Chronique

Mac Abbé et le Zombi Orchestra « MAZO » (2014)

29 août 2014, Aiollywood
Mac Abbé et le Zombi Orchestra MAZO 2014

Il y a des groupes qui, rien que par leur nom, méritent d’avoir une attention particulière : Mac Abbé et le Zombi Orchestra fait parti de ceux-là. Derrière ce nom loufoque se cache quatre hommes au grand cœur qui, certes complètement délurés, ont réussi à créer un monde monté de toutes pièces sur fond de chanson française, swing, rock’n’roll, de zombies et tout autre esprit cynique qui ne manque pas d’être autant accrocheur qu’entraînant. Avec « MAZO », voici que cette bande de joyeux lurons s’est offert son second album le 16 juin dernier… sous un angle original !

Livre-cd MAZO

N’allez pas croire que ces stéphanois-là sont complètement masos, voyez-y surtout un album qui porte le nom de leur création, de leur univers et, bien entendu, de leur savoureux mélange qui a d’autant plus évolué depuis leur premier essai (« Votre monde est d’enfer », 2010). Avec un nouveau line-up live avec 6 musiciens et une tournée qui n’en finit plus de grossir (plus de 300 dates en France et en Europe), Mac Abbé a atténué l’intensité musicale de ses débuts pour nous livrer-là un opus plus travaillé, plus soigné qui n’enlève en rien en leur faculté à nous embarquer, avec eux, dans leur véritable enfer.

Un enfer qui n’est finalement pas si loin de la réalité car sur Les mots dégueux, MAZO ouvre en fanfare/swing de manière admirable l’album : en tirant à boulet rouge sur cette nouvelle scène française, « nouvelle secte du politiquement correct », le Mac Abbé n’oublit pas d’où il vient mais n’hésite pas à se distinguer de ce qu’il n’est pas ! Et c’est à coups de gros clichés presque pop/rock que ces derniers ne manqueront pas de se gratiner une belle parodie de L’amour (et des homos) en guise d’amuses-bouche. Cabaret burlesque quand tu nous tiens !

Toujours animé de railleries en tout genre, il ne faut pas oublier que ces zombies peinturlurés sont aussi habités qu’un hurluberlu qui n’aurait pas la lumière à tous les étages : quelle franchise sur le déjanté Le gosse est moche, « non, n’ayons pas peur des mots ! », proche des envolées non maîtrisées d’un certain Oldelaf et quelle leçon de swing sur un des (nombreux) maux des terriens : Le con. D’une théorie malicieusement exposée à une cascade de justifications (« un cancer de l’intelligence » (…) « une connerie virale »), impossible de ne pas swinguer en compagnie de ces MAZO. Et si vous ne mettrez guère de temps à taper du pied comme un dingue à réveiller les morts : avec contrebasse, piano, synthé, orgue, tuba, trombone, clarinette et autre ukulélé, la formation traditionnelle ‘rock’ s’en retrouve ainsi survitaminée par l’extrême polyvalence des musiciens ! Digne d’un appel hurlant des catacombes, Debout les morts (« réveillez-vous ! »), sous ses airs de rockabilly, lance un dernier appel aux zombies de notre société : des « zombies de supermarchés qui déambulent dans les rayons, poussent lentement leur cadie, avec des merdes en promotion et des légumes bientôt pourris… » aux « zombies lobotomisés qui restent coincés devant la boîte à con », tout y passe.

Sorte de fusion musicale entre plusieurs prodiges (Tim Burton, Desproges, Vian), MAZO dresse, toujours avec malice et humour, le véritable portrait de l’homme moderne (le Radin… et ses envies d’évasion fiscale) ou une solution radicale pour préserver notre ressource en eau : Alcool… « mais il faut en boire beaucoup ! ».

Teinté d’ironie et de savoir vivre, le Mac Abbé et le Zombi Orchestra ne s’arrête pas en si bon chemin : en jouant sur les mots en costumes de skateux, Crédule renvoie la balle aux traditionnelles danses morbides dont MAZO aime toujours se délecter. En déclarant sa flamme à sa Petite tumeur, MAZO réalise un véritable tour de force avec des textes aussi effrayants que réalistes : emporté par le piano, enivré par les cuivres, « ma petite tumeur, mon petit cancer, mon petit lardon, mon petit bout de chair… », les notes sonnent le glas d’une invitation livide, aux mots aussi terreux qu’ils en sentiraient le soufre. S’il fallait surtout oser une telle compo, MAZO va même s’offrir le scalp d’une offrande suprême : si toutes les choses ont une fin, il y a toujours la place à un dernier tour de piste ! C’que t’es belle, ultime appel à la vie au teint blafard vire pourtant au rouge. En véritable bourreau des coeurs, MAZO fait un nouveau carnage : « c’que t’es belle sans ta peau, sans tes yeux, sans tes ongles… » et, fusil à la main, réussit à entraîner les témoins du massacre dans une escapade nocturne groovy !

Car dans cette horde de chiens affamés, Mac Abbé et le Zombi Orchestra aura bel et bien réussi son tour de passe-passe : « n’ayons peur de rien, soyons désinvoltes ! » comme disait l’autre, et MAZO s’est transformé en véritable meute de rock et de swing cuivré qui avance à découvert ! Les textes, à la plume habile, flirtent le sarcastique, tutoyant l’art du décalage dans un univers sordide qui ne demande qu’à s’écouter et surtout se regarder.

Et en plus de leur incroyable faculté à transformer les live en un véritable spectacle, le Mac Abbé et le Zombi Orchestra a prolongé un peu plus loin l’aventure sur son second album : « MAZO » n’est pas qu’un simple cd, le groupe s’est entouré de Marie Avril (illustratrice) ou encore de Romain Lubière (graphiste) afin de proposer un format original sous forme de livre-disque illustré de près de 70 pages qui réserve son lot de surprise ainsi que d’autres créations numériques. D’un site décalé dédié à la communauté zombie en passant par un grand jeu de piste semi-virtuel qui va débuter dès cet automne, le Mac Abbé et le Zombi Orchestra n’a pas fini de faire parler de lui…

Teaser live – tournée 2014/2015

FICHE TECHNIQUE

Tracklist

1. Les mots dégueux
2. Debout les morts
3. Le gosse est moche
4. C’que t’es belle
5. Radin
6. Le con
7. Prélude
8. Depuis qu’je vends
9. Crédule
10. Alcool
11. Petite tumeur
12. La fabrique de monstres
13. L’amour
14. La quête

Album : 2ème
Durée : 43 minutes
Genres : Chanson / Swing’n’roll
Label : Carotte Production
Groupe de : Saint Etienne
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