On file aux Eurockéennes ! – Jour 2 (Belfort, 90) 03.07

15 min de lecture

Ce festival, c’était un peu un fantasme lointain, tant j’ai voulu y aller souvent sans finalement me lancer. Cette année, je me motive enfin à demander une accréditation, histoire de partager avec nos lecteurs du Musicodrome, un peu de cette folie belfortaine. Un week-end intense que je vous propose de découvrir en détail.

Belfort, terre promise !

C’est avec une grande surprise que j’ai découvert mon accréditation officielle pour les Eurockéennes à peine une semaine avant l’événement. Branle-bas de combat pour trouver, dans l’urgence, un logement et des billets de train pour rejoindre la capitale Belfortaine. Sincèrement je n’y croyais pas, vue l’offre de logement totalement saturée à cette période. Heureusement pour moi (alignement de planètes ?), une chambre s’était libérée non loin (6 km) du site du festival.

Ni une, ni deux, me voilà dès le jeudi dans le train pour Belfort, où échappant à la canicule ambiante, je vais découvrir un paysage tout vert et une fraîcheur inattendue. A peine le pied mis à Belfort, je grimpe dans un bus, direction ma chambre pour y déposer mes affaires avant de filer au festival pour cette première soirée. Il est déjà 20h passées, autant dire que cette soirée va être courte.

En arrivant à l’espace presse avec tout mon matos, je découvre avec stupeur que je ne suis pas sur les listes des accréditations photo… Une sueur froide m’envahit car je suis essentiellement là pour faire des images. Grace à la sympathique équipe d’Ephélide, qui s’occupe de la presse, la situation se débloquera dès le lendemain. Ouf ! Car je n’aurais vraiment pas vécu les choses de la même manière.

Le sésame en poche, j’entre dans l’antre de l’un des plus gros festivals de l’été, qui est installé dans un immense espace naturel, la presqu’ile de Malsaucy. Sur place, quatre scène et une grande roue dans un site de près de 10 ha. La grande scène se trouve au pied d’un amphithéâtre naturel ce qui donne une bonne vision de ce qui s’y passe, même à distance.

Après ce long voyage, j’ai le plaisir de découvrir un groupe américain iconique, The Offspring, qui va enchainer ses titres les plus emblématiques Come Out and Play, Hammerhead, Gotta Get Away, Pretty Fly (for a White Guy) ou The Kids Aren’t Alright souvent arrêtés en plein milieu pour raconter des conneries, balancer des fuck off puis repartir. Des américains, quoi. The Offspring reprend également des titres de Black Sabbath, Ozzy Osbourne, The White Stripes et même Taylor Swift (Love Story) ! Le show dure près d’une heure trente, de quoi bien apprécier le moment.

A la fin du concert, je décide de ne pas m’attarder sur Airbourne mais de tester le chemin de retour de nuit au travers de la forêt. C’est là que je vais découvrir que j’ai près de 50 mn de marche pour rentrer jusqu’à mon logement. Une expérience unique qui va transformer ce festival en un véritable entrainement sportif.

Dès le lendemain, les choses sérieuses commencent

Après une première nuit passée à Belfort, il est temps de me lancer à l’assaut de cette première journée de festival. Je rejoins le site au moment où les anglais de Man/Woman/chainsaw ont déjà attaqué leur set. L’ambiance est tranquille, entre guitares et violons face à un public qui observe avec curiosité ce groupe dont on parle beaucoup Outre-Manche. Je me pose un peu en consultant le programme de la soirée et tente en parallèle de m’imprégner de la musique de ce groupe chorale.

Direction ensuite le chapiteau Greenroom pour découvrir la chanteuse de R&B Joy Crookes. Je n’avais jamais vraiment entendu parler d’elle mais je m’aperçois très vite que c’est une artiste que j’entends régulièrement sur Nova, en particulier quand résonne le titre Somebody to You. A l’écoute de ses chansons, on pense immédiatement à Amy Winehouse même si son univers s’en détache subtilement. Le set est super agréable et je passe vraiment un bon moment.

Ayant noté que KT Gorique et Nash jouaient du côté de la scène de la plage, je file assister à la fin de leur concert où l’on se sent plongés au cœur d’Abidjan dans une ambiance joyeuse et survoltée. Les deux rappeuses assurent un show endiablé en français et en nouchi, l’argot populaire de la Côte d’Ivoire.

La soirée débute vraiment avec Ultra Vomit

Sur la chemin vers la grande scène (on marche beaucoup aux Eurockéennes), je croise un gentil requin qui fait des câlins. Je suis toujours épaté par tous ces festivaliers qui n’hésitent pas à s’habiller de manière extravagante pour mettre l’ambiance.

Sur la grande scène, Ultra Vomit crée l’événement. Il suffit de voir la foule grossir à vue d’œil face au crash pour bien mesurer l’aura de ce groupe déjanté qui n’a toujours pas joué ici malgré deux tentatives depuis 2020. Dès les premières paroles d’Évier métal, les gens deviennent complétement dingues et se ruent dans l’univers métalo-parodique du groupe nantais.

La pression monte d’un cran avec Doigts de Métal pendant lequel deux énormes mains gonflables qui forment le signe des cornes se dressent derrière le groupe.

