Tribune

Marsatac 2012 : à quoi joue la ville de Marseille ?

28 mai 2012, Aiollywood
Marsatac 2012

Marsatac, le plus influent des festivals de musiques actuelles marseillais, s’en serait bien passé : après avoir fait sold out l’année dernière (une première depuis sa création), le voilà orphelin de terre d’accueil. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la ville de Marseille ne lui facilite pas les choses…

Le festival Marsatac est censé représenter la vitrine culturelle de Marseille, un point d’ancrage destiné à fidéliser les amateurs de musiques alternatives et indépendantes, surfant ainsi sur une programmation éclectique oscillant entre le rock, la pop, l’électro et le hip hop. Et avec l’assise acquise lors de l’édition 2011, on avait du mal à imaginer que l’on chercherait à lui faire mener la vie si dure. Pourtant (déjà) au troisième soir du festival l’année passée, les organisateurs nous avaient confié (Le Musicodrome y était, pour rappel il y a trois galeries photos et lives reports en ligne sur le site) leurs inquiétudes quant à l’édition 2012…même en faisant carton plein. La cohérence, la diversité des groupes et surtout le côté « street » de la Friche de la Belle de Mai collaient à merveille pour Marsatac, sauf que, en attirant 28 000 personnes la question de la capacité se posait déjà.

Un festival à pérenniser… mais où l’implanter ?

Si l’on ne doute pas de l’expansion de Marsatac, que faire pour le pérenniser ? Poursuivre le développement nécessite plus de place… et beaucoup de pistes ont été évoquées. Des rêves les plus fous des organisateurs aux idées plus plausibles, la valse des lieux n’a guère mis de temps à débuter : en première ligne, l’incroyable défi de faire un festival en plein air et surtout sur la plage, au Prado. Une idée qui n’a pas tardé à atteindre les oreilles de la mairie de Marseille qui a refusé la proposition en bloc. Autre possibilité avancée par l’orga de 2012 en conférence de presse, le Port Autonome de Marseille. Entre les canaux et cette jungle urbaine, Marsatac conservait ainsi les traits industriels qui dessinent sa silhouette. La difficulté d’organiser un événement dans un tel lieu et le mettre aux normes de sécurité a, une nouvelle fois, refroidit les négociations. Et à force de tergiverser, l’impensable question se posa : où va se dérouler Marsatac en 2012 ? Et surtout, la ville de Marseille va-t-elle aider à trancher ?

Cette dernière ne s’est pas montrée très collaborative pour faciliter la tâche des organisateurs : baladant entre la Friche de la Belle de Mai, l’Espace Julien, le Palais Longchamp, le Frioul ou encore les Docks des Suds depuis sa création, Marsatac aimerait pouvoir poser ses valises de manière durable. Et déjà en 2008, le programmateur (et actuel) Dro Kilndjian se confiait à Rue89 Culture en montrant du doigt les problèmes de reconnaissance d’un festival comme Marsatac : « la première force d’un festival, c’est son identification à un lieu et à un style de musique, nous avons fait exactement l’inverse ! ». Auto-financé à hauteur de 50%, ce dernier n’avait d’ailleurs pas manqué de préciser que la ville de Marseille, finalement, n’a jamais été complètement derrière la réussite du festival : ses subventions représentent en effet moins de 10% du budget prévisionnel. Un leurre dans un paysage musical phocéen souvent montré du doigt par les aficionados locaux.

Pourtant après leur passage au Dock des Suds, les organisateurs étaient à l’époque, très clairs : Marsatac ne se tiendra plus au Dock des Suds. La capacité est réduite et l’agencement relativement différent… mais qu’on fait les collectivités territoriales ? Les chiffres avancés par le site d’actualités Le Ravi.fr conforte dans l’idée que « le festival exemplaire » vanté par Bernard Latarjet, 1er directeur de Marseille-Provence 2013, n’est pas considéré à sa juste valeur. Pourtant, en 2010, les collectivités locales ne cachaient pas leur soutien au festival : avec les subventions du Conseil Général des Bouches du Rhône à la hausse ainsi que de la ville de Marseille (+40%), Marsatac pensait être sur les bons rails… Sauf que la position financière de la ville de Marseille, jusqu’à présent très discrète, ne pouvait plus rester figée : si la municipalité a versé 6 000€ de subvention pour sa première édition en 1999, elle ne donnait « que » 80 000€ en 2008 alors que le budget atteignait déjà la barre des 1M€. Si les organisateurs estiment que ce n’est plus le important, la mairie de Marseille est surtout critiquée pour le manque de lisibilité du festival… Enfin, Marseille-Provence, capitale européenne de la culture en 2013, annonçait une reconsidération des liquidités.

