Interview

Faada Freddy : Du respect dans la musique

20 avril 2016, Groum'
Photo Faada Freddy

Avant son concert au Bikini du mardi 12 avril, Faada Freddy avait eu la gentillesse de nous recevoir pour une Interview, qui en dit long sur ses influences et ses inspirations musicales.

présentation de toi et des gens qui t’entourent…

Faada : je m’appelle Faada Freddy, Faada vient de mon prénom Fatah, et Freddy c’est le surnom que j’ai depuis que je suis petit, parce que je chantais des chansons de Freddy Mc Gregor. J’ai commencé à faire de la percussion corporelle quand j’étais petit, parce que j’avais pas les moyens d’acheter des instruments. Et j’ai toujours chanté a cappella, dans un groupe de Hip Hop qui s’appelle Daara J, et chaque fois, avant de commencer les concerts, je prenais le micro et je chantais. Parce que avant, je savais même pas qu’on pouvait chanter sur les faces B des CD, donc j’ai commencé à faire de la musique sans instruments, et aujourd’hui c’est ce que je refais, comme un retour aux sources.

Pour les gens qui m’accompagnent sur la route, certains sont intervenus sur mon album, et les autres je les ai connus par sélection, parmi tant d’autres musiciens, parce que c’est les gens avec lesquels je me sens en harmonie, ce qui est important pour être bien ensemble sur la route. C’est toujours compliqué d’être en groupe, mais eux c’est des gens formidables, qui croient en moi et en qui je crois aussi. Et donc c’est comme ça que j’ai constitué le groupe pour faire du live.

Photo Faada Freddy 1

Pour ma part, j’ai commencé à chanter très petit, j’avais 3 ou 4 ans. J’ai fait ma première télé à l’âge de 4 ans, et toute ma vie ça a été que de la musique, même quand j’étais à l’école – parce que mon père était enseignant – j’écrivais sur mes cahiers de texte des poèmes, que je lui chantais après. Ces poèmes étaient en anglais, mais aussi en français. Et puisque j’étais dans le club d’anglais, mon anglais s’est développé au fur et à mesure, et un peu plus à travers mes voyages aux Etats Unis, où j’ai été plus ou moins invité, et où j’ai pu perfectionner mon anglais, comme lors des tournées avec mon groupe en Angleterre, parce qu’on a été nommé “Best African Act” des BBC Awards, et depuis ma carrière a décollé avec le groupe Daara J, et j’ai pu faire différents voyages à travers le monde. Et ce sont ces voyages là, le dénominateur commun du style de musique que je fais. Parce que chaque fois que j’ai voyagé en Afrique du Sud, en Inde, en Nouvelle Zélande, aux Etats Unis en Angleterre, n’importe où j’allais, je trouvais un peuple différent, avec une culture différente – chez les aborigènes par exemple, et même les indiens que j’ai rencontrés en Californie.

Donc j’étais aux Etats Unis, tranquillement, j’étais pas loin d’habiter là bas pour longtemps, avec mon meilleur ami, parce que le groupe Daara J Family existait toujours à cette époque, donc je voulais travailler là bas, rester là bas et faire venir nos familles, quand un jour j’ai eu la proposition de mon Label Think Zik, alors j’ai dit “ok, je vais le faire”, je suis venu et puis je me suis bien entendu avec les personnes qui gèrent ce label. Alors après on est allé au Sénégal, on a fait les enregistrements de cet album (Gospel Journey, ndlr), et c’est là où j’en suis.

Et dans les musiciens avec qui je joue, certains ont déjà joué avec Pascal Obispo, Christophe Maë, ont fait des voix avec Johnny Hallyday, etc… et d’ailleurs je me demande comment ça se fait qu’ils jouent avec moi !

Tu chantes une chanson qui s’appelle Letter to The Lord…

C’est une reprise. La majeur partie des chansons qui sont dans l’album sont des reprises, à l’exception de Borom Bi et Reality. Mais sinon les morceaux que je fais sur scène, comme Lying to Me, Slow Down, etc… ne sont pas de moi. J’ai pris des morceaux qui sont rock, ou qui sont très lents, et je les ai joués à ma manière. Parce que je voulais faire une présentation de l’art, et du style de musique que je fais. Et ça fait 20 ans que j’écrivais pour moi-même, et que j’écrivais pour d’autres, et pour une fois je me suis dit que j’allais faire un album où j’allais mettre en valeur des chansons que j’aime. C’est pour ça que j’ai fait ces reprises.

« Je veux mettre en valeur des chansons que j’aime »

En quoi la religion influence ta musique ?

Il y a quelque chose que j’essaye de transmettre dans mes chansons, c’est le respect de la croyance de chacun. Qu’on laisse chacun avec ses croyances, parce que la spiritualité est une nourriture intérieure, et chacun a le droit d’avoir sa propre spritualité. Et quand je fais des concerts, les gens se posent pas la question de savoir si ils sont chrétiens ou musulmans, ou juifs, ou athés, au moment où le concert se déroule. il y a juste le fait qu’on est tous ensemble, et qu’on est content d’être ensemble. On se fait pas la guerre, et on partage de très très bonne vibrations, et on rentre apaisé, on rentre bien – en tous cas c’est mon cas, et le cas de certaines personnes avec qui je discute après le concert.

