ses joyeux lurons ! Chinese Man, Deluxe, Taïwan MC et Youthstar sur les planches le temps d’une soirée en conquête des Zénith de France, on ne peut pas dire que la bande n’a pas mis les petits plats dans les grands ! Dans cette effervescence toutefois maîtrisée, Chinese Man en a, aussi, profité pour grandir. Boosté par le succès qu’a reçu leur véritable album studio « Racing with the sun » sorti en 2011, l’homme chinois a persévéré dans sa quête d’évolution : en invitant sur scène leurs potes MC’s que nous avions déjà découvert sur les différentes galettes, Chinese Man a donc choisi de renforcer sa facette hip hop, clairement perceptible sur son dernier EP en date.

La question était donc simple : Chinese Man va-t-il chercher à conserver sa richesse sonore, par une diversité de samples et d’influences qui lui confère une identité propre ? Ou va-t-il modifier sa recette en amorçant un virage résolument plus hip hop ? Après plusieurs écoutes, on serait tentés de dire… un peu des deux !

Même si le groupe a toujours eu des penchants vers le hip hop oldschool, ce « Groove session vol.3″ interpèle par sa griffe hip hop mais aussi par sa multitude d’invités ! En effet, sur les 14 titres de cette nouvelle galette, cette dernière ne compte pas moins de 20 invités. Des habitués de leur univers (Plex Rock, Taïwan MC, Cyph4, Youthstar, Lush One, Tumi…) mais aussi de nouvelles collaborations (Johnny Osbourne, La Yegros, OfNazareth, Son of a Pitch…) sont à noter. Presque trop, d’ailleurs.

Niveau sonore, ce troisième volume risque de déstabiliser les amateurs de la première heure de Chinese Man. Plus lisse, moins éclectique, Chinese Man a mis un peu à l’écart de sa spontanéité et son côté punchy même si dans l’ensemble l’album est plutôt bon.

Il y a toujours des petites merveilles venues d’ailleurs auquel on ne s’attend pas comme le symbolise le très dépaysant Siempre estas, enveloppé par la chaleur latine de La Yegros qui fait vibrer ; ou encore ‘l’oriental touch’ de Balma ! Fort d’un trio décapant, Tritha au chant suave, Taïwan MC au flow marteleur et Son of Pitch en soutien, l’orient rencontre alors le dubstep et le raggamuffin à merveille !

De cet esprit zen qui enveloppe l’auditoire, Chinese Man réalise donc des tours de force qui seront difficilement contestables : ce côté roots, justement, clairement en retrait de ce volume 3 est probablement condensé dans un track qui annonce une explosion corrosive en live ! En effet, Independent music met tout le monde d’accord en compagnie de Johnny Osbourne, YT et Taiwan MC. Le chant, façon ragga, est porté par une lourde instru reggae et digitale, pulsé par un son crasseux tellement roots qu’il donne une patate démoniaque.

De ces sons qui portent l’empreinte de l’homme chinois, il y en a d’autres : impossible de ne pas citer The old man, un des rares track purement instrumental et enivrant avant que le beatmaker Sly ne durcisse la donne sur l’agressif Kamakura (plus electro, plus rugueux, plus dubstep).

Enfin pour le reste, Chinese Man a choisi la voie du hip hop pour hisser son étendard. Il y a des tracks qui dérouillent sans conteste tels que Hova ou surtout Scatter (there they go) imposé par EX-I qui ouvre l’album à merveille avec son foutu rythme qui tâche, embarqué par les platines, les scratchs et les cuivres dévariés. Il y a aussi le hip hop plus raffiné, celui qui marque au fer rouge le casque en puisant dans les racines même du rap oldschool : Rosita transperce et boulègue l’auditoire, rythmé par les soubresauts d’un violoncelle et d’un flow parfait. Don’t scream à coups de samples bien placés répond en écho sans sciller avant qu’un Hancock, d’une douceur presque violente, ne renvoie l’ascenseur.

A cela malheureusement s’invitent quelques accrocs, des tracks qui n’apportent pas grand chose à cette nouvelle mayonnaise : A.M. horrorscope qui sonne un peu réchauffé ou tout simplement le premier extrait, Once upon a time, qui manque cruellement de folie. Enfin, même si Le Musicodrome reste un très grand amateur de Deluxe, les deux morceaux intercalés dans la tracklist (Tall ground et Breaking news), dénotent nettement avec la dominance de l’album !

Chinese Man ne livre donc pas là son meilleur album mais il a au moins eu le mérite d’évoluer à travers ses dernières réalisations. Choisissant un virage davantage hip hop et un peu moins punchy, il montre encore toute sa maîtrise lorsqu’il s’agit de faire entrechoquer des musiques d’ailleurs, des rythmes et des influences différentes dans un paysage qui est toujours aussi éloquent. Chinese Man, quoique l’on en dise, a franchit un cap : ils viennent de quitter la rampe de lancement et, le tout, en indépendant. Et ça, tous ne peuvent pas s’en féliciter.

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1. Scatter (there they go) (feat. EX-I)
2. Tall ground (feat. Deluxe)
3. Siempre estas (feat. La Yegros)
4. Rosita (feat. Leyan, Tomapam et OfNazareth)
5. Once upon a time (feat. TUMI et Zubz)
6. Balma (feat. Son of Pitch, Taïwan MC et Tritha)
7. Breaking news (feat. Deluxe et ASM)
8. Hova (feat. Zé Mateo et Lush One)
9. Don’t scream (feat. Dynamite MC et Youthstar)
10. A.M. Horrorscope (feat. Leyan, Tomapam et Cyph4)
11. Kamakura (feat. Sly)
12. Independant music (feat. Johnny Osbourne, YT et Taïwan MC)
13. Hancock (feat. Pistol Mcfly et Plex Rock)
14. The old man

Album : 4ème
Sortie : 14 avril 2014
Durée : 54 min
Label : Chinese Man Records

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