Chronique

Les Sales Majestés « Droit dans le mur » (2017)

4 mai 2017, Aiollywood
Les sales majestés droit dans le mur album

7 avril 2017. A un mois près, le nouvel album des Sales Majestés aurait (presque) pu avoir l’air d’une providence puisque c’est bien en ce 7 mai que la France connaîtra son nouveau président. Inutile de rêvasser, les keupons nous avaient déjà annoncé la couleur et ils avaient bien raison : quoiqu’il arrive, nous allons « Droit dans le mur ».

A seulement trois jours du second tour des élections présidentielles, quoi de mieux qu’une petite plongée en eaux troubles pour respirer un bon coup ? Attention, « eaux troubles » ne va pas dire dans « les bas fonds », ceux envahis par la peste brune qui attendent sagement leur heure. Ici, en à peine 32 minutes, LSM se chargent de repeindre le monde en noir. En noir, car on est quand même mal barrés, faut bien l’avouer.

Avec Stéphane Buriez aux commandes, ce « Droit dans le mur » s’inscrit musicalement dans la continuité de « Ni Dieu ni maître ». Ce nouvel opus est un poil plus lent, moins rentre-dedans que la précédente galette qui avait une sacrée griffe Bérus à l’oreille. Si la révolution n’aura pas lieu dans le casque, le groupe ne compte pas rater la moindre occasion pour remettre les pendules à l’heure avec tous les technocrates/fascistes/extrémistes et consorts qui nous entourent.

D’abord, ils règlent leur compte avec Hollande, histoire de ne prendre personne au dépourvu : en guise de soutien au mouvement de grève générale contre la loi Travail, Les Sales Majestés avaient sorti un nouveau morceau en 2016, Flamby. En déclarant « nous, on n’aime pas les menteurs qui veulent faire de la jeunesse de la chair à patron », le groupe n’avait pas hésité à dire les quatre vérités au président sortant. Le tout sans aucune concession… mais avec un punk bien affûté !

Lancé tambours battant, le disque s’aiguise à souhait : il n’y a guère d’espoir (No futur) et on retiendra que, dans ce grand folklore mondial, le chaos est partout. Les guitares sont lourdes, les riffs bien pensés, et l’excellente (mais malheureusement réaliste) Où est-il possible de vivre ? résonne dans une atmosphère glaciale. La France, pays de libertés, pays de notre enfance, se met alors à vaciller : « moi j’habite un pays où les patrons sont rois / et les lois sont passées à coup de 49.3 / bientôt les travailleurs n’auront plus aucun droit / c’est le salaire de la peur, le salaire de rigueur » (C’est la France).

Toujours aussi revendicateurs, Les Sales Majestés ne s’avouent pas vaincus (La lutte des classes) mais ils gardent une vision assez sombre de notre futur proche. Le débat entre la marine et Macron, clownesque, en dit long sur l’ambiance nationale qui règne dans le pays. A l’image du titre de l’album, LSM sont tout à fait lucides sur ce qui nous attend à court terme : « Droit dans le mur, droit dans le mur, avec Marine la dictature ! Droit dans le mur, droit dans le mur, avec Flamby c’est l’imposture ! Droit dans le mur, droit dans le mur, avec Sarko la pourriture ! Droit dans le mur, droit dans le mur ! Putain ça fait 30 ans que ça dure ! ». Et histoire d’être encore plus dans l’air du temps, ces derniers renchérissent : « On nous prend tous pour des cons / Hollande, Sarko, Marine, Macron / ces socialistes-capitalistes, ces pétainistes et ces fachistes ! ».

En tirant à tout va, LSM se taillent leur part du gâteau : en montrant du doigt l’Etat d’urgence tandis que de nombreux états assassinent aux quatre coins du globe, Lalala se pare d’une jolie toile anti-militariste. En n’oubliant de replacer l’Homme au cœur des préoccupations, le groupe ne manquera pas de saluer leur vieux pote, Demain dès l’aube, avec un track tout simplement humain. Le groupe, pilier du punk français, n’hésite pas non plus à se faire plaisir avec un morceau qui retrace leur vie, Les Sales Majestés, qui ne peut que renforcer le constat précédent. Des moments entre frangins, des titres devenus mythiques… d’ailleurs les gus en profitent pour revisiter un de leurs classiques, Pphaine, version 2016, qui garde toute sa force de frappe.

Sans révolutionner le genre, Les Sales Majestés poursuivent leur route avec ce « Droit dans le mur » qui nous annonce, politiquement, rien de bon. Musicalement, le groupe a choisi de prolonger les sonorités de « Ni Dieu, ni maître » (2015). Même si quelques tracks manquent de renouvellement ou de saveurs comme Sex, drogue et rock’n’roll ou Les amants maudits, il faut bien reconnaître que LSM, même après 20 ans de carrière, arrivent à nous sortir quelques nouvelles bombes bien agitées de leur studio (Droit dans le mur, Flamby, Les Sales Majestés, No futur, Où est-il possible de vivre ?). Du coup, autant faire durer le plaisir !

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1. No futur
2. C’est la France
3. Droit dans le mur
4. Sex, drogue et rock’n’roll
5. Où est-il possible de vivre ?
6. La lutte des classes
7. Les amants maudits
8. Lalala
9. Les Sales Majestés
10. Pphaine 2016
11. Demain dès l’aube
12. Flamby (bonus track)

Durée : 32 min
Sortie : 7 avril 2017
Album : 7ème
Genre : Punk
Label : DKP Prod

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