Souvent, les religions se définissent par l’endroit où on est, les cultures qu’on a, etc. Et alors ? Si un musulman naissait dans une famille juive ? Personne ne choisit ses parents. Et qu’un chrétien naissait athé, par exemple ? Une foi, c’est un cadeau, et chacun se doit de préserver son cadeau, et d’être reconnaissant envers le cadeau qu’il a. Un jour, un athé m’a dit “tu sais Freddy, je n’ai pas la chance de croire en Dieu”, il a parlé de chance.. Je respecte ça en fait. Lui il croit que c’est un cadeau, et que c’est une chance d’avoir la foi. Parce que quand on a la foi, on se dit qu’on a la foi, et puis on a le choix. On a ça, et on sait ce que ça fait. Alors rien que pour ça, je respecte la foi de chacun, et je n’ai pas de complexe à prononcer le mot Dieu, alors que de nos jours, de plus en plus quand tu parles de Dieu, les gens ils ont peur… Mais au final, ça veut rien dire ! On peut dire Dieu dans combien de langues ? On peut dire God, Allah, Jéovah, Adonai, etc… C’est pas ça le problème, en fait. Le problème que les gens ont, c’est qu’ils ont peur de la croyance des autres. Parce que quand les gens ont une croyance, ils sont dans un certain épanouissement, une certaine jouissance de la vie, que d’autres ne comprennent pas. Et moi au contraire je respecte ça : quelqu’un est bien dans sa croyance, et ça l’emmène à une réalité, et peut être un jour à une vérité, une certitude, et je me dis que c’est un cheminement, et c’est ce cheminement de tout un chacun que je respecte. Comme certains autres vont prendre des chemins politiques, ou des chemins industriels, où l’homme est plus exploité que dans d’autres sociétés, et bien c’est pareil. Je me dis que le plus important c’est de connaître nos limites, pour ne pas entraver la liberté de l’autre, ni lui faire mal.

« On peut dire Dieu dans combien de langues ? »

Par exemple, aujourd’hui il y a pas mal d’attentats. Et quand on regarde les attentats, on se dit “Ah, ces pauvres jeunes manipulés, ils sont musulmans” et face à ces attentats, je regarde dans le Coran une phrase qui dit “Quand on tue un être, c’est comme si on tuait toute l’humanité” Je me dis “Là, il y a un problème.” Qui sont ces gens qui se prétendent musulmans, alors que le Coran dit qu’il ne faut pas tuer ? Ou bien, qui sont ceux qui veulent nous faire croire que quand on est religieux ou quand on est spirituel, on est tellement fou qu’on va aller tuer l’autre ? Comment ça se fait que des gens qu’on appelle musulmans et qui sont dans une religion où les gens ils se saluent par “Que la paix soit sur vous”, comment ça se fait qu’on dise que des attentats viennent de personnes comme ça ? Il y a des choses qu’il faut éclaircir. Que c’est bien quand il y a des news, de courir dans les news, mais aujourd’hui j’ai peur des news qu’on donne sur internet et qu’on donne à la télé parce que j’ai l’impression que quelque part, il y a un gros complot. Qu’on ne sait pas encore où il a lieu, mais qu’il faudra bien comprendre, parce qu’il s’agit de l’humanité, de la vie humaine, et donc c’est le type de questions que je me pose et qui me pousse toujours à avoir le même respect pour toutes les religions du monde.

Un Soulman qui t’inspire ?

James Brown ! Je le regarde et je me dis “il est fou lui, qu’est-ce qu’il est en train de faire ?” Il bouge comme ça avec ses pieds, lâche le micro, se retourne, il se relève, quand je le regarde je me dis que lui, il fait vraiment de la scène ! Parce que si tu veux juste faire des chansons, tu fais des disques. Mais si tu viens sur scène, c’est parce que tu dois nourrir autre chose, tu dois transmettre l’énergie qu’il faut. Parce que si c’est juste des gens qui te regardent chanter, tu peux envoyer ta photo, et le disque. Si on est figé pour chanter, autant envoyer ta photo et le disque. Maintenant, quand on vibre avec la musique, et qu’on sait transmettre cette vibration, surtout quand elle est positive : je prends ! Et c’est James Brown

Un univers musical bien à toi, mais aussi univers visuel soigné, est-ce important ?

L’habillement c’est un langage, c’est un code pour transmettre un message. Il y a les codes que les maisons de disques ont envie de transmettre, ou que les producteurs on envie de transmette à travers leurs artistes. Quelque part, il y a des fois où l’artiste ne se sent même pas concerné. Et d’un autre côté, il y a le message de l’artiste. Et pour moi, en ce qui concerne l’habillement, c’est une manière de transmettre la politesse, la disponibilité et le respect que j’offre à mon public, avant l’exécution du service. Car pour moi le concert c’est un service, mais c’est aussi un partage. Mais avant le partage, je me mets dans la condition qui fasse que je sois présentable, et que je prenne assez de hauteur pour subvenir à la grandeur d’un public. Un public c’est grand pour moi, c’est des gens qui laissent leur famille chez eux, c’est des gens qui laissent leur boulot, c’est des gens qui abandonnent beaucoup de choses pour venir me voir. Et ces gens là méritent que je sois un minimum présentable. Et pour ça j’ai choisi les années 30, et aussi les années de libération, où les noirs pouvaient aussi s’habiller comme leurs maîtres blancs qui les prenaient comme des esclaves. c’est cette époque où ils pouvaient aussi s’habiller avec des chemises bouffons, et porter des Lavallières, et pour moi c’est une période très importante de la jonction du Nord et du Sud, c’est pour ça que j’ai choisi cet habillement.

« Mon public mérite que je sois présentable »

Meilleur souvenir de concert ?

Concert au Trianon. On est sorti, on était plus de 300 avec le public, on s’est retrouvé dans le métro en train de chanter jusqu’à ce que le chauffeur de métro dise qu’il n’en pouvait plus, parce qu’il ne savait pas ce qu’il se passait. Donc on est descendu, on a marché dans les rues de Paris, on a chanté, c’était pour moi un souvenir inoubliable…

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