Chronique

Le pacifiste inconnu remis au goût du jour par JeHan et Lionel Suarez (2016)

13 janvier 2016, Aiollywood
le pacifiste inconnu allain leprest

Voilà plus de 4 ans que le grand Leprest nous a quittés, mais ses textes continuent de serpenter le hasard des rues de la poésie française. L’empreinte de l’homme aux deux L est aujourd’hui difficilement mesurable, mais elle est colossale. JeHan et Lionel Suarez lui rendent un bel hommage à travers l’album « Leprest, Pacifiste inconnu », bien loin des strass et des paillettes du monde du showbizz, cet album fait du bien. En découvrant un tel disque, il est bon de se dire que des oreilles attentives vont être initiées à la poésie de Leprest grâce au travail minutieux et profond des deux compères.

Allain Leprest. A l’évocation de ce nom, ce sont des images, des amours, des situations en tout genre et pleines de poésie qui résonnent et viennent s’immiscer dans la tête de tous les amoureux de la langue et de ses détours.

Puis arrive le mot « reprises », et la même question se pose toujours : comment rendre compte de l’immensité des mots de Leprest, qui créent chacune de ses chansons comme autant de montagnes qui paraissent imprenables.
Et puis on voit le nom de JeHan. Et puis on voit celui de Lionel Suarez. Et puis on se rassure. On se dit qu’un interprète qui a fait partager à la gueule et aux oreilles du monde, avec autant de finesse et de force, les textes de Bernard Dimey ou de Claude Nougaro (entre autres) ne peut trahir Leprest. On se dit que l’hydre Lionel Suarez, qui semble capable de prêter ses doigts en toute circonstance à autant de grands noms, ne peut que rendre un tableau propre et pimenté de l’œuvre de celui qui chérissait tant l’accordéon.

Ce disque est né de l’amitié que le chanteur et l’accordéoniste vouaient au poète. Si les deux hommes étaient des amis du grand Allain, il était hors de question de sortir un « simple » disque hommage, trop souvent réservé à titre posthume aux plus grands. Non car ce n’est pas un hommage posthume que le cd « Leprest : Pacifiste inconnu« , c’est un hommage bien vivant et plein d’envie. C’est un hommage prêt à errer au hasard des rues, plein de rêves et plein d’entrain.

Les textes de Leprest s’impriment au fond des têtes, ses mots sont de la race des mots qui restent et stagnent, qui interpellent et accrochent dès la première écoute. Si Leprest n’a pas eu la reconnaissance du public qu’il méritait de son vivant, il fait partie de ces artistes qui suscitaient quasiment l’unanimité auprès de ses paires. Tout comme l’immense interprète qu’est JeHan, depuis plus de 20 ans. Et quand JeHan rejoint Leprest, mec, t’es même pas mort.

C’est ainsi qu’on se plonge dans ce disque, avec l’envie d’autant être bercé par les souvenirs que par l’oubli. Tout d’abord, un rapide coup d’œil au manteau : 12 chansons, 12 titres, 12 gueules cassées et magnifiques, 12 tranches de vie si bien arrangées en rimes.

Couchées sur le disque, on retrouve certaines des plus belles chansons du grand parolier de génie, s’il est possible d’en faire sortir quelques-unes de l’œuvre complète et colossale de l’homme à la gitane.

Êtes-vous là impose d’emblée un constat : le choix de jouer les chansons avec un simple accordéon est payant, dans la veine du premier cd que Leprest avait enregistré avec Richard GallianoJeHan & Lionel Suarez semblent répondre à Leprest & Galliano, tout en poésie au détour de quelques vers : « Êtes-vous là ? Vous êtes là, dans vos guenilles de gala [..] j’en reviens suspendre mes bras, à vos cous de merles moqueurs ».

C’est peut-être est peut être une des plus belles chansons du 20ème siècle, il fallait oser la coucher sur ce disque. Encore une fois les bretelles et la voix la respecte, et la font rouler sur des chemins bossus où elle ne s’était encore jamais aventurée.

J’ai peur, ou comment faire ressortir le génie de cette écriture de la manière la plus fidèle possible ? En se mettant à nu. Dans un style qui détonne par rapport au reste de l’album, JeHan s’offre aux mots de Leprest, sans musique, avec cette voix rauque et étourdissante qui officie depuis plusieurs décennies.

Non, définitivement « Leprest, pacifiste inconnu » n’est pas un album de reprises, c’est un album d’interprétation et de cœur, c’est plus qu’un hommage, ce sont deux bras d’honneur à la mort, quatre bras ouverts à la vie.

Les deux artistes nous gratifient encore des désormais célèbres Rue BlondinJe ne te salue pas ou encore Où vont les chevaux, qui a fait récemment l’objet d’une magnifique tournée d’Yves JamaitRomain Didier et Jean Guidoni.

C’est ce qui marque avec les chansons de Leprest, chacun peut s’en faire le peintre à sa manière, et les deux expressionnistes le temps d’un disque les peignent pleines de couleurs, de formes et de chaleurs différentes. Décidemment ça fait du bien.

Puis l’album défile et la mémoire vient se frotter à certains titres. Même en connaissant sur le bout des doigts l’œuvre de celui qui aurait pu être l’homme à la pie, on s’interroge.
Que nous préparent les deux musiciens ? 14/18Aimer c’est pas rienVa-t’en jouer dehors… Leprest a toujours vécu de manière simple, et son œuvre est d’autant plus colossale qu’elle est jonchée de textes, de poésies, de chansons, écrites sur un coin de nappe et données à un ami, une connaissance. C’est une surprise merveilleuse que JeHan & Lionel Suarez offrent à la chanson. Après un travail de recherche auprès des amis de Leprest, les deux hommes ont pu dénicher des textes jamais mis en musique, et les ont mis en chanson sur un plateau, sur une épopée.

Entendre des inédits de Leprest, plus de quatre ans après qu’il ait entamé un nouveau voyage, donne du coffre à ce disque, et en fait un objet rare.

« Mec il fait nuit, t’es là sur ta chaise et la vie / n’est jamais autant là que quand tu fais le mort / avec juste la voix de ta main qui écrit.»

Mec merci à toi pour tes mots, et bravo à JeHan et Lionel Suarez d’avoir fait rejaillir le cri Leprest dans un élan sublime, et pour encore un moment.

Alors non, Leprest n’est pas mort, tant que sa poésie vit sur les scènes de France et se forge de beaux ambassadeurs. À commencer au studio de l’Ermitage, le 27 janvier prochain, où Le Musicodrome sera présent, pour la beauté des mots.

Clip « Trafiquants »

FICHE TECHNIQUE

Tracklist

1. Trafiquants
2. Êtes vous là ?
3. Va t’en jouer dehors
4. C’est peut être
5. Rue Blondin
6. Je ne te salue pas
7. On leur dira
8. Bien avancés
9. Où vont les chevaux quand ils dorment ?
10. J’ai peur
11. 14/18
12. Aimer c’est pas rien

Album : 1er
Durée : 48 min
Sortie : 18 janvier 2016
Genres : Chanson française

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