Chronique

« Allaxis » Kaly Live Dub (2013)

16 décembre 2013, Aiollywood
Allaxis Kaly Live Dub

A présent quatuor, Kaly Live Dub espère bien, en 2013, enfoncer le clou avec « Allaxis », son sixième album. Sorti il y a tout juste 3 mois, « Allaxis », du haut de ses 10 titres, n’en a pas fini de faire parler…   

On reproche souvent aux groupes de ne pas faire de choix ou, justement, de se renfermer dans des influences pré-établies. Les lyonnais de Kaly Live Dub, grand nom de la scène dub française aux côtés de leurs potes d’High Tone chez Jarring Effects, reviennent donc trois ans après leur double album « Lightin’ The Shadows », avec une nouvelle galette bien plus brute, bien plus condensée que ce qu’ils nous avaient proposé jusqu’à présent. Exit les près de 70 minutes de son qui permettaient de voir la face sombre et la face roots de KLD, place à présent à 10 petits tracks bien rangés sous un couvert de 39 minutes. 10 morceaux renfermant, surtout, une brutalité que l’on avait entrevu en 2008 sur un certain Ravmone.exe de « Fragments ». De la facette passagère insufflée par Uzul se révèle à présent un véritable monstre, bien actuel, qui entrevoie même les éventuels futurs traits des laisse même entrevoir la future silhouette des Kaly.

Peu importe, à l’heure de la mutation de la musique, la durée d’un nouvel album n’est pas ce qui retient mon attention en premier : un album peut durer une bonne heure et la qualité, elle, peut se concentrer sur, seulement, quelques minutes. Alors arrêtons les railleries inutiles.

Avec « Allaxis », Kaly Live Dub n’eut pas besoin de rallonge temporelle pour montrer la voie : à l’aube de 2014, le dub lyonnais tombe le masque, fuit les contrées originelles de l’ethno-dub pour basculer du côté obscur. Violence rime avec fureur, stupeur s’apparente à déchirure, le titre éponyme d’Allaxis, donne le ton : les machines prennent le contrôle et l’étendard est hissé. Il est noir, noir comme une nappe dubstep qui envelopperait l’air. Ici, on sent une griffe de « Out Back », dernier opus studio d’High Tone, recroquevillé dans ses derniers retranchements. Là où dub, dubstep, electro et hip hop s’entrechoquent dans une fournaise prenante, on frôle le brostep saturé prêt à exploser (Find us). Kaly Live Dub emprunte-là des chemins soumis à très forte pression.

Puissance digitale et envolées saccadées (No more dread), les lyonnais n’hésitent pas à quitter leur registre mais sonnent par moments réchauffés. A force d’user et de malmener des samples plutôt industriels, on finirait même par se demander où est-ce-qu’ils comptent bien nous amener… (Chord note, Pack ice). Nouveau virage musical ou fusion des différents side-projects des membres ?

Pourtant, lorsque Kaly Live Dub parvient à sortir de l’orage, d’autres allées apparaissent : en gardant en bouche ces saveurs résolument dubstep, le groupe revient à des sonorités plus familières du dub, notamment avec l’apport de Learoy Green. Que ce soit sur un dub plus ethnique et bien plus calme (Can i make a wish ?) ou un planant No bother jump, Kaly Live Dub montre qu’il sait encore maîtriser les recettes vieilles comme le monde. Mais cette recette, sans cesse modifiée au cours de l’album, n’en finit pas de changer de tournure : il y a des ingrédients qui cassent littéralement l’équilibre de l’album (Enjoy), ou plutôt, de manière générale, on a du mal à suivre le fil directeur de l’album.

« Allaxis » est donc une cuvée brumeuse où les beats surpuissants résonnent dans un ciel menaçant. Comme si leur dub allait sonner l’apocalypse, Kaly Live Dub s’est paré d’une cape noire, étonnante, assez inhabituelle au vue de leurs précédents albums. Défrichant le dub traditionnel avec de nouveaux apparats, les lyonnais ont pris un réel risque musical sous la nouvelle ère d’Allaxis. Un risque qui marque une certaine rupture musicale avec un dub viscéral et puissant, dompté par les machines, mais aussi éclaboussé par de nombreux apports industriels qui donnent, aussi, une impression de déjà-vu aux oreilles. La puissance, elle, est bien là, la surprise de la première écoute, elle, s’estompe lors des suivantes.

La métamorphose a commencé, le terme Allaxis n’est qu’un synonyme. L’abeille de Kaly Live Dub sur la pochette annonce-t-elle ce revirement musical ? Si c’est le cas, elle est intéressante, mais sans aucun doute, elle reste inachevée.

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1. Allaxis
2. Run and go hide (feat. Learoy Green)
3. Chord note
4. Can i make a wish ? (feat. Learoy Green)
5. Find us
6. Enjoy
7. No more dread
8. No bother jump (feat. Learoy Green)
9. Pack ice
10. Run and go dub (feat. Learoy Green)

Sortie : 16 septembre 2013
Durée : 39 minutes
Album : 6e album
Label : Jarring Effects

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