Chronique

« Shikantaza », la re-découverte de Chinese Man (2017)

19 janvier 2017, Aiollywood
Chinese Man Shikantaza 3 février 2017

Cinq ans après son excellent premier album, « Racing with the sun », Chinese Man revient en février avec son second opus, « Shikantaza ». Entre ses « groove sessions » et ses projets parallèles, l’homme chinois compte bien graver dans la pierre cet album qui réveille les sens et bouscule nos habitudes. Comme un nouveau réveil, comme une succulente redécouverte.

Impossible de le nier : depuis l’installation des MC’s en première ligne des show de Chinese Man, la dimension du groupe a changé. Cette métamorphose s’est constatée tout d’abord sur scène avec un concert qui va au-delà des machines et des ballades vidéo ; elle s’est aussi remarquée sur les réalisations suivantes, plus hip hop, plus urbaines aussi, propulsant ainsi Chinese Man à l’affiche de tous les plus gros festivals nationaux et européens depuis 2014.

Si personne ne pourra reprocher à un groupe d’évoluer au nom de la maturité et de créativité qui animent ses membres, nous n’avons pas pu nous empêcher de souligner que les excellentes compos qui fleurissaient « Racing with the sun », manquaient. Le doute s’est même installé : Chinese Man peut-il encore le faire ? Mieux, Chinese Man a-t-il encore eu envie de le faire ? Avec ce « Shikantaza » en approche, les questionnements se sont multipliés pour (presque) accoucher sur des remords… Car cet album, prévu pour le 3 février prochain, ne peut pas attendre aussi longtemps. Il nous paraissait même inenvisageable de vous en dévoiler quelques miettes si tardivement.

« Shikantaza », c’est d’abord un retour aux sources.

Celles de l’Asie, des sonorités orientales, des vieilles machines poussiéreuses. Celles d’un temps qui se fige brusquement pour mieux se laisser contempler. Pour aider à la contemplation de soi et de ce qui nous entoure, Chinese Man a pris le temps de dresser le décor : c’est à l’aide de 10 compos entièrement instrumentales (sur 16) qu’il a bâti son édifice. Chacune des étapes rencontrées est un défi qui renvoie à des éléments qui nous entourent. C’est d’ailleurs après plusieurs écoutes que l’on comprend le sens de l’album.

Dès l’ouverture (Shikantaza), Chinese Man nous invite à adopter une posture de relaxation et de méditation : assis sur le toit du monde, le terme qui est utilisé dans l’école du bouddhisme zen soto prend alors tout son sens. Chants mantra et lyrisme tibétain enveloppent alors notre esprit.

Pour aider à atteindre un état de relaxation, Chinese Man part de la base : pour mieux comprendre le monde et l’homme, l’intelligence et la raison puisent l’énergie l’un envers l’autre : en rappelant les héritages laissés par le bouddhisme, Chinese Man part encore plus loin dans son exploration des cultures et des manières d’appréhender ce qui nous entoure. Maläd est un voyage sans retour en Orient rempli de bonnes ondes, samplé et bien dosé, qui nous renvoie à l’essence-même du groupe. Imbibé de sonorités world, Escape traduit davantage cette volonté de s’élever, encore et encore, tout en s’inscrivant dans son temps : l’escapade prend une autre tournure lorsque les scratches débarquent et s’imprègnent d’une enveloppe digitale.

Cette éclate du groupe se ressent tout au long des compos : il laisse le sitar s’exprimer sur Warriors avant d’accélérer subitement le rythme avec l’arrivée des percus pour finalement rendre le morceau presque dubby. Conflits des civilisations et de la pensée, cette bombe n’est pas la seule, Chinese Man passe la vitesse avec une démoniaque Step back, valse de violons en trois temps cuivrés qui nous donnerait presque une leçon de classique…

Les ballades, finement ciselées, sont très orientées trip hop et abstract hip hop : elle dépassent de loin ce que le groupe nous avait proposé sur ses précédentes réalisations. Alors que Golden age est le reflet d’un monde froid et sans pitié, la compo résonne dans un fracas métallique et sombre, très saturée, à l’image de nos sociétés modernes dévastées. Pourtant, l’ombre est parfois lumière : comme pour briser cette ambiance pesante, Chinese Man nous invite à lâcher prise en contemplant L’aurore et Anvoyé. Face aux ruines ravagées de notre existence, L’aurore se laisse découvrir avec beaucoup de mélancolie et de tristesse. Ce n’est d’ailleurs pas Good night, frissonnant par les soubresauts du violon et du piano, qui nous fera retrouver le sourire : à la manière d’un Ez3kiel ou d’un Scratch Bandits Crew sur « 31 novembre », notre sort paraît déjà scellé.

« Shikantaza » rime aussi avec saveurs urbaines, là où le hip hop endosse son costume cosmopolite.

La première pièce du puzzle avec un featuring, dévoilée en fin d’année dernière, laissait en réalité présager les contours de l’album : Liar, en featuring avec Kendra Morris et Dillon Cooper, aurait du nous mettre la puce à l’oreille ! Finesse et douceur font la route ensemble, quant au triste constat du monde qui nous entoure, le voilà subitement sur nos épaules.

Servitude volontaire ou non, The new crown alerte à coups de beats hip hop oldschool, mais il redonne le sourire : avec un son terriblement swingant, la compo fleurit en compagnie de leurs potes d’ASM, façon roots, ainsi que de Taïwan MC et d’A-F-R-O. Ce morceau va s’inscrire pleinement avec Modern slave, conté de manière admirable par le flow de R.A. The Rugged Man. Cette hargne existe. Même si elle est enfouie, elle surgit parfois. Sur « Shikantaza », elle se manifestera à travers Blah!, indou-dubstep, où Youthstar, Taïwan MC et Illaman se donnent un réel combat de joutes verbales. Si les « putch the hand up ! » n’étaient peut-être pas nécessaires, le morceau est clairement le plus virulent de l’album et il est très proche de ce que peut faire Taïwan MC en solo.

Exception faite sur Blah!, on préférera franchement se mêler aux rencontres revigorantes de Vinnie Dewayne, Myke Bogan et Tre Redeau sur What you need à la mélodie entêtante ou encore s’attarder sur les envolées lyriques de Mariama (Stone cold).

Une chose est sûre, Chinese Man excelle dans son domaine. « Shikantaza » parvient à marier ces deux facettes et le mélange obtenu est saisissant. L’esprit de « Racing with the sun » plane bien au-dessus de ces 16 compos mais Chinese Man a trouvé sa voix : là où l’opus précédent nous transportait sur tous les continents avec sa musique, l’homme chinois a posé ses valises sur un territoire inconnu, celui de la bienfaisance et du du bien-être, entre modernité et ferveur traditionnelle. On vous avait dit qu’il fallait être zen…

Clip « Liar »

FICHE TECHNIQUE

Tracklits
1. Shikantaza
2. Liar (feat. Kendra Morris & Dillon Cooper)
3. Maläd 
4. Step back
5. The new crown (feat. A-F-R-O, A.S.M. & Taïwan MC)
6. Escapade
7. Stone cold (feat. Mariama)
8. Modern slave (feat. R.A. The Rugged Man)
9. Warriors
10. What you need (feat. Vinnie Dewayne, Myke Bogan & The Redeau)
11. Wolf
12. Blah! (feat. Youthstar, Taïwan MC & Illaman)
13. Golden age
14. L’aurore
15. Anvoyé
16. Good night

Durée : 1h04
Sortie : 3 février 2017
Discographie : 2ème
Genres : Trip hop / Hip hop
Label : Chinese Man Records
Prochains concerts : ici

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