Chronique

Sidi Wacho « Bordeliko » (2018)

18 avril 2018, Aiollywood
Critique Sidi Wacho Bordeliko 2018

Tout juste 2 ans après la sortie de leur retentissant premier album, « Libre », Sidi Wacho reprend la route avec un second opus sous les bras, « Bordeliko ». Toujours animé par cette envie d’user les pavés, Sidi Wacho compte bien poursuivre son métissage sonore pour rapprocher les hommes et les causes. Par les temps qui courent, il faudrait qu’on réveille notre part de « Bordeliko » enfouie en nous !

Entre leur première création et les fois où nous avons eu la chance de croiser leur route, les Sidi Wacho nous ont toujours rappelé que la nature humaine est au cœur du système et pas le contraire. Le système tel qu’il est fait est conçu par des hommes qui se considèrent au-dessus de nous, au-dessus de leurs propres lois, au-dessus de tout ce qui peut impacter notre quotidien, de près ou de loin. Le système a été construit pour qu’il nous aspire et nous happe sans nous laisser une bouffée d’oxygène : mange de la merde, respire des pots d’échappement, détruis la planète, pense à bien consommer et n’oublie pas d’avoir peur de ton voisin. Pourtant, c’est bien l’homme qui est au cœur du système. C’est bien lui qui y contribue. Aveuglement ou de manière complètement assumée. En revanche, certains peuvent décider de prendre leur distance, de réfléchir, d’agir et de consommer différent. Ici, on parle bien de choix.

A bien regarder Sidi Wacho, il semblerait que cette joyeuse troupe de saltimbanks portée par Saïdou (ex-MAP, ZEP), en fasse son affaire. A eux-seuls, ils arrivent à résumer ce que veut dire « se bouger » : toujours portés par des sonorités cumbia, les deux MC’s Saïdou et Juanito Ayala se jettent des répliques sans faire de concession. Comme si l’accent du maroilles chantait la buena onda dans les quartiers populaires.

Le titre d’ouverture, éponyme, renvoie d’emblée l’ascenseur avec une véritable bombe festive qui frôle la balkanique touch : « mais le pire c’est qu’il faut choisir ses hommes politiques / de ce côté là, je suis un peu moins bordélique / j’ai capté qu’ils défendaient que leurs intérêts / que pour les combattre, il fallait s’organiser / … / comme à la fin d’une manif, fumigène contre lacrymo / on y peut rien, on est comme ça depuis le berceau, on est bordeliko ! ». Cette âme contestataire, Sidi Wacho l’a toujours cultivé et on la retrouve aux quatre coins de l’album : elle se sature et appelle au rassemblement, « des bâillonnés aux sans voix (…) aux sans-droits » (Grita justicia) ; ou pour rappeler que « l’on est mauvais perdants et très mauvais joueurs parce qu’on sait que nos adversaires sont des tricheurs » (Sidi Wah).

Dopé à l’adrénaline, le groupe explose et creuse un peu plus les sonorités latines : que ce soit avec leurs potes, Skalpel, sur La esquina, la machine semble plus que jamais bien huilée et le soleil commence à chauffer sous la caboche. La farandole de cuivres, bien accompagné par l’accordéon, prône le rapprochement des gens, malgré les clivages, et le métissage culturel. De Roubaix à Santiago, la musique a au moins le mérite de rapprocher les gens. Entre un petit air de flamenco (Comme un pauvre) et un portrait criard des vendeurs de fleurs sur les terrasses de Paris (Flores), la réalité des mots fait réfléchir.

En proposant des portraits croisés d’horizons différents, Saïdou ne manque pas de dessiner le sien, pour ne pas oublier : « déconstruire les normes, les foutaises imposées, les bobards ingurgités, digérés et intégrés / colonisé mon esprit, ma pensée, mes réflexes, mes aptitudes et ma façon de parler / ouais, faut que j’assume mes failles et mes carences, mon insuffisance, mon ignorance » (Te gusta la cumbia). Sauvé par la musique et les rencontres faites au cours du temps, Quiero bailar ne parvient pas toutefois à faire briller les apparences. Symbole d’une génération abimée, « chaque jour, on résiste, on s’oppose, on se fatigue, on s’épuise, on s’abime, on trime, on s’angoisse pour quelques centimes », les rythmes effrénés font parfois oublier des faces cachées (El presidente, Ya janubi).

S’il est bien souvent difficile d’enchaîner après un excellent premier album, Sidi Wacho arrive encore à nous surprendre sur « Bordeliko ». On retrouve forcément les sonorités originelles du groupe (cumbia/musette/hip hop) avec les deux MC’s mais pas que : le groupe, toujours aussi boulégant, n’a pas hésité à injecter des notes world et balkaniques au fil de l’eau. En mode rébellion, il s’agit à présent de rien lâcher face à l’oppression. Sur les planches ou dans le casque, espérons que la petite graine commence à germer…

« Injonction au silence / paroles confisquées / si tu l’ouvres t’es fiché / si tu bouges t’es pisté / leur état d’urgence c’est pour mieux t’asphyxier / c’est mieux te contrôler / c’est pour mieux te fliquer / et nos espaces de liberté rétrécissent / climat répressif, les lois se durcissent

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1. Bordeliko
2. Grita justicia
3. La esquina (feat. Skalpel)
4. Te gusta la cumbia
5. Comme un pauvre
6. Quiero bailar
7. Flores
8. El presidente
9. Ya Janubi (feat. Amazigh Kateb)
10. Sidi Wah
11. Saludo revolucionario
12. Sigue (outro)

Durée : 42 min
Sortie : 9 mars 2018
Discographie : 2ème
Genres : Rap/Cumbia
Label : PIAS

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1 commentaire

  • Répondre SIDI WACHO « BORDELIKO » (Album 2018) | RadioHchicha.COM 24 juin 2018 at 15 h 58 min

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