Chronique

Yves Jamait « Je me souviens » (2015)

14 octobre 2015, P'titBapt
Critique Yves Jamait

La nouvelle est arrivée dans le courant de l’été. Yves Jamait était en plein travail et s’apprêtait à investir un studio pour l’enregistrement d’une nouvelle galette. Comme une carte postale du monde qui tourne trop vite, son sixième album « Je me souviens… » sort le 16 octobre. Dans la lignée d' »Amor Fati« , le chanteur à la casquette a su garder ce soupçon de folie, tacheté de mélancolie, qui fait de lui un personnage oh combien incontournable et important dans le paysage musical.

Comme un grand vin, Yves Jamait fait partie de cette caste d’artistes qui se bonifient au fil des âges, au fil des albums. Aujourd’hui à mi-chemin entre Allain Leprest et Maxime Le Forestier, en restant dans le sentier qu’il s’est tracé, il s’affirme, sans le vouloir, comme l’un des plus beaux héritiers de la chanson qui pense, qui se bat avec des mots et qui nous secoue.

Un album bien ancré dans le présent, faisant étale des choses passées. Bien loin du « c’était mieux avant », ce sixième album d’Yves Jamait regorge d’une mélancolie à fleur de peau, qui nous emmène sur les routes de la vie dès la première chanson : Le temps emporte tout. Mais qu’il est bon d’entendre à nouveau cette voix éraillée, qui cuisine nos tripes comme personne.

« Toutes les envolées lyriques / des promesses inutiles / tous les mensonges authentiques / des serments immobiles… tout fout l’camp / le temps emporte tout »

Je me souviens, qui offre aussi son nom a l’album, ou Je ne reviendrais plus, sont de la même veine, sans jamais tomber dans une routine, chaque chanson a son univers propre, possède un angle d’ecriture propre qui offre un tout cohérent, qui s’ecoule et s’ecoute de manière fluide et fait du bien. Un coin de poésie qui passerais par hasard, qui passerais pour nous voir…

Yves Jamait s’est entouré différemment sur cet album, avec Danielito et Manu Eveno, de Tryo aux arrangements. Choix audacieux, qui se révèle payant, tout au long de l’album le chanteur à la casquette visite différents univers musicaux. Toi, est une pure chanson « Jamaiesque », dans cet esprit gipsy qu’il manie avec finesse, bien entouré de ses musiciens. Mais le piano est mis en exergue sur Le bleu, et l’on traverse trois minutes d’un rock sans artifice sur J’en veux encore.
Derrière cette envie d’explorer des styles, et de ne jamais se cantonner à un monde ou à une mode musicale, Yves Jamait en profite pour réitérer son amour de l’accordéon. Sansévérino est de la partie pour chanter Accordéon, où l’on retrouve cette chanson faussement naïve qui peint un amour réel pour l’instrument, auquel Marcel Azzola prête ses doigts, le temps de pousser la chanson !

 « Qu’est ce que t’as donc foutu / pour être aussi mal vu / pour qu’on m’demande chaque fois / c’que je fous avec toi / j’sais qu’t’es pas très fréquentable / le mal dont on t’accables / je le comprend pas bien / il te suit comme un chien … »

« Je me souviens… » est un album qui fait du bien dans le monde actuel, il suinte la vie et donne espoir, chacun peut se reconnaître dans l’une ou l’autre des chansons. L’auteur n’est pas un donneur de leçons, et est crédible au possible dans son rôle d’humain qui partage des morceaux d’écrits et des lambeaux de voix, auprès du plus grand nombre. Toujours en sachant s’entourer de musiciens de talents qui subjuguent cette voix reconnaissable entre mille.
Rien d’étonnant au fait que Maxime Le Forestier ait accompagné Yves Jamait au cours de toutes ses vies, cela se ressent aujourd’hui. Bien loin du plagiat, Les poings de mon frère ou J’ai appris sont de la trempe des chansons de l’immense parolier français, servis à la sauce du dijonnais.

« Amor Fati » avait accouché des Prénoms. Dans un style similaire aujourd’hui ce sont les Salauds qui sont décortiqués, tout en finesse et en objectivité. Sans les laisser envahir l’album, Yves Jamait nous les offre à nouveau, à travers un portrait amuseur, une peinture intemporelle, une chanson indémodable.

Lorsque la onzième chanson de l’album se dessine, le temps se suspend. A l’heure où certains voient en la lutte des classes une cause du passé, Yves Jamait pose ses mots sur la condition ouvrière. Celui qui a connu de nombreuses vies avant d’embrasser celle de chanteur sait de quoi il parle, les mots sonnent et résonnent, mais quelle baffe ! Pour sûr, Le bleu est une des chansons les plus fortes écrites sur le sujet, dans un schéma qui marche à merveille, merci monsieur Jamait.

« C’est pas le bleu des monochromes / de Klein ou du ciel de la drôme / en automne / Le bleu, d’ici / on le suspend au porte manteau / le bleu d’ici / on s’le remet sur le paletot / et au boulot ! »

Sans changer de registre le chanteur dijonnais détonne et offre une galette qui restera à coup sur l’un des moments marquants de l’année musicale. Un clin d’œil au regretté Jean-Louis Foulquier sur J’ai appris, savamment réaliste et qui dessine d’un trait musical les errances et les controverses du temps qui passe.
Mais Jamait chante J’en  veux encore, et c’est une bonne nouvelle, l’auteur a trouvé la formule, depuis plus de dix ans maintenant, il évolue sans se trahir et s’impose comme incontournable. Si l’homme aime la sueur et les corps, la vie et les âmes, il nous tarde de voir ce nouvel album présenté sur scène.

Merci et à la prochaine, monsieur Jamait !

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1. Le temps emporte tout
2. Toi
3. Je me souviens
4. J’ai appris
5. J’en veux encore
6. D’ici
7. Accordéon
8. Les poings de mon frère
9. Je ne reviendrais plus
10. Qui c’est
11. Le bleu
12. Réalité
13. Salauds

Durée : 44 min
Sortie : 16 octobre 2015
Discographie : 6ème
Genres : Chanson Française
Label : Wagram

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