Chronique

Moussu T e lei Jovents « Navega ! » (2016)

29 septembre 2016, Aiollywood
Moussu T e lei Jovents Navega!

Cela ne devait être qu’un side project éphémère mais l’accueil du projet Moussu T e lei Jovents a finalement eu raison d’eux : Tatou et Blu, deux membres issus du Massilia Sound System, continuent de tracer leur route dans un sillage blues/world occitan. Ils présentent d’ailleurs avec toute la joyeuse bande leur septième album studio. Avec ce « Navega ! », les voilà bien embarqué !

Les sorties en mer proposées par Moussu T e lei Jovents sont souvent immanquables. Depuis près de 12 ans, le groupe voyage aux détours des continents et des cultures pour chanter l’Homme, ses traditions, ses luttes et ses petits plaisirs. Au fil des albums, chaque parcelle de terre a été contée, d’un simple boui-boui en passant par le bout du quai, ou alors pour raconter des histoires de La Ciotat ou encore de Marseille.

Depuis qu’il prend un peu moins le micro en tant que MC du Massilia, le moussu ne chôme pas : bien accompagné par Blu (banjo, guitares), Souba (basse, contrebasse, scie musicale), Stef Lo Délik (percussions) et Denis Lo Bramaire (batterie), il a contribué à ce que ce « Navega ! » revêt un habit de lumière. Plus qu’un simple cd, ce nouvel opus est un livre-disque de 48 pages couleurs, et c’est d’ailleurs Blu qui est derrière le pinceau ! Vous y retrouverez les paroles (originales) illustrées, leur traduction en français (et en anglais) ainsi qu’une ribambelle d’anecdotes à découvrir tout au long de la lecture. Original !

Du côté de la musique, « Navega ! » marque un changement de cap dans le groupe : embarqué dans ces fameuses opérettes depuis plusieurs années pour faire revivre les classiques marseillais des années 30, Moussu T e lei Jovents a choisi d’asseoir ses influences rock, en particulier blues, pour prendre le large. Jamais un album n’a autant résonné « rock » et suintant ! En revanche, n’allez pas croire que le groupe a choisi la facilité : il continue d’y mêler des envolées trad’ et world, domptées par le banjo, et de laisser une place de choix à l’occitan.

Vaici Marselha, symbole de cet équilibre millimétré entre blues et banjo, dresse le portrait de la belle bleue. Rongée à la racine, Marseille est dépecée ; ses entrailles jetées dans les quartiers Nord. Au milieu de ces maux, la froideur du monde se dévoile. Réveillant les rêves, elle nous fait même prendre le large : Au mitan de la mar, pesant, est pourtant un condensé d’espoir qui percute sans ménagement. Conscient d’une réalité qui finit toujours par nous rattraper, Moussu T s’offre pourtant un bain de jouvence, Qu’es bon, un rhum blues/percussion, pour rester alerte des couleuvres qu’on cherche à nous faire avaler.

Dans une atmosphère qui se réchauffe, la marmite se met à bouillir, les guitares explosent sur La balada d’Henri Diffonty, résistant originaire de La Ciotat fusillé par les nazis, héro d’un autre temps.

« Ma mie a la bouche aussi rouge que le drapeau du combat / Henri est mort à la bataille, là-haut pour la liberté »

Si les combats ont bien traversé les époques, Moussu T e lei Jovents a toujours prôné des valeurs cosmopolites en véritable citoyen du monde. En proposant un hommage vibrant à Louise Brooks (Louise B.) aux envolées siciliennes et cuivrées appuyées par Sam Burgière des Ogres de Barback, les mots font mouche. Ce n’est pas en ressaçant quelques souvenirs de Liserons d’enfance que le groupe déroge à la règle. Emprunt de nostalgie, les « témoins de confidences (…) et de baisers volés » sonnent le glas d’une époque révolue qui est vite balayée par Tretze nuechs ambé Misé« e mandar tot cagar ! ». Sur terre ou sur la mer, en ville ou en famille, l’étendard reste bien Cosmopolida !

Même si la griffe blues est moins en avant sur ces précédentes compos, il est toutefois nécessaire de rappeler comment Moussu T e lei Jovents envoûte à travers ses balades au banjo. Aquo mi fa nau est un véritable bijou, triste à en pleurer, triste des réalités qui nous frappent de plein fouet.

« Sur les murs des écoles y sont inscrits trois mots / ceux de la République et de ses idéaux / pour une vie tranquille, sans peur des lendemains / mais lorsque je regarde les enfants dans la cour / se jeter des cailloux, ces mots ne servent plus à rien / ça me fait mal, ça me fait mal, ce pauvre monde me fait mal »

Rattrapé par le temps et face à ce monde qui ne tourne plus rond, l’homme navigue au gré des souvenirs des Grues ou auprès de ceux qui partent en mer tôt le matin (Navega !). Les traces du passé qui sculptent le paysage ne sont pas dues au hasard et il faut parvenir à les comprendre. Moussu T e lei Jovents, avec toujours autant de sincérité et de générosité, propose d’en partager quelques unes avec vous. La fête rencontre la lutte, les pleurs flirtent avec l’amour. La mer est ouverte à tous…

Clip « Cosmopolida » Moussu T e lei Jovents

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1. Cosmopolida
2. Tretze nuechs ambé misé
3. La balada d’Henri Diffonty
4. Liseron
5. Vaici Marselha
6. Aquo mi fa mau
7. Au mitan de la mar
8. Grues
9. Qu’es bon
10. Louise B.
11. Navega !

Durée : 38 min
Album : 7ème
Genres : World / Blues
Label : Manivette Records
Dates de la tournée : FB

Articles affiliés :

la phaze nouvel ep 2020

La Phaze « EP » (2020)

2 juin 2020
chronique slumb reset ep 2020

Slumb « Reset » (2020)

17 juin 2020
Leila Huissoud auguste album 2018

Leïla Huissoud « Auguste » (2018)

11 octobre 2018

Pas de commentaire

Donnez votre avis

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Conception & réalisation : Cereal Concept