Au TAGL (le Territoire Autonome du Gardéschistan Libre), il est possible de défier les éléments mais aussi d’empêcher la pluie de tomber : pour ces deux nouvelles soirées de festivités, le ciel a finalement été clément… pour le plus grand bonheur de toustes. Avec un leitmotiv inchangé (« forts comme des chênes, cons comme des glands »), la fête de l’an IV du Gardéschistan a résonné comme jamais !
Il souffle toujours une tempête de légèreté et de bonne humeur au Gardéschistan : d’année en année, les bénévoles aux couleurs jaune et violet sont dignes de Ducros, ils se décarcassent pour faire mijoter une flopée d’ingrédients sucrés-salés qui tendent de plus en plus vers l’umami ! Elles sont importantes ces saveurs car, au-delà de la programmation musicale, il règne au Gardèschistan un état d’esprit festif, familial et un sens de la déconne assumé et décomplexé. Sérieux, il faudrait que tous les roumaigaïres de service aillent y faire un tour à l’avenir : déjà, ils pourraient goûter un cocktail en leur nom et peut être apprendre à se détendre un peu !
Soir 1 : vendredi 8 mai 2026
Pour cette première soirée de l’an IV, il faut arriver tôt pour profiter du show annoncé des irrésistibles Pipi Tornado. Malheureusement, c’est sur une grosse deuxième moitié de set que Pipi Tornado a pu s’apprécier. Dommage, car la fougue des montpelliérains est démoniaque : il n’y a que 2 EP au compteur mais le groupe n’a pas besoin d’avoir un répertoire long comme le bras pour faire des pieds et des mains ! A l’image de Pipi of the apes, un de leur brûlot « signature », Pipi Tornado a déroulé une grosse machine rock, boostée de punk, et toujours amené par Mélodie qui ne tient absolument pas en place ! Une belle claque pour commencer et qui eu, d’emblée, un sacré goût de reviens-y !

Pas le temps de gamberger puisque le plateau de ce vendredi soir est particulièrement relevé : La Cafetera Roja se prépare à prendre la suite et elle est particulièrement attendue. Il faut dire que la côte du groupe a toujours été élevée dans les Cévennes… et que La Cafetera a annoncé la fin de son activité pour la fin de l’année. A voir la foule présente devant la scène, c’est certain qu’il y aura des déçus très bientôt. Mais évitons de mettre la charrue avant les bœufs et profitons d’abord de l’instant présent !
La Cafetera a fait voyager le Gardèschistan au gré de ses albums et de ses influences aussi : elles sont aussi riches que l’éclectisme régnant au sein du groupe. Cela navigue entre pop, rock, hip hop, nappages électroniques, world aussi pour brouiller les pistes. Et La Cafet’ n’a pas cherché à les brouiller : elle a forcément apporté de la douceur, à l’image de Hipcosta ou de la folie sur La Kfet issus de leur dernier album « My path » (2026). Avec Anton, le côté rappeux a également occupé une belle place dans la setlist du groupe, au milieu d’une pause valse. Le Gardésch’ a pu ainsi se délecter des classiques comme Burn, toujours aussi aguichant. Dans un beau moment de partage, La Cafetera Roja a encore signé une performance qui a marqué sans aucun doute cette édition 2026 du festival !

Pour la suite, c’est le duo toulousain de Jive Me qui prenait le flambeau : et il était bouillant, ce flambeau ! Changement de cap, changement d’ambiance. Il faut dire que Jive Me est difficilement anticipable : découvert en 2019 avec leur album éponyme, nous étions plutôt sur des influences proches de Deluxe, presque Selah Sue dans le chant, agrémenté par moment d’électro-swing. Sur leur second opus, en 2022, c’est justement le penchant électro-swing, davantage digitalisé, qui régnait, avec des paroles conservées en anglais. Pas de troisième album encore, qui ne saurait tarder, mais une salve de nouveaux morceaux marquant une rupture nette avec le Jive Me des 2 premiers disques : bascule en français, auto-tune et un virage électro/pop assumé à coup de 120 BPM. Un choix risqué pour le Gardéschistan… et il n’est pas certain que cela est matché à 100%. A voir la foule qui s’est clairsemée au fil du set, nous pouvons en douter… C’est Dj Hache Yeah qui s’est donc chargé de « coucher » les derniers festivaliers avant une longue journée prévue samedi !
Soir 2 : samedi 9 mai 2026
Après une bonne nuit de repos, voilà que le Gardéschistan se réveille avec de nouvelles sueurs : la pluie finira-t-elle par s’inviter ce soir ? L’optimisme est de rigueur, celle-ci ne devrait pointer son nez qu’aux alentours d’1h00 du matin… Croisons les doigts ! Ces craintes n’ont pas sabré la bonne humeur ambiante : après un grand tournoi de Tanquepé en milieu d’après-midi, il ne fallait pas rater l’immanquable avec une grande première au TAGL. Chose improbable mais réelle, les fidèles du Présiroi ont marié, à la sauce Gardéschistanaise, la chanteuse de Sophie les Bas Bleus et le guitariste des Goulamas’k ! Une cérémonie en grande pompe avec un sac de riz en guise de cadeau, un joli certificat de mariage estampillé « TAGL » et un saucisson entamé (oui, le Présiroi avait faim). Avec une grande haie de doigt d’honneur (c’est la manière de montrer sa joie en terre Gardéschistane – il faut le savoir mais on le comprend vite), les jeunes mariés ont pu s’éclipser tranquillement avant de monter plus tard sur scène.

