Chronique

No One Is Innocent « Propaganda » (2015)

17 juin 2015, Aiollywood

S’il y a bien un événement qui ne semblait pas nous attirer plus que ça en 2015, c’est bien la sortie de « Propaganda », le tout nouvel album de No One Is Innocent. Après s’être petit à petit éloigné du groupe et avoir goûté il y a 4 ans l’insipide « Drugstore », No One était pratiquement passé aux oubliettes. Avec « Propaganda », la bande de Kémar s’est subitement réveillée. Attention, tous aux abris, car la meute est de retour ! Pour leur 20 ans, on ne pouvait pas rêver mieux… 

Depuis l’irrésistible « Utopia » (1997), les No One nous avaient habitué à vaquer dans les méandres du rock, traversant plusieurs phases à travers leurs différents opus. Des tendances plus electro et digitales de « Révolution.com », de l’album coup de gueule et plus posé « Gazoline » ou encore de leurs envolées plus punk de leurs débuts (« No One Is Innocent », 1994 et « Utopia », 1997), on ne pourra pas reprocher au groupe de se diversifier de galette en galette. Pourtant, il aura suffit d’un album, « Drugstore » (2011), pour faire vaciller de tout son long ce géant de la scène rock française. Comme si la machine s’était enraillée, on a décroché… tout comme de nombreux fans depuis le début. Alors que la fougue live, elle, était toujours au rendez-vous.

Puis au détour d’un mail, la news tombe : No One revient en 2015 avec son sixième opus, « Propaganda ». On connaît tous la réactivité du groupe à évoquer, guitares et textes suintants, les maux que traversent nos sociétés modernes. Des attentats de Charlie aux échecs de la gauche, du monde ultra-libéral au grand folklore du monde, on s’est dit que No One avait encore des choses à dire, que le monde est en mouvement. Et la curiosité finit toujours par payer !

Sur « Propaganda », No One vient de basculer à nouveau dans le côté obscur. Plus hurlant que jamais, Kémar a boosté sa troupe. Forcément, le poil s’érisse quand on écoute Charlie, cash en ouverture. Des frissons, on en a en écoutant l’hommage que No One fait pour Charlie en reprenant les mots de Charb’ avant que la colère ne prenne le dessus en ripostant contre ceux qui ont longtemps qualifié le journal « d’irresponsable » ! Doublé par cette énergie punk dévastatrice, No One Is Innocent ne fait pas dans la demie-mesure : les tracks, d’une rare violence, font mouche à chaque riff. Qu’ils s’insurgent contre la Djihad propaganda, « les fous alliés de Dieu triment à l’exécution. Y’a des gamins perdus, missionnaires en cavale, leur vie contre la foi pour martyrs à deux balles (…)  feu à volonté ! »… ou qu’ils implorent la puissance des Barricades que des peuples, ailleurs dans le monde, n’ont pas n’hésiter à poser. Ce vent de révolte s’accompagne donc d’un rock criard, brut et lourd de conséquences : comme si No One se mettait à parler le fracas, la bête n’en finit plus de rugir : Silencio, avec son intro à la guitare tapageuse, frappe avec poigne « est ce que nos rêves sont sortis du décor ? Est-ce que nos rêves sont-ils devenus trop grands et trop forts ? ». Le drapeau noir est hissé sur le pays gouverné par la rose.

Des liens qui l’enchainaient farouchement, les No One s’en défont comme si ce monde de poussières se dérobait sous leurs pieds : avec des sonorités façon Rage Against The Machine qui planent sur tout l’album, le rouleau compresseur guidé par Kémar n’en finit pas de faucher tout ce qui bouge ! Que ce soit la suprématie américaine (Drones) ou un cocktail molotov jeté à l’aveugle hautement inflammable digne d’un Sheriff ou d’un Sales Maj’ (Holy fire), No One Is Innocent peut fêter ses 20 ans comme il se doit, dans la vapeur, la sueur et le bruit ! Ce n’est pas Kids are on the run, surboosté avec ses touches de fusion, qui dira le contraire.

« Du bruit dans l’hexagone », il y en a encore, et la bande à Kémar se pose aussi en porte-parole des hommes passés sous silence pour un combat qui les aura mené jusqu’à la mort. En dressant le portrait de Massoud, le lion du Pandjchir assassiné par Al-Quaïda, « Propaganda » se veut aussi plus spiritueux, rock enfumé à déguster sans modération avec ses riffs brumeux. Un constat qui est d’ailleurs à l’image d’Un nouveau scottsboro, en référence à l’affaire raciste des scottsboro boys dans les années 30, mais aussi en écho aux dérives policières américaine ces derniers mois.

Ce revers de la médaille, cette (re)montée de la haine, No One va les rappeler car la peste noire a ressurgi. Putain, si ça revient hausse le ton en rappelant que les élections de 2017 ne sont pas si loin…

« La maladie se porte bien, il n’y a toujours pas le bon vaccin.
Où sont passés les canadairs pour étouffer les incendiaires ?
Les sales idées ont toujours faim pour flatter les bas instincts.
Pendant l’orage, gardons le poing, toujours à porter de la main !
Méfis toi du chant de la sirène, derrière la belle se cache la hyène !
Il ne faudrait pas que l’on aille courir derrière la tentation du pire ! »

Mais putain, si ça revient ? No One Is Innocent est là pour ses 20 ans, plus vivant que jamais. Que ce soit au niveau des consciences, des textes ou sur sa « Propaganda ». Inutile de faire un dessin.

Clip « Silencio »

 

FICHE TECHNIQUE

Tracklist :
1. Charlie
2. Silencio
3. Djihad propaganda
4. Putain si ça revient
5. Un nouveau scottsboro
6. Barricades
7. Kids are on the run
8. Drones
9. Massoud
10. 20 ans
11. Holy fire

Durée : 39 min
Sortie : 8 juin 2015
Discographie : 6ème
Genres : Rock / Punk
Label : Verycords

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