Chronique

Les Sales Majestés « Sois pauvre et tais toi ! » (2010)

27 avril 2010, Aiollywood
Critique Les Sales Majestés Sois pauvre et tais toi 2010

On ne pensait pas revoir à nouveau Les Sales Majestés sur les routes, encore moins avec un quatrième opus sous les bras. Et pourtant ! On était loin de se douter que le groupe nous préparait encore quelques surprises…

« Y’a Pas d’Amour » est bien loin. Plus de 10 ans se sont écoulés depuis leur dernier album et l’actualité des Sales Maj’ a été bien terne. Un petit best of en 2002 puis un cd live enregistré à Montpellier que tous pensaient en 2008 être comme LE concert d’adieu de ce groupe atypique. La fréquence d’un concert par an en moyenne depuis plus de cinq longues années n’avait que renforcé ce sentiment.

Quelle surprise d’apprendre en mars dernier l’annonce d’une mini tournée en France d’une dizaine de dates pour le printemps…dans le cadre de la sortie du quatrième album des Sales Majestés.

On a attendu, patiemment, cette nouvelle galette. La scène punk française nous a tellement peu comblé ces temps passés que l’on peut au moins se dire qu’elle bouge encore un peu. Quelle décadence ! Si les années 2000 ont marqué le retour de la pop au premier plan, cette décennie n’a vraiment pas été celle du punk. Le punk a son image qui lui colle à la peau : celle du reflet d’une frange de la société « marginalisée » par les médias, contestataire et dérangeante.

C’est toujours plus simple de passer du Christophe Maé, même en boucle, allant jusqu’à l’overdose. Nous sommes arrivés à un système où la culture doit rimer avec conformité et uniformité. Comme si on voulait nous forcer à une sorte d’idéal musical où, assis dans son canapé, payer un concert 50€ deviendrait produit de consommation de luxe.

La France a eu sa période punk. Elle l’a réussi, certes après les pays piliers. La Souris Déglinguée, Les Garçons Bouchers, Parabellum, Les Wampas, Les Cadavres, ou plus récemment les Tagada Jones.
Un héritage trop lourd à supporter ? Peut-être. Changement de mentalités, de façon de gouverner, de consommer, de penser. Là où des Bérurier Noir ou des Ludwig von 88 pouvaient mobiliser la jeunesse à se bouger le cul, elle préfère s’endormir devant la télévision à coups de hits sur NRJ ou MTV.

Aujourd’hui Les Sales Majestés apparaissent comme les derniers survivants de cette époque. Ils sont encore un peu craints puisque les CRS encadrent encore des concerts, n’hésitent pas à matraquer et à balancer des lacrymos dans le public (6 Octobre 2007 au Rockstore de Montpellier). Pourtant la sortie d’album s’est effectuée dans un silence radio intégral. Mais ce qui n’enlève en rien à l’image fédératrice qu’incarne ce groupe à chaque concert, de plus en plus rare.

Pour ce « Sois Pauvre et Tais Toi ! », le quatrième album en quasiment 25 ans d’existence, la recette n’a pas beaucoup évoluée : 11 titres d’une simplicité déconcertante, une durée de cd fidèle à leur habitude, toujours aussi courte (28 minutes).

Un rendu sonore de meilleure qualité que les précédents opus mais on sent bien que c’est toujours enregistré sans grands moyens techniques. Même remarque concernant le point de vue musical : répétitif au possible, peu de variante entre les compos, un punk garage côtoyant le punk rock.

Mais voilà, on pourra le souligner à chaque album des Sales Maj’ mais on ne peut pas s’arrêter à ça ! Car LSM c’est aussi Arno Futur au chant, musicalement simple et efficace, et tout aussi bien ancré dans le mouvement punk.

Après l’incontournable morceau Les Patrons (2000), le contexte économique n’a guère changé et les Sales Majestés nous le font calmement remarquer « tous des salopes, on est tous au chômage, merci la France, c’est ça ou l’esclavage… tous les jours on retourne à l’usine pour éviter qu’ils nous piquent nos machines ! ».

Les choses se durcissent sur Dégage !, dans l’air du temps, sur ceux qui exploitent les hommes et la Terre « on n’aime pas tes amis, Total et compagnie, qui polluent nos rivages et qui bétonnent nos plages » ou attaquent directement les États sur leur non-engagement contre le réchauffement climatique (Les Pollueurs).

Le titre qui se démarque de la galette restera la compo éponyme de l’album, « Sois Pauvre et Tais Toi ! » avec un rythme effréné et un Arno énervé à coup de « Oui, sois pauvre et tais toi ! Toi, la petite caissière, il n’y a que ton salaire en promo chez Leclerc. Oui, sois pauvre et tais toi ! Toi, la petite infirmière, on te les paiera pas tes heures supplémentaires ! ».

S’enchaine un joli clin d’œil au célèbre Mes Frères de l’opus précédent sur les mêmes airs de « La France est une poubelle mes frères » se transformant en « sans futur, on est sous futur, sans futur mes frères ! Eh oui mes frères, rien n’a changé, c’est toujours les mêmes enculés, crois-moi, c’est eux les vraies racailles qui ont mis tes parents sur la paille ».

Impossible de ne pas penser à Sarkozy sur les morceaux poussant la jeunesse à se rebeller pour HLM « quant vient la fin du mois on devient des hors-la-loi. Non, on n’a plus le choix : bosser, ça suffit pas » ou sur Les Vacances « eh oui il y a qu’un enfant sur trois qui part en vacances : ce pays, c’est la France ! Alors t’étonnes pas si nous on pète les plombs, si les soirs de détresse, nous, on met le feu à ta caisse… ».

En toute logique, à force de tourner autour, le titre personnalisé pour Sarko s’affirme sur Sauve Qui Peut : « Insulter mes enfants, les traiter de chenapans… quand on es président on n’insulte pas les gens ! Insulter les passants, traiter de cons les paysans, si t’aimes pas les Bretons t’as qu’à te casser pauv’ con ! ».

Même si ce nouvel album ne dégage pas de titres phares comme sur « Y’a Pas d’Amour », on ne peut que se délecter d’une galette que l’on n’attendait plus, 10 ans après leur dernier passage en studio. Un album dans l’esprit, plus que jamais, où l’on pourra entendre des petits « Punk Not Deeeead !! » pendant quelques temps encore…

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1) Tous des salopes
2) Chez Momo
3) Dégage !
4) Sois pauvre et tais toi !
5) Sans futur
6) Les vacances
7) HLM
8) Sauve qui peut
9) Les pollueurs
10) C’est pas ma faute
11) Vas-y José (live) -bonus track-

Durée : 28 minutes
Album : 4e album
Sortie : 29 Mars 2010
Genre : Punk
Production : DKP Production

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