Chronique

Dubamix « Camarades » (2020)

5 mars 2020, Aiollywood
dubamix camarades album 2020
Temps de lecture : 3’50

En ce froid jeudi de mars, quoi de mieux qu’un brûlot faisant frétiller nos sens ? Dubamix compte depuis le 1er mars un nouveau compagnon de route, « Camarades », et il semblerait que l’artiste soit toujours aussi chaud pour nous faire aller de l’avant. Avis aux contestataires, façon dub rouge et noir. Mais pas que.

Faire de la musique contestataire est souvent associée au punk hurlant, au rock rugueux, au rap corrosif ou encore au reggae métissé appelant à ouvrir les frontières. Derrière ces gros stéréotypes du genre, il y a un beatmaker qui a réussi à faire son trou sur la scène dub hexagonale et il s’est offert une place de choix en restant fidèle à l’auto-production. Ce n’est pas rien ! Dubamix, alias Grégory Benzekry, a réussi à façonner son identité, celle d’un artisan du dub militant. Beaucoup de puristes du genre sont tombés, à l’époque, sur le deuxième album assez déroutant de Dubamix, « Pour qui sonne le dub », sorti en 2014. C’est donc 6 ans plus tard -et deux maxis après- que son digne successeur déboule, en mode long format, avec un titre aussi évocateur que le précédent, « Camarades ».

L’artiste a pris le temps pour sortir sa troisième galette mais il n’a pas fait les choses à moitié : au programme, ce ne sont pas moins de 17 titres (pour une durée d’1h13) qui envahissent les ondes, avec une dizaine de feat. en renfort. Et à l’image de ces derniers, on sent bien que Dubamix a décidé d’ouvrir ses chakras pour continuer l’exploration de soi-même et de ses penchants musicaux. Ceux qui s’intéressent au monde de la musique, à son côté underground ou alternatif, ne pourront qu’acquiescer le fait que lorsqu’un musicien fait la musique qu’il veut, celle à laquelle il aspire et s’y reconnait, c’est déjà un acte militant. La liberté passe d’abord par la liberté de créer et ensuite de véhiculer un message. Dubamix se complait dans ces deux actes et « Camarades » en est un joli symbole.

Une seule écoute suffit pour comprendre que Dubamix a poursuivi son travail de fourmis de défrichage du dub et le titre d’ouverture, éponyme, est une invitation à rentrer dans cette danse révolutionnaire, une main tendue pour partir ailleurs, entre Orient et influences trad’, avec une bonne dose de vitamines pour attaquer ce disque en forme. S’ensuivra ensuite un voyage aux quatre coins de la planète car, finalement, les luttes peuvent éloigner l’Homme mais aussi le rapprocher de son voisin : Solidaridad, appelle au rassemblement contre toute les formes de racisme et d’intégrisme, avec un combo au chant puissant Lenguarleta/Mal Elevé armé d’un reggae/dub humaniste.

La convergence des luttes comme maître mot, Dubamix va donc aborder des thématiques qui le tiennent à cœur en ameutant des featuring de premiers choix pour se dresser contre l’oppresseur : la cause féminine et la liberté, forcément, brillent de mille feux aux côtés d’une Marina P en grande forme avec La lega, un grain de sel latino qui décoche un hymne roots qui devrait en faire bouger plus d’un. Dans un registre plus proche de la grande époque de Madness, The rebel girl se pare d’un rocksteady accompagné par Fred Alpi… en bousculant l’univers musical de Dubamix. Sacco e Vanzetti en est d’ailleurs le meilleur exemple avec un hit incontestable de l’album. Ce track revêt multiples facettes et on ressort presque essoufflé de ces 5’30 de sons : sur la toile reggae s’agite les couleurs de l’anarchisme, ode à Nicola and Bart (sample de Joan Baez) -les deux condamnés à mort pour leurs idées-, avec un flambeau transmis au corrosif Drowning Dog, pour rappeler que les choses n’évoluent pas vraiment…

Rock, reggae, dub et aussi rap font plus que bon ménage. L’album bascule, Dubamix repousse les limites. Salomé, rappé par Shema, mélange Game of Thrones et Peter Doherti, mais parle surtout d’espoir et de sursaut, boosté par les basses, presque trap. La rébellion par la prise de parole, Dubamix n’hésite à proposer des instru oldschool pour assoir ses envies d’ailleurs, comme sur Foutaises (avec Stratégie de Paix et L’1consolable) ou sur un entêtant Front international (avec Brava) qui se met subitement à skanker !

L’art de mélanger les styles, croiser les mondes, sans se soucier des codes, Dubamix l’a bien compris et en fait une force sur « Camarades ». Il n’oublie pas cependant la fournaise dub qui l’habite en lâchant du lest : il s’est gardé de nombreuses pistes pour continuer à dialoguer avec son auditoire, comme auparavant, par l’intermédiaire de samples finement choisis. Sur Stonewall, en deux parties, l’amour pour le dub steppa de Dubamix revient au premier plan, et il a choisi de mettre en musique les premières Gay Pride américaines des années 70’s. La piste s’achèvera sur des notes plus electro, limite club, plus modernes, en renvoyant au passé les déboires associées.

Entre un hommage dub/tzigane sur Djelem Djelem et une virée presque jazzy sur Initials RBB avec Krak in Dub, Dubamix s’offrira un dernier aller-retour qu’il est indispensable de composter : Welcome, avec Joke, place la crise des migrants au cœur de ce nouveau périple en deux parties. Avec un reggae cuivré pour rentrer dans le débat, il fallait bien une dizaine de minutes pour tenter de trouver des solutions, s’insurger, partir en drum’n’bass/hardteck et faire sauter le système actuel. Welcome !

Choisis ton camp camarade.

Dubamix, « Camarades », disponible depuis le 1er mars 2020.

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