Chronique

Krav Boca « City hackers » (2020)

6 novembre 2020, Aiollywood
chronique krav boca city hackers
Temps de lecture : 3’00

L’indépendance, cela se travaille. Ou plutôt, cela se cultive : sur les sillons alternatifs du rap mais aussi du punk, Krav Boca bêche son jardin musical entre la Grèce et Toulouse. Avec une toile de fond toujours plus urbaine et saignante, le groupe est revenu le 1er mai dernier avec un quatrième album, « City hackers ».

Le monde va mal. C’est une certitude. Pas la peine de tourner mille fois autour de la question : il suffit de jeter un œil devant sa porte, celle du voisin, celle de l’État, celle de l’autre côté de la Méditerranée, pour comprendre. On préfère déresponsabiliser les gens plutôt que de chercher à démêler le gros sac de nœuds. On préfère déshumaniser l’être humain plutôt que de le considérer à sa juste valeur et de lui permettre d’exister. Dans ce grand foutoir, Krav Boca est revenu mettre son grain de sel pour contribuer, à sa manière, au mouvement contestataire. Et c’est encore plus brûlant que jamais…

Sur ce nouveau skeud, « les joyeux voyous » que chantait Massilia à la fin des années 90 sont toujours sur le qui-vive : les 9 compos présentes dans ce « City hackers » sont là pour le démontrer. Ici, on ne fait pas de détour, on va direct à l’essentiel, que ce soit dans la ville rose ou en mettant un cap à l’Est mais aussi plein Sud ! Comme à leurs habitudes, les collaborations fleurissent au beau milieu du printemps et une halte à Casablanca, avec Al Nasser en prime, s’impose : à coups de riffs rock bien placés, la mélodie est plutôt simple mais la sobriété rend haineux…  Krav Boca se met à dépeindre la Carte postale d’une société idéalisée par l’appât du gain qui marche à contre-courant pendant que les minorités suffoquent.

Dans cette ambiance d’emblée étouffante, l’arrivée de Chata Flores sur Souterrain va faire monter la pression d’un cran : là où la rébellion est matraquée, « la classe du mépris » prend le contrôle et les reines sont lâchées ! Depuis Saragosse, le regard se tourne vers là où la convergence de luttes explose. Cette puissance, elle s’exprime crescendo avec une première partie d’album corrosive : Kravmikaz porte bien son nom, il débourre et repousse tout ce qui se mettra en travers de leur route. Avec un format de compo à l’image de ce qui se fait dans le milieu punk, Krav Boca change son cocktail d’épaule et a (presque !) tombé la cagoule.

Sous cette bannière rouge et noir qu’elle agite, le crew fait couler de l’encre et compte bien continuer d’user le pavé. Que ce soit à bord de leur Camtar qui met KO Rohff dès le premier couplet, Krav Boca s’est balancé des doses de punk létales les veines et il va falloir se pousser ! L’âme de peau rouge qui sommeillait en eux s’est réveillée, Crust riot atteint le point culminant de la rage de l’album : à la limite d’un métal bouillant avec My Own Voice et Matrak Attakk, le rouleau compresseur semble inarrêtable…

Et pourtant. Là où l’on n’avait jamais connu le groupe aussi agité, c’est aussi là qu’il va continuer à surprendre avec Gas mask. Avec un masque à gaz bien vissé sur la tête, la désobéissance civile a trouvé son pendant avec un « nous sommes les lance-pierres de nos enfants » qui fait mouche. Sous couvert d’une mélodie chaloupée, la virée rencontre Speira avec un violon qui nous amène ailleurs.

Si les tensions s’apaisent sur Poison avec Zafina, elles restent pesantes, comme si l’appel du vide se faisait plus fort… Il ne manquait que le titre éponyme, City hackers, pour marquer au fer rouge cette griffe « Krav Boca ». Avec ce punk à la mandoline, l’esprit vagabonde mais tombe sur un message, clair comme de l’eau de roche, qui résonne encore : là bas, plus loin, derrière toi, la lutte s’organise.

Dans les méandres de la ville, Krav Boca continue à se l’approprier pour mieux comprendre ceux qui nous entourent et nous gouvernent. Pour y évoluer, il faut avant tout savoir la dompter pour ne pas se faire bouffer. « City hackers » ne déroge pas à ses idées dans le texte et il poursuit, aussi, la mutation musicale du groupe avec un penchant de petit agité bien trempé.

Krav Boca, « City hackers », disponible depuis le 1er mai 2020 (9 titres).

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1 commentaire

  • Répondre Suzie 7 novembre 2020 at 12 h 41 min

    Super album mais krav boca surtout à voir en live !! Concert à l’antifa fest de zurich c’était juste le feu dans la fosse.. 1312 soutien total de lausanne

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