Chronique

La Belle Bleue oscille entre plusieurs mondes avec « Le refuge » (2013)

11 juillet 2014, P'titBapt
Critique le refuge La belle bleue 2013

Ils sont 5, ils sont jeunes, ils sont nantais, et leur nom ne vous est peut-être pas inconnu. Si ce n’est pas le cas, ce n’est sans doute plus pour très longtemps ! En effet, après s’être cantonnés aux contours géographiques bretons, le groupe s’expatrie de plus en plus et commence à se tracer une place dans l’horizon du rock aux textes travaillés en français, avec son dernier album « Le refuge« , sorti en fin d’année dernière.

Nous avions été sincèrement bluffés par « Morceaux de papiers », qui ressemblait déjà à l’album de la consécration pour La Belle Bleue, mais c’était sans compter sur cette nouvelle galette, beaucoup plus orientée rock, qui ne peut nous empêcher de penser à Mano Solo. Dès la première chanson nous sommes pris en otage dans cette aventure, les yeux s’ouvrent, les oreilles avec, les percussions sonnent, Passager, nous le sommes !

Le ciment nous conforte, les textes sont toujours aussi aiguisés, sans doute plus matures encore que dans « Morceaux de Papiers », ces 3 minutes 30 seront scindées en deux parties, avec une première rythmée et calme, presque acoustique, avant que tout n’explose, le rock comme la voix du chanteur qui nous hurle sa haine et son envie ! Déjà nous sommes envoûtés…

Nous sommes entraînés dans une atmosphère sombre, à la Noir Désir, dans un univers bien à eux, un rock au didgeridoo, un monde écorché et beau… On revient aux fondamentaux avec la chanson suivante, au rythme accrocheur, aux rimes pesantes, où la batterie se sort enfin du cocon dans lequel elle était figée, l’Adrénaline fait son effet, avec une fin musicale qui casse le rythme, sans nous déplaire.

Ces artisans de la chanson savent nous montrer qu’ils sont aussi à fleur de peau, au son d’une contrebasse et d’une guitare ils nous chantent des textes intimistes, aux paroles profondes et douces: Rembobine et Hier, qui nous accrochent et nous restent dans la tronche. Puis nous arrive d’emblée, dès la première seconde de la chanson suivante, une bouffée d’oxygène, un courant d’air et de mots qui nous réaniment au beau milieu de nos rêves: « je m’pendrais haut et court aux aurores boréales / si tout ça n’est qu’un rêve / je n’ai pas prévu d’acheter de corde / si ce n’est pour ligoter l’espoir » Le citron est une sacrée belle chanson, dont l’oscillogramme ne s’applatit que succinctement, avant de remonter en flèche pour nous piquer au vif, un rock péchu, un rock rêveur, un rock à texte…

Le groupe est depuis toujours une hydre, avec ses deux chanteurs, ce qui permet d’alterner les émotions, les styles, comme on s’en rend compte sur Le triptyque, où l’on retrouve le groupe engagé qui depuis toujours joue sur les trottoirs pour se faire découvrir, chante ses idéaux bien plus profondément que certains, et nous crie sa colère dans une époque qui lui répond plus que jamais en écho ! « La France n’a plus moyen d’faire du social / à mort la fraternité / l’égalité est perdue d’avance / pourquoi courir après / la liberté c’est un bel idéal / mais trop dangereux pour être rêvé », cette même rage se ressent par la suite, avec une chanson sur l’univers carcéral, drôlement dure mais profonde, on entend un air de Têtes Raides dans Un an sans nom, qui ne peut laisser indifférent.

Avant que n’arrive la chanson qui verra un clip fleurir en son honneur, qui est un tableau du monde de La Belle Bleue, quelque part ailleurs, dans le Morimondo, où les éléphants courent parmi ses animaux envoûtés qui nous entourent. Sans doute la chanson la plus entraînante de cette galette, le clip très artistique réalisé fin mai permet d’aborder cette chanson de manière plus cartésienne.

La Belle BleueLes Éléphants Du Morimondo :

Le temps d’une belle interlude dansante, La valse du miroir, et nous revoilà avec le groupe, qui se présente, qui se rêve et se chante avec Si je laissais vivre, une sorte d’ôde aux saltimbanques pour tous les bien pensants de ce monde, qui n’ont rien compris à leur vie. Si nous sommes les passagers, c’est qu’ils nous invitent dans leur cachette, une montagne, une bute, un iceberg, peu importe, Le refuge est là, on les sens abrités et mélancoliques sur cette poésie mise en musique, nous aussi pouvons rêver, grâce à eux, de cette fleur plantée au sommet…

L’album se finit sur les 7 minutes de L’architecte, qui nous bercent, et nous font réfléchir, jamais une leçon de philosophie n’a été aussi poétique et rythmée par des instruments en osmose avec une voix, on ne pouvait difficilement rêver meilleure fin pour cet album, ailleurs, avec le didgeridoo résonnant en fer de lance : « Qui a dit que le temps ne serait jamais en avance? […] depuis le mot action, dans la bouche de l’architecte ».

L’ambiance électrique de l’album répond à la chaleur intimiste de la contrebasse et du mélodica qui envoûte certaines chansons, les styles sont variés, les textes et la musique sont là, nous ne pouvons que nous régaler en écoutant ce troisième album, synonyme de réelle atteinte à maturité pour ce groupe sur tous les plans, ces 5 bonshommes peuvent être fiers du travail et du chemin accompli !

LA FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1. Passager
2. Le ciment
3. Adrénaline
4. Rembobine
5. Le citron
6. Le triptyque
7. Les éléphants du Morimondo
8. La valse du miroir
9. Le refuge
10. Un an sans nom
11. Si je laissais vivre
12. Hier
13. L’architecte

Sortie : 16 octobre 2013
Durée : 57 minutes
Album : 3ème
Genres : Rock / Chanson française

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