A peine remis de ce grand moment de communion, les festivaliers déjà présents ont pu profiter d’une magnifique « course à chier », une course digne de Ben Hur avec des chars à tirer, les yeux bandés, et son partenaire cramponné sur le trône… Intitulé WCR, les différentes équipes « Connard WC », « Cool on the bronze » et autre « Philippe Latrine » se sont livrées à une bataille sans pitié marquée par de nombreuses collisions et même 2 passages au stand (avec un changement de trône express qui en a scotché plus d’uns !).

Avec une telle entrée en matière, le public était donc clairement en forme pour assister au premier concert de la soirée, dès 18h30, avec les premiers locaux de l’étape, à savoir Cocagne. Une belle envolée festive qui a franchement ravi le Gardéschistan qui n’en demandait pas tant !
A 20h00, tandis que les nuages se montrent de plus en plus menaçants, c’est le groupe Sophie les Bas Bleus qui prend la suite. Il n’y a pas vraiment de bleu sur scène mais plutôt du rouge, et cela colle parfaitement à l’état d’esprit du groupe qui nous a laissé une sacrée bonne impression. Passé sous nos radars jusqu’au festival, Sophie les Bas Bleus a fait valser le Gardesch’ avec une énergie débordante : boosté par l’accordéon, porté par le son, une effluve rock et chanson s’est déversée en toute décontraction. Frida libre a surfé sur les poils, En larmes, citoyens a réveillé un « sous les pavés, la rage ! », avec un compagnon de route et de vie. Une belle découverte !

Après une nouvelle tournée de ginger beer de La Frénétik (chouette initiative qui visiblement a plu puisque les stocks ont été entièrement écoulés sur ce second soir), voilà que les Akèstéko prennent place sur la scène. A voir le monde présent, inutile de préciser qu’Akèsteko était lui aussi particulièrement attendu. Eux qui viennent de sortir en mars dernier le second album, « Nouvelle ère », ils arrivent avec de nouveaux arguments. Sur disque, bien entendu, mais aussi sur scène. Croisé il y a quelques années à la Fête de Lézan, force est de constater que le groupe s’est métamorphosé et qu’il nous a laissé une sacrée bonne impression !
Sur certains morceaux bien imbibés de rock, on retrouverait presque la fougue des Hurlements d’Léo, à l’image de Le monde se porte bien ou dans la voix du chanteur. On retrouve bien entendu leurs envolées rock/chanson où les cuivres ne sont jamais bien loin (La fleur) ou ce côté ultra festif qui fonctionnait déjà auparavant (Bandit bandit). Enfin, c’est surtout dans l’hybridation électronique de son univers qu’Akèstéko a certainement le plus surpris : Délices d’injustice en le symbole, ça pulse et ça tape ; sur A bout de souffle, on souffle la flamme à l’aide des machines, sur Nouvelle ère, on bascule dans l’après et la déraison. Gros show !

Et l’aïoli maison n’allait pas retomber de sitôt ! Déjà bien chaud après Akèstéko, voilà que d’autres agités venaient clôturer comme il se doit cette édition du Gardéschistan avec les Goulamas’k. Avec leur dernier album sous les bras, « Sempre aqui », sorti en 2024, les Goulamas’k sont arrivés à point nommé. Même si la pluie a finalement décidé de venir un peu plus tôt prévu, elle a eu la bonne idée de rester calme pour ne pas perturber cette fin de soirée. Après, vu la chaleur incandescente qui régnait sur scène et dans la fosse, elle a eu le don de rafraîchir ce qu’il fallait !
Goulamas’k a déroulé l’artillerie lourde : outre l’énergie dégagée à outrance, c’est un vent libertaire et antifasciste qui a soufflé au Martinet (Je lève mon verre). Alternant les séquences punk/ska (Volir volar, Miseria), d’autres plus tradi’ que l’on affectionne tant (Mon pais, Avem ganhat) et les fameuses envolées ska (Va mal, Skunky), Goulamas’k a joué devant un public complètement dévoué ! Entre leur nouveau morceau, Je glisse, leur revisite de Bella ciao et l’indémodable Skatalunya, la communion a été totale ! Et pour les avoir vu un beau nombre de fois, on ne peut qu’apprécier les morceaux retravaillés et la très belle polyvalence des musiciens. Une presta complète et qui redonne la pêche pour la prochaine semaine !
Sans surprise, cet an IV du Gardéschistan est un nouveau succès. Un grand merci à l’équipe pour l’organisation de cet événement incontournable dans les Cévennes au printemps et bien entendu pour les sourires et l’accueil. A l’année prochaine !
Crédits photos : Aïollywood (photos d’ambiance, pas de photographe du Musicodrome présent ces deux jours)
