Live Report

Harrison Stafford au Clapier : Merci Professor pour cette belle leçon d’humanité (Saint-Etienne, 42) 11.05

17 mai 2017, Clem
Harrison Stafford Le Clapier Saint Etienne 11 mai 2017

Un train passe le long du quai de gare. En arrière-plan, le puits éclairé de la Mine rappelle la galère des gueules noires. A l’intérieur, les hauts plafonds et l’architecture marquent l’histoire du lieu. Le Clapier, ancienne gare reconvertie en lieu culturel, accueille ce jeudi soir Harrison Stafford, chanteur charismatique de Groundation venu poursuivre son chemin de lutte à travers son « reggae conscient ». Le public stéphanois est nombreux pour vibrer au son roots du californien, accompagné des cinq musiciens de The HandCart.

La foule se masse lorsque le Professor s’avance au milieu de ses musiciens sur la belle scène du Clapier. Une entrée discrète qui annonce le ton d’un concert aux allures de message prophétique, 36 ans jour pour jour après le décès de son guide spirituel et musical, Robert Nesta Marley. Dès les premiers accords, on se doute que The HandCart sera au niveau de l’ambition musicale qu’a toujours porté Harrison, depuis ses débuts avec Groundation vingt ans plus tôt. A la frontière entre jazz et reggae, le Professor dicte le rythme et diffuse rapidement cette harmonie des sons si singulière à ses compositions. Jah Sending Out et Roller Coaster font monter ses cordes vocales et dessinent les méandres de son cou, cachés sous sa barbe hébraïque. Les lunettes professorales sur le nez, Harrison répand ses envolées vocales dans le cœur et les corps du public stéphanois. Puis, il délaisse la lumière à son bassiste, son guitariste, son pianiste ou son batteur pour des solos improvisés délicieusement envoûtants. Harrison les félicite ou les enlace, preuve de ce respect perpétuel. Engagés dans un état presque méditatif en jouant, les cinq musiciens font écho à la puissance des émotions délivrés par Harrison qui expulse toute sa force de vie à travers la salle, comme possédé par sa musique. Il crie, pleure, serre le poing, ouvre les bras, implore le ciel, cristallise les regards. Et lorsque la musique s’arrête, ce sont ses discours humanistes qui implorent ce « One Love » universel : avec son charisme habituel, le Professor défend les besoins fondamentaux pour chaque être humain et appelle chacun à préserver la dignité et le respect de tous. C’est alors que le discours de libération de Mario Savio (Young Dread) retentit pour donner encore un peu plus de musicalité à son message. Avec Young Dread, Hush et One Dance, les trois perles du dernier album éponyme, Harrison Stafford & the HandCart font danser le public avec un reggae plus joyeux, plus soyeux, toujours conscient. S’en suit la sublime Picture on the Wall de Groundation et Warrior Sound de Rockamovya où Harrison explore les créations musicales issues de ses divers groupes.

Harrison Stafford Le Clapier Saint Etienne 11 mai 2017

Et puis, l’apothéose. Deux coups secs de nyabinghi. Une ligne de basse. Et la voix du Professor. « They leave their drop, upon new nation. They free sell your soul, oh no oh no, upon creation ». Un océan de sérénité se déverse sur le Clapier. Le Groundation Chant sonne religieusement, porté par certains adeptes comme un hymne de vie. Harrison frappe le nyabinghi à bras perdus, les yeux clos et la tête pleine de rêves. Le dernier coup retentit et la foule acclame le rasta avec la vigueur méritée d’une chanson très rarement jouée en live. Le Professor clôt ensuite l’hommage à Marley de la plus belle des manières, en reprenant un de ses chefs d’œuvre. On se serait cru à Santa Barbara (Californie) en 1979 quand les premières notes de Concrete Jungle fusèrent dans les enceintes. Avec la même puissance que Marley, Harrison prêche une dernière fois sa lutte contre l’oppression : « No chains around my feet, But I’m not free, oh-ooh! I know I am bound here in captivity ».

Près de 2h d’une leçon de respect et de musique après, le Professor salue le public stéphanois les armes à la main. Celles pour lutter contre la captivité et faire émerger cette « armée noire, vengeresse, dont la germination allait bientôt faire éclater la terre » (Germinal, Zola). Les mineurs contemporains quittaient alors le Clapier plein de force et de joie, portés par cette énergie si positive, si contagieuse. Prêts à monter dans le train.

One Love !

Harrison Stafford nous a gentiment accordé une interview qui sera à retrouver très prochainement sur le YouTube et le site du Musicodrome. Il évoque son rapport à la scène, sa philosophie de vie, sa vision du reggae et bien d’autres sujets encore. Avec toujours cette même force et cette même vitalité.

Merci à l’asso Free Mômes et au Clapier pour cette très belle soirée. Nos excuses pour Hope Ration, groupe de reggae stéphanois, que nous n’avons pas pu voir en ouverture.

Crédits photos : Pierre Jaffeux (Eidetic Studio)

Articles affiliés :

Dub Inc' Festival de la Meuh Folle 2017 Alès Photolive30

Festival de la Meuh Folle : en meuh, en large et en travers ! (Alès, 30) 24/25.03

29 mars 2017

« In Dub We Trust » : le Cabaret Sauvage fait trembler Paris ! 09.07.16

19 juillet 2016

Barjac m’en chante, jour 6 : une joyeuse soirée où tout va à Volo ! 03.08

4 août 2017

1 commentaire

  • Répondre Hope Ration 17 mai 2017 at 16 h 03 min

    Très bel article. Excuses acceptées 😉

  • Donnez votre avis

    Conception & réalisation : Cereal Concept