Le Rockstore reçoit ce soir la crème des musiques urbaines avec deux pépites : Mauvaise bouche et Yoa. Il était donc impossible au Musicodrome d’ignorer cette soirée.
J’arrive tranquillement au Rockstore vers 20h alors que le gros du public est déjà entré. En poussant la porte de la salle, je me rends bien compte qu’un mec cis de la quarantaine ne semble pas trop à sa place dans l’enceinte du Rockstore ce soir. Avec mes cheveux gris, je ne passe en effet pas inaperçu au milieu d’un public féminin assez jeune.
Mauvaise bouche est déjà sur scène et je suis très content de retrouver ce chouette duo montpelliérain. Le public est déjà bien chaud et reprend les paroles du groupe ce qui semble bien leur faire plaisir. Car le duo poursuite tranquillement son chemin depuis la dernière fois où nous l’avons vu sur scène. C’est avec son premier album en poche, La vie d’adulte, que Mauvaise bouche assure la première partie de Yoa ce soir.
Accompagnée par Smogy, Emma démontre tout son talent à la fois dans ses textes, sincères et percutants mais aussi avec son flow, tout en finesse. Mauvaise bouche, c’est un condensé de la vie unique et universelle d’Emma dans une société toujours plus polarisée où trouver sa place n’est pas toujours simple. Son public ne s’y trompe pas et reprend en cœur Noir ou Blanc, CC SAVA, Stupide avec toi ou Nouvelle copine.
Après une descente dans la foule qui lui rappelle son manque de cardio, Emma nous apprend que Mauvaise bouche jouera au Peyrou pour la fête de la musique (à noter dans vos agendas). Cette bonne nouvelle s’ajoute à leur première Cigale, à Paris annoncée pour le 2 décembre 2026.


Après cette superbe première partie, le public est chaud bouillant pour accueillir Yoa, la fameuse princesse chaos dont tout le monde parle. Me frayant tant bien que mal un passage jusqu’au devant de la scène, je sens la tension monter autour de moi. Puis c’est l’explosion quand Yoa apparait sur scène, accompagnée de deux danseuses. Premier constat, il n’y a pas de musicien sur scène. C’est peut-être mon principal reproche sur ce show. Certes, il y a du spectacle, mais quel dommage de n’avoir qu’une artiste qui chante sur une bande son quand on va voir un concert…
Mis à part cet élément, le concert est à la hauteur de tout le bien qu’on dit de cette artiste. Yoa est foncièrement sincère, très directe dans les échanges avec son public et assure un show assez renversant sur scène. Les corps sont libres, les paroles décomplexées et notre statut d’homme régulièrement questionné au cours du set.

Yoa est une féministe engagée. Ses chansons sont à son image, sans filtre. L’écoutant très régulièrement sur Nova, je suis très heureux de retrouver Contre-coeur, Matcha Queen, La Favorite (qui ouvrait le concert) ou Princesse chaos. Cette dernière chanson, titre éponyme de son premier album paru en 2025, a été produit par Olivia Merilhati, l’iconique moitié de The Dø. A ce sujet je vous conseille l’écoute d’un excellent podcast qui raconte l’élaboration de ce morceau.
Le show est très rythmé, à l’image de Yt Boy qui marque la rupture entre un début de concert assez sage à un passage en mode Dancehall assumé. Au milieu de chaos, Yoa vient se glisser derrière un piano pour Nulle puis Le Collectionneur dont les « Je te déteste ! » qui s’enchainent dans le silence en fin de morceau mettent les poils. C’est ce type de titre très direct , sans fioritures, qui permet à toutes les victimes de violence d’exorciser des douleurs enfouies, de les crier en cœur. Dans un contexte où on parle toujours plus des violences faites aux femmes, sans pour autant mettre les moyens pour s’en occuper réellement, Yoa enfonce le clou et pointe ces comportements comme dans Thelma et Louise.



La fin du concert est peu peu plus posée avec Chouchou, Chanson triste puis Princesse chaos pour un final joyeux.
Le concert se termine et, malgré cette absence de musiciens, je repars convaincu par les prestations de deux très talentueuses artistes qui donnent à la pop une couleur urbaine très moderne et engagée.
Crédits photos : Olivier Scher