Avec eux tout peux devenir un sujet de chanson, le paroxysme étant atteint avec Miction : impossible (Sonde de bite) qui raconte les péripéties de Fetus, à la suite de l’opération de sa hernie.

Ensuite ça déroule avec tous les titres cultes du groupe tels que Ricard Peinard, Patatas Bravas, Mortal Konkass, Je collection des canards (vivants) ou la Puissance du Pouvoir. Le tout, toujours dans un respect total des références du métal : power chords et gallopp en pagaille ou growl surpuissant. Ultra Vomit conclut son set par un A.N.U.S tout en finesse qui ravit la foule hilare des Eurockéennes.

Rendez-vous avec la meilleure fanfare du monde

Dans l’immense site du festival, je mets un peu de temps à explorer tous les espaces disponibles. Et c’est du côté du food court que je retrouve l’excellentissime Green Line Marching Band. Nous avions déjà eu la joie de les croiser au Yeah! en 2025 et en avions gardé un très bon souvenir.

Comme à son habitude, la fanfare nantaise va mettre une ambiance de feu sur son passage entrainant une foule toujours plus compacte dans son sillage. Mini tracteur en tête, les musiciens balancent des hits incontournables débutant avec Joan Jett (I love Rock’n’Roll), en passant par Franz Ferdinand (Take me Out), MGMT (Time to Pretend), Radiohead (Paranoid), Iggy Pop (I wanna be your dog) sans oublier Blur (Girls and Boys) ou Philippe Katerine (Louxor).

L’ambiance est joyeuse, festive et on observe même un Charlie facétieux qui vient réhydrater le pilote du tracteur de bière fraiche. Je l’avais dit à l’époque, je le redis à nouveau : cette fanfare est incroyable. Ne les loupez pas si ils sont annoncés près de chez vous !

Les choses s’emballent

A peine la dernière note du Green Line Marching Band jouée, qu’un mouvement de foule se déploie vers la grande scène. En effet, une des grosses têtes d’affiche de la soirée arrive surs scène après un long périple en backstage retransmis en direct sur les écrans géants.

L’heureux élu est Orelsan que je découvre pour la première fois hors de son canapé de la série Bloqués. Je ne connais pas bien son univers mais reconnais tout de même des titres comme Basique, joué dès le début du concert, Défaite de famille, l’Odeur de l’essence ou la Quête.

Pour une fois, il y a des musiciens sur scène (ça c’est cool) mais je ne rentre pas vraiment dans le show. Je trouve ça un peu plat, contrairement au public qui est tout autour de moi.

Du coup, je bouge vers les musiques plus underground et file retrouver Sleaford Mods du côté de la plage.

La dernière fois que je les avais vus c’était à Paloma il y a quelques années et on ne peut pas dire qu’ils aient trop changé. Le duo est composé de Fearn, à la danse aussi minimaliste que les rythmes électros qu’il balance et de Williamson qui éructe son spoken word sombre et corrosif.

Sleaford Mods, c’est franchement un ovni. Mais une fois qu’on est entrés dedans, on ne peux empêcher notre corps de suivre les pas de danse désarticulés de Fearn à côté de ses machines. On retrouve les morceaux engagés du groupe dès l’intro avec The Good Life suivi de Megaton. Entre ombre et lumière, Williamson cisaille l’espace avec ses couplets tranchants. Je reconnais un peu plus tard UK Grim et Jobseeker parmi la longue liste de titres qu’ils enchainement sans pause. Ils s’offrent même le plaisir d’une reprise des Pet Shop Boys avec West End Girls. Ce groupe vaut le coup d’oreille et c’est un plaisir de retrouver ces deux punk anglais sur scène.

Une bonne dose de Dub pour finir la soirée

Avec la fin du concert de Sleaford Mods, mes oreilles sont attirées par une ligne de basse dub bien sympathique. Je file du côté de la scène loggia, la plus petite du festival, pour découvrir le duo bisontin THK (Tetra Hydro K), bien connu de nos fidèles lecteurs du Musicodrome.

Grosse lignes de basse, soupçon d’électro et de saxophone, la recette d’un live explosif qui attire rapidement une foule dense. Au milieu du set, nous voyons apparaitre un brass band d’une vingtaine de musiciens qui vient ajouter une puissance organique incroyable à un show déjà bien musclé. Calés de part et d’autre de la table de mix, les musiciens de l’école de musique du Plateau s’entremêlent brillamment à la musique de THK, qui prend alors une nouvelle dimension.

Il est déjà presque une heure du matin et connaissant le long trajet pédestre nocturne qui m’attend, je décide d’en rester là pour cette nuit, laissant tomber les concerts de Shaârghot et VALD x Vladimir Cauchemar X Todiefor qui m’accompagnent toutefois une bonne partie de mon trajet. Nous sommes peu à choisir cette option piétonne qui apparaît assez risquée vu le nombre ahurissant de vélos lancés à vive allure sur cette piste cyclable. Avec ma frontale sur le crane, tout se passe pour le mieux dans un air frais qui me fait oublier un temps la cagne que j’ai quittée la veille.

Crédits photos : Olivier Scher

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