Chronique

Massilia Sound System « Sale caractère » (2021)

16 juin 2021, Aiollywood
chronique massilia sound system sale caractère
Temps de lecture : 5’00

Dans un printemps morose marqué par la crise sanitaire, la bande du Massilia Sound System est revenue avec une sacrée annonce à partager : le 4 juin 2021, « Sale caractère » viendra apporter du baume au cœur en devenant tout simplement le 10ème album studio du groupe. Plus de 30 ans après leurs débuts, les marseillais ont encore des choses à dire. Même si l’enregistrement du disque a du se faire à la maison, en 3 mois top chrono.

La sortie de « Sale caractère » a surpris son monde, il faut être honnête. Même si le fameux album bleu, « Massilia », a déjà près de 7 ans au compteur, rien ne laissait penser que toute l’équipe se retrouverait ces derniers mois pour écrire, composer et enregistrer ce nouveau disque. Le groupe, que nous avons rencontré le 29 mai à Istres (13) dans le cadre de sa ‘Répétition générale’ avant de reprendre la route, ne s’en cache pas : la vie est faite d’éclats de rire mais aussi de moments douloureux, « Un jour tu pleures un jour tu ris » comme le chantait IAM, et l’union sacrée a été faite autour du Papet qui a lancé la création de Sale caractère. C’est dans un contexte particulier, en plus d’être coincé à la ‘maison’, que le groupe s’est donc remis au travail.

Quand on lance l’écoute de ce « Sale caractère », on comprend très vite que ce disque porte en lui l’ADN du groupe et tout ce qui fait que les fidèles chourmos continuent de les suivre, et ce plusieurs générations plus tard. Même s’il a le don de surprendre à la première lecture. Il y a ce fameux grand débat sur l’usage de l’auto-tune sur un refrain qui a fait beaucoup causer sur les réseaux sociaux. Il y a surtout ce côté digital qui est omniprésent sur cette galette, dépassant de loin les influences des dernières sorties du groupe. Il y a enfin une approche plus simpliste dans la construction des mélodies et des variations de rythme qui nous laisse un peu sur notre faim 45 minutes plus tard.

Pourtant, après plusieurs écoutes, il est indéniable de reconnaître que ce « Sale caractère » mérite toute sa place dans la riche discographie du groupe : d’abord, il est le reflet de cette intarissable envie de défricher de nouveaux horizons musicaux en évitant à tout prix de s’enfermer dans une moule bien lisse et standardisé. Ensuite, ce « Sale caractère » emprunte des chemins étonnants sur lesquels Massilia avait pourtant commencé à repérer sur « Oai e libertat », en 2007. C’est juste qu’après un album ‘signature’ qui nous renvoyait presque au temps des débuts du groupe, la transition peut être perçue comme rude.

En laissant sur le bord tous les ronflants et les cagans, on comprend vite que Massilia compte pourtant attaquer pied au plancher : l’ouverture du disque, A cavalot, donne d’emblée le ton. C’est à coup d’un gros rub a dub dompté par le clavier que le son de Marseille envahit les ondes. Au fond, ils connaissent bien la recette pour ambiancer les posses : avec une belle dose de bonne humeur, et il en faut par les temps qui courent, plusieurs titres appellent à la danse ! Le suivant, Casa Massilia, est un morceau qui fera mouche, sans forcer, qui lancera à merveille un concert… ou le clôturera dans une frénésie totale. Oui, « tout ce dont tu as besoin, on peut te le donner », clame haut et fort Massilia : cuivre, accordéon et beats digitaux envoient un son de ralliement qui trouvera écho chez tous les puristes du groupe. En jouant sur les mots des titres de leurs plus grands classiques, Massilia appelle clairement au lâcher prise (il ne manquerait plus que celui-là dans les punchlines !).

Et ce côté festif, il est là, à découvert tout au long de l’album : Sale caractère, en soi, est une vraie pépite dans l’art marseillais. C’est bon d’avoir un sale caractère, il grossit peut-être le trait pour certains, mais c’est important de ne pas se laisser faire ! Agrémenté d’un tour de passe de passe entre les MCs, le tableau dépeint par Gari Greu est un régal ! A côté de cette soupe de brigues, La mouche (qui emmerde les milliardaires) va vous faire esquisser plus qu’un sourire, et ce en toute décomplexion. Si la track est assurément légère, elle a le don de rester bien en tête et d’appeler à la danse !

Mais n’allez pas penser que Massilia Sound System a perdu sa langue pour autant : sur A la rue, le portrait de Marseille, a de quoi poser question. Leur Marseille, leur idéal plus égalitaire, plus humain et plus juste, sans ce délire identitaire incessant qui n’en finit plus de prendre de l’épaisseur, a toujours été partagé par le Massilia. Une nouvelle fois, la ville est sous le feu des projecteurs et la sirène d’alarme est enclenchée, sur fond d’hip hop digital. Les valeurs phocéennes, ce socle commun qui unit tous les marseillais, s’étiole et l’apparat ne suffit plus. Les chants du Vélodrome non plus. A l’image de la société dans son ensemble finalement. Lo mercat, ode au rejet de la toute puissance du capitalisme, va remettre les pendules à l’heure dans un écrin presque oriental. Dans cette mouvance assez exploratoire niveau sonorité, Massilia va y rester encore un peu : derrière Drôle de poissons quasi nacré, le groupe tacle d’abord les dérives climatiques pour mieux dénoncer la crise liée aux migrants. Subtil.

On le sait, Massilia a toujours voulu garder l’Homme coûte que coûte au centre de ses préoccupations et en toutes circonstances. C’est un de ses principes. Et dans ce contexte actuel marqué par de nombreuses privations de liberté et de rencontres humaines, Vive la solidarité marquera au fer rouge « Sale caractère » de ce choc vécu. Avec un rythme entraînant à souhait qui ne demande qu’à être gueulé avec ses voisins de paliers, « c’est une chanson faite à la maison / qui dit que dans la vie il faut veiller sur ses amis / c’est une chanson qui dit sans façon / interdit aux conos vive la solidarité !« .

Pourtant, rien n’est jamais simple. Dans l’oreillette, Moussu T se remémore « un reggae du siècle dernier », marqué par le temps qui passe. La douceur n’est qu’apparente et c’est assis sur un banc que les questions se bousculent. Plus loin, Papet J enfonce le clou avec Tôt ou tard, morceau d’une puissance inouïe. Avec un banjo en fil d’Ariane, le poil s’hérisse sur cette histoire de vie qui malheureusement nous concerne tous, en rappelant que l’on voudrait « que la vie soit belle, qu’elle le reste tout le temps, parfois elle devient cruelle on se dit que tout fout le camp. C’est comme au jeu de la marelle où l’on avance en clotiquant, on va de la Terre jusqu’au ciel, on vit tout ça au temps présent ».

L’arrivée de Uei, pour ponctuer l’album, arrive donc à point nommé. L’occitan, toujours bien présent, nous embarque pour un morceau taillé pour le live et repartir de l’avant. Car il en faut, allez, envoie moi ça mon Selecta !

 Massilia Sound System, « Sale caractère », disponible depuis le 4 juin 2021 chez Manivette Records (13 titres, 46 minutes).

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