Visuel Marsatac 2012

L’incohérence des subventions

En début d’année, les organisateurs de Marsatac ont pourtant été pris à contre-pied. Contre toutes attentes, les subventions de Marseille-Provence 2013 sont tombées : pour Marsatac, ce sera 130 000€ en moins, soit 5% de son budget prévisionnel octroyé ! D’un autre côté, Mix Up (qui s’occupe de projets musicaux méditerranéens travaillant en étroite collaboration avec le festival), se voit attribué 130 000€ également… alors que 400 000€ étaient annoncés (sources Le Ravi.fr). Une incohérence qui fait grincer des dents, et lorsque les organisateurs ont interpellé le comité de Marseille-Provence 2013, la réponse a été sans détours : « si cela ne vous satisfait pas, vous pouvez refuser ! ». Une situation injustifiée lorsque les élus vantent les reflets de modernité, d’exigence ou encore d’ambition de la cité phocéenne pour les prochaines années.

Alors que la culture doit être (en théorie) au coeur des animations de la ville de Marseille en 2013, le vice a été poussé jusqu’à l’extrême : avec les travaux effectués à la Belle de Mai, les organisateurs ont gentiment été poussés vers la sortie par la municipalité considérant que « le site est indisponible pour 2012 ». Pourtant, l’architecte en charge des travaux, Mathieu Poitevin, a démenti cette information stipulant que la précédente édition, alors que la Friche était déjà en travaux et en phase de démolition, était bien plus problématique que cette année… Bref, la situation s’est complètement figée en début d’année lorsque les organisateurs ont officiellement déclaré que si Marsatac 2012 se déroule à la Friche, sa capacité sera réduite au moins de moitié… Un coup de frein non négligeable lorsque Marsatac parle de développement. La mairie de Marseille, pour tenter démêler ce gros sac de nœuds, a alors jeté sa dernière carte : la caserne du Muy. Mais une nouvelle fois, l’organisation s’est vue contraint de refuser cette proposition, la faute à un site qui ne colle pas avec l’image du festival et la proximité des habitations.

L’édition 2012 finalement… au Dock des Suds

Jusqu’au mois d’avril dernier, les négociations n’ont pas abouti : le rêve fou du Prado n’aura pas lieu. Pas cette année en tous cas. Et même si l’objectif à court terme en 2013 est d’atteindre la barre des 50 000 festivaliers (par conséquent d’investir un site capable de recevoir une telle affluence), les organisateurs se sont finalement résignés à retourner au Dock des Suds… qui, quoiqu’il arrive, entraînera une baisse des fréquentations (et donc des recettes) par rapport à 2011. Pas forcément enthousiastes à retourner au Dock, les organisateurs ont surtout mis en avant que c’étaient les Dock… ou pas d’édition en 2012. Un échec cuisant vu l’édition 2011 à guichets fermés… mais l’équipe a cherché à proposer de nouvelles choses. Explications. Et lorsque Marseille décide de lui tourner le dos, Marsatac a choisi de s’exporter ailleurs.

*Un nouveau concept*
Même si le lieu et la tenue du festival a longtemps fait débat, la 14e édition du festival va donc se dérouler 3 soirs au Dock des Suds de Marseille mais aussi à Nîmes… à la toute nouvelle salle de Paloma ! A contrario de la ville de Marseille, les nîmois ont accepté sans hésiter cette proposition. Au total, 6 jours de concerts pour près de 60 groupes programmés ! Le premier rendez-vous sera donc pris en terre gardoise avec 3 soirs du 20 au 22 septembre où la programmation sera davantage orientée avec des sessions découvertes, nouveaux talents… puis direction Marseille le week-end suivant du 27 au 29 septembre pour les traditionnelles déflagrations sonores ! Ingénieux : un bon moyen de développer le festival, qui risque de grimper en terme d’affluence, mais aussi de lisibilité.

*Les premiers noms*
Si les dates sont déjà calées et les croix dans les agendas cochées, les premiers noms comment à tomber au compte goûte : C2C, Orelsan, De La Soul, Baxter Dury, Don Rimini et le Klub des Loosers viennent d’être annoncés…  D’ici courant juin, c’est toute la programmation qui sera dévoilée.

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