Chronique

Les Cowboys Fringants « Sur un air de déjà vu… » (2008)

31 octobre 2009, Aiollywood
les cowboys fringants album sur un air de déjà vu

Il y a tout juste un an les Cowboys Fringants dévoilaient « L’expédition ». Un retour fracassant et tant attendu, mais qui annonçait surtout une deuxième partie à cette galette, « Sur Un Air de Déjà Vu… ». Les 16 derniers titres qui venaient fermer la boucle du travail de nos québécois engagés durant l’année 2008. Alors, simple continuité ou album à part entière ?

Nos amis canadiens auront simplement attendu 1 mois pour se délecter de la suite de « L’expédition ». Nous autres européens, ce n’est simplement qu’au mois de mars 2009 que nous avions pu nous en emparer. Longue attente tant la qualité de la première partie nous avait mis l’eau à la bouche. Léger, travaillé, entrainant, le mélange folk/pop/rock des Cowboys est increvable, sans cesse renouvelé,  et inlassablement nos réactions restent inchangées.

« Sur un air de déjà vu… » vient donc clôturer le long travail fourni en 2008 : plus de 30 compositions, un premier album, et une omniprésence sur scène autant en Europe qu’en Amérique du Nord.

« Sur Un Air de Déjà Vu… » annonce des sonorités déjà entendues, des bouts de morceaux retravaillés, le tout greffé dans le nouvel atmosphère soigné des Cowboys. Alors forcément la découverte de ce deuxième volet semble perdre une partie de sa saveur. Et pourtant, quelle erreur. Au moment où finalement l’on s’y attendait le moins, les Cowboys font mal. Lorsqu’on pensait qu’ils ne pouvaient pas nous surprendre sur cette galette particulière, une nouvelle fois, leurs mélodies font mouches. Oui, il y a des airs de déjà vu : des bouts de Gina et de JP se retrouvent sur La ballade de Jipi Labrosse… et c’est tout. On s’attendait réellement à entendre des chutes ou des mélodies déjà entendu, mais le résultat défie encore la chronique.

Cet album s’inscrit dans la lignée de « L’expédition » par sa narration, sa fabuleuse capacité à nous faire voyager d’un lieu à un autre, violon et guitare sèche à l’appui : Vacance 31 a de quoi redonner le sourire à un désespéré et par opposition, Par chez nous nous amène dans les vieilles villes industrielles du Canada, aujourd’hui en pleine crise économique, avec comme horizon fermeture d’usines et chômage. On ne peut que constater la force des mots de Karl Tremblay à travers cette mélodie fataliste mais qui n’oublie à aucun moment la valeur humaine… Au pays des sapins géants restera lui aussi un des morceaux les plus aboutis de l’album : cette magnifique ballade acoustique est une belle leçon d’écologie, nostalgique aussi dans ce Canada qui coupe par an ses forêts l’équivalent de 16% de la superficie de la France.
Enfin comme à l’accoutumée, Marie Annick Lépine et sa douce voix, a droit à sa composition toujours aussi mélancolique sur Quand tu pars.

Mais « Sur un air de déjà vu… » n’est pas simplement une continuité de « L’expédition », loin de là. Il est également un sacré retour en arrière, les fans ne pourront qu’apprécier : on se délecte à nouveau des côtés hilarants et dantesques des Cowboys. Comme s’ils décidaient de se replonger dans les premiers albums tels que « Motel capri » ou encore « Sur mon canapé »

Des morceaux à l’ancienne plus courts (d’environ une minute trente voir deux minutes chacun), mais bougrement efficaces : Pittoresque est entêtant mais tellement vrai « qu’il est pittoresque mon beau Québec, pays de progrès et de beaux attraits ! ». Second degré mais si attrayant, où l’autodérision politique laisse place à un final clownesque et country comme au beau vieux temps. Le blues d’la vie, morceau de blues comme son nom l’indique est fait pour broyer du noir, Les Cowboys délirent sur « le travail, la routine, le train train quotidien… boucle infini, maudit maudit lundi ! »… mais aussi sur les soirées trop arrosées sur Rentre à pied !

Enfin on ne peut pas passer à côté de morceaux tels que 1994 qui n’est pas censé rappeler une certaine jeunesse pas si lointaine malgré la nostalgie évoquée sur « L’Expédition », ou encore de parades tels que sur le track Beau frère. Jeux de basse, d’harmonica et de violons avec la traditionnelle gratte caractéristique aux Cowboys, ils prennent un malin plaisir à plumer le beau frère lors des interminables parties de poker « il est si fatiguant qu’on jugerait qu’il est français ! », sans oublier de jouer sur les mots « on l’invite au poker car il est alcoolo et qu’on aime battre le beau frère tant qu’il est chaud ! ». On ne tarde pas à retrouver cet engouement festif et sarcastique (un peu à l’écart sur « L’expédition ») sur Chanteur pop. Les Cowboys aiment se moquer de ces artistes préfabriqués, propulsés sur le devant de la scène par je ne sais quel coup médiatique… mais qui tombent aussi rapidement dans l’oubli « maintenant que son deuxième disque a fait patraque , le chanteur populaire est en déclin, devenu as been du jour au lendemain… il aurait du mettre de l’argent de côté au lieu de se le mettre dans le nez … Ça fait des années que l’on ne l’a plus vu, certains disent l’avoir reconnu, vêtu en agent de sécurité, il faut bien continuer à payer son loyer ! ». Tout est si bien résumé.

L’univers si particulier et unique des Cowboys Fringants prend encore toute son ampleur sur ce nouvel album. Nous qui pensions avoir affaire à des morceaux retravaillés, force est de constater que ce n’est pas le cas. C’est une fois l’écoute de l’album terminée que nous comprenions pourquoi le groupe a choisi d’appeler cette galette « Sur un air de déjà vu… ». Il a pioché chaque tendance travaillée dans ses différents opus et nous en a retranscrit de nouveaux morceaux, mais à part entière, avec toujours la même conviction. Alors forcément chaque amateur du groupe, de n’importe quelle époque, y trouvera son compte.

Drôles, légers, engagés, nostalgiques, revigorants, dynamiques… les Cowboys Fringants continuent de nous amadouer tout en grandissant. Ils finiraient presque par nous donner envie de les retrouver dans leur beau Québec.

Les Cowboys Fringants, « Sur un air de déjà vu… » (2008).

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