Un samedi de folie aux Eurockéennes ! – Jour 3 (Belfort, 90) 04.07

17 min de lecture

Déjà la troisième journée qui pointe son nez avec une programmation riche et éclectique qui nous attend sur le site de Malsaucy. Comme dans tout gros festival, il va falloir faire des choix, et assumer de ne pas tout voir.

Un projet atypique pour l’ouverture de la journée

Aujourd’hui j’ai rejoint le festival dans l’après-midi car j’avais rendez-vous avec Bertrand Belin pour une interview « canine » que nous diffuserions bientôt. