Chronique

Mansfield.TYA « Corpo inferno » (2015)

8 janvier 2016, Aiollywood

Impossible d’attaquer 2016 sans revenir sur des oubliés de 2015 et, de toute manière, l’actu fraîche ne devrait repartir qu’à partir de la fin du mois. A l’automne dernier, Mansfield.TYA passait du côté de Paloma de Nîmes (30) dans le cadre de sa toute nouvelle tournée. Véritable coup de coeur de notre photographe, Photolive30, nous avons donc accepté l’invitation. L’invitation à se plonger dans un monde tortueux et sombre que Mansfield.TYA nous offre à travers son quatrième album, « Corpo inferno ». Un album qui vous enverra  tout droit en enfer…

Tout débuta par une première écoute dévorée d’une traite. Boum. Première claque. Histoire de ne pas trop s’emballer, petit retour en arrière. Plus de 10 ans dans le coco. Car si l’on accepte de plonger bien volontiers dans l’univers si particulier de Mansfield.TYA, autant remettre les choses à leur place. Nous sommes donc partis de « June », leur premier album sorti en 2005. Nouvelle claque. D’une douceur extrême, cette ballade a été domptée par le violon et l’infime chrysalide qui enveloppa cette ambiance folle parsemée de guitares, de piano, de violon et d’envolées lyriques. De retour dans le futur, direction « Seule au bout de 23 secondes » (2010). Le constat ne tardera pas à être identique même si les influences sont un peu plus rock, un peu plus anglaises aussi. Brusquement propulsé en 2011 sous l’ère de « Nyx », notre attention est totale. Ce troisième opus est une véritable bombe, remplie d’élégance et de sensibilité, les subtilités électroniques s’invitant également de la partie mais d’un équilibre absolu.

Aucun doute, l’écoute de « Corpo inferno » peut à présent se faire dans un confort total. Pour cette deuxième écoute, l’heure est à la dégustation voire même au sevrage. D’une durée de 42 minutes, on est finalement surpris de voir à quelle allure « Corpo inferno » se dévore. L’album regorge de citations littéraires des plus grands et de grands messieurs (Hugo, Diderot, Proust…), Mansfield.TYA se taille une part résolument dark du gâteau. Pourtant, le duo féminin revêt un apparat d’une fragilité absolue, où la complicité et la pugnacité ne font plus qu’un. Expérimental à souhait, le groupe sort-là 14 tracks d’une profondeur hors normes, pêchue, tout en autant aussi friand d’exploration sonore.

Les influences, toujours d’une grande richesse, contribuent à rendre l’univers de Mansfield.TYA unique : musiques baroques, musiques classiques, sonorités rock avec une belle place accordée à la techno et aux musiques électroniques, le tout jouit d’arrangements millimétrés. Ce dédale souterrain est ainsi rempli de méandres qu’il s’avère être long d’explorer où plusieurs écoutes s’imposent. Adepte des boucles et de rythmes entêtants, le titre d’ouverture, Bleu lagon, en est l’exemple parfait, juste alchimie des genres. D’ailleurs, ce « Corpus inferno » bouscule les codes et les stéréotypes musicaux qui envahissent les ondes : les penchants trash et terriblement sombres ne tardent pas à faire exploser le semblant de calme régnant sur ce début d’album. BB provoque une détonation et dévoile de nouveaux démons qui vont se propager comme une traînée de poudres sur Palais noir. Cette invasion des machines, elle va planer tout au long des tracks, plus ou moins présente (La nuit tombe, Fréquences) mais on aimerait tant que La fin des temps ait lieu aux côtés de Mansfield.TYA.

Même les piques baroques en feraient pâlir plus d’uns (Der tod und das Mädchen, Sodome & Gomorrhe), le violon de Carla, certes un peu plus en retrait, continue de nous faire tomber sous le charme de ces étranges démons. De la frénésie de Jamais, jamais, en passant par le featuring partagé avec Shannon Wright sur Loup noir ou encore sur l’alambiqué Le monde du silence, la recette fonctionne. Les textes, sombres, limites glauques, sont magnifiquement portés par Julia, chanteuse, aussi, des déjantés Sexy Sushi.

Plongé dans le brouillard, « Corpus inferno » fait jaillir la lumière. Mansfield.TYA est une des grandes découvertes de 2015.

Clip « La nuit tombe »

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1. Bleu lagon
2. BB
3. Gilbert de Clerc
4. Jamais jamais
5. Sodome & Gomorrhe
6. Les contemplations
7. La fin des temps
8. Der tod und das Mädchen
9. Loup noir (feat. Shannon Wright)
10. Palais noir
11. Fréquences
12. Le monde du silence
13. Le dictionnaire Larousse
14. La nuit tombe

Sortie : 25 septembre 2015
Durée : 42 minutes
Discographie : 4ème
Label : Vicious Circle
Distribution : L’Autre Distribution

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