Maintenant que la ligue des moules féroces est constituée, le réveil de la force s’est confirmé en avril dernier avec le « Gros gâteau » d’UltraMoule. Une nouvelle façon d’appréhender le monde qui nous entoure avec une saveur à la fois piquante et sucrée.
En 2022, UltraMoule signait son premier album avec « Le retour » : entre électro, rap et état d’esprit contestataire, le trio originaire de Lyon avait déjà bien secoué la scène alternative. La dénonce des violences faites aux femmes, la sexualisation de la société, la masculinité toxique et autres sujets discriminants y occupaient une belle place.
Sur « Gros gâteau », UltraMoule revient donc avec un album plus long, 11 titres pour pratiquement 40 minutes, et de nouvelles choses à raconter. La découpe de ce « Gros gâteau » débute avec une belle part de furia sur La folia : des textes fracassants pour mettre en lumière toutes ces libertés volées, la rage au ventre, et surtout les reconquérir. Ce démarrage donne des frissons : la douceur du violon laisse la place à une hybridation de l’environnement, on sent la fournaise couver, la dégustation a bel et bien commencé !
Il faut dire que l’ADN du groupe, c’est un activisme féministe politique qui est complètement décomplexé et qui est là pour faire bouger.
Soupe miso reflète bien l’état d’esprit d’UltraMoule : derrière cette facette électro/rap, cela fait valser les woks pour mettre à mal le tradi, le bon franchouillard, pour surtout cracher dans la recette concoctée par le RN. C’est l’ingrédient magique d’UltraMoule : manier les goûts et les saveurs de manière subtile pour nous proposer quelque chose d’épicée et trancher les sales idées.
N’allez pas croire qu’UltraMoule joue des subterfuges sur son disque pour éviter de prendre des sujets importants à bras le corps ! Sur la chanson Ni una mas, le refrain est clair, « pas une de plus, mais un de moins ! ». UltraMoule dégaine un brûlot électronique contre des féminicides qui ne devraient plus exister.
Dans cette mouvance électronique marquée, Dig up the shit se fait remarquer : la sueur nous enveloppe, le mot d’ordre est clair, « il faut creuser pour pas crever ! ». Plus loin, Patriar pitalisme joue bien sur les mots et c’est le mode digestion (ou indigestion s’il faut être précis) qui prend le dessus avec le patriarcat (ou patriarcaca serait-on tenté de dire !). UltraMoule sait manier la langue et ils se jouent aussi des sons, cela se digitalise un peu plus mais leur conviction est intacte : les choses bougent lentement que l’inverse aurait été surprenant !
UltraMoule défriche les influences, les mélange, et veut aussi changer la norme. En passant en mode râpeux, UltraMoule part défendre tout ce qui peut être rasé, « ni les touffes ni les forêts », sur le morceau Foraie justement. Soucieux de défendre le droit des femmes, UltraMoule en profite pour placer un frontal à tous ceux qui font changer de trottoir les personnes discriminées. L’artillerie lourde est donc de sortie sur La rue est à nous !
Ce qui est intéressant avec UltraMoule, c’est que le groupe n’a pas forcément misé sur l’intensité pour accompagner la violence des thématiques abordées. Lui qui n’hésite pas à intégrer le violon ou du violoncelle sur ses compos, il va y avoir plusieurs tours de force réalisés : Tentacules, sur un nappage électronique, nous met quasi sous emprise pour évoquer les relations toxiques et les personnes qui y sont enfermées. Aussi, O Séant, plutôt pop/électro, nous amène sur le sujet du consentement qui vient s’écouter dans du velours. Ce qui est sûr, c’est qu’il est difficile de mettre une étiquette musicale sur le groupe : leur univers est riche à souhait !
A l’image de Sainte-Saline, « on n’éteint pas la colère ! », le cap est mis sur les Deux-Sèvres pour panser des blessures du passé qui existent malheureusement ailleurs sous un étendard électro/rock. Et rien ne vaut un Arc-en-c.iel, un finish comme une ode au sexe pour il, pour elle, pour i.el, très électro/poppy… Bref, il ne reste plus une miette de ce « Gros gâteau » !
Vous l’aurez compris, UltraMoule ratisse large, frappe fort et surtout juste ! Le nouveau disque est sorti sur l’excellent label lyonnais Jarring Effects et il se retrouve chez tous les bons disquaires.
UltraMoule, « Gros gâteau », 11 titres (39 minutes), disponible depuis le 29 avril 2026 chez Jarring Effects.
