Chronique

« Le cri des fourmis » : Iaross passe un nouveau cap, avec brio.

11 avril 2017, P'titBapt

Nous avions laissé le trio montpelliérain lors d’une soirée en compagnie des Têtes Raides, et un deuxième CD qui nous paraissait déjà très mature, très textuel et mélodieux, avec un style nouveau et revigorant. Fort d’encore plus d’expérience, le groupe propose aujourd’hui son nouvel album, « Le Cri des fourmis », comme un prolongement de «Renverser», pour un rendu qui nous amène à une conclusion évidente : il va falloir sérieusement compter sur Iaross, à partir d’aujourd’hui, au cœur de la chanson française.

Nous avons découvert cet album par les textes, par ces 13 textes qui ne laissent jamais indifférent pour peu qu’on leur prête l’oreille. Trace ouvre l’album, pour une introduction plutôt gaie, où d’emblée le violoncelle montre l’amplitude de sa mélancolie, et sa manière d’accompagner à merveille les claviers et une batterie qui sait se faire violence en chuchotant à l’oreille des paroles :

« De cheminée en cheminée / Je prends la poudre / J’prends le temps de coudre / Recoudre le cœur qui coule / Voir les rêves se plier / Voir les rêves se briser / S’balancer / S’déchirer »

Chiens de garde, Exit, Comment marcher droit… Les chansons osent répondre à la folie du monde, osent se montrer révoltées, plus sur le fond que sur la forme. La musique ne brûle pas les oreilles, elle accompagne les poésies causant du monde, en laissant se succéder claviers et guitares, le mot est toujours juste. L’une des choses qui frappe à la première écoute, à la seconde… c’est l’interprétation de Nicolas Iarossi à la voix. C’est sans doute ce qui marque le plus par rapport aux derniers albums, l’émotion transmise par la voix laisse pantois, et oblige à se plonger dans chacune des chansons. Ce juste équilibre entre parlé et chanté, sillonnant tantôt le slam, tantôt le chant, est d’une rare finesse.

« Tous ces visages retenus / dans un rivage cartonné / Au fil d’image aperçues / Dans une tête cloisonnée / On voit des villes superflues / de carnavals capitonnés / de sympathisants reconnus / Dans des rouages effrénés / exit /  Tous ces visages amoindris / Dans des ruelles en chantier / Tous ce vacarme qui appauvri / Le grand marasme liberté / Et les caresses mélancolie / Au temps où tout est pauvreté / Sur les repères de l’ennui / Le reste des murs abandonnés / Exit »

Tantôt complice, tantôt désabusé, le trio nous livre parfois ses angoisses, sa profonde remise en question de la marche que suit l’humain. Faut pas rêver se révèle terrible de désespoir. Léo Ferré assurait que « Le désespoir est une forme supérieure de la critique, pour le moment nous l’appellerons bonheur ». Ce disque, dans cette matrice, est un véritable moment de bonheur, même s’il nous force à l’écoute attentive, à la remise en question permanente et à l’envie de se laisser aller.

L’album se clôt sur le brumeux et angoissant  Nous nous sommes perdus, assidu au comptoir des chansons mélancoliques et interrogatives, où l’enrobage musical prend peu à peu le dessus, toujours en laissant le texte poursuivre sa marche en avant. La conclusion de ce « Cri des fourmis » nous conforte dans l’aperçu global de l’album, le mot est juste et touchant, la révolte dans ce monde où l’homme se perd imbibe la chanson, au travers d’une poésie qui coule, et s’en va torturer ceux qui se remettent en question.

Assurément, le trio a changé, a grandi, et ose maintenant sans crainte s’attaquer à de la mise en musique d’une poésie qu’il faut savoir apprivoiser, dans laquelle il faut se jeter pour pouvoir s’y retrouver. Entre rock, jazz et chanson, le groupe ne cherche pas à rentrer dans des cases, grand bien lui en fasse, imbibé de ces divers monde, « Le cri des fourmis » est un véritable petit bonheur auditif et cognitif, et mérite d’être largement découvert. Ses chansons, épurées et pleines, sont la preuve que les trois jeunes hommes sont dans le bon chemin, le leur, celui qu’ils tracent en marge de tout ce qui existe actuellement.
Un album d’une heure, sans déchets, avec une armature en acier pour combattre par les mots, pour mettre un peu de couleur musicale dans ce monde. Iaross a réussi son pari.

FICHE TECHNIQUE

Titres
1. Trace
2. Chiens de garde
3. Exit
4. On va brûler
5. La colère
6. 14 14
7. Jamais rien de revient
8. Comment marcher droit
9. Comme chaque nuit
10. Tes pas
11. Courir
12. Faut pas rêver
13. Nous nous sommes oublies

Durée : 62 min
Discographie : 3ème
Sortie :  29 mars 2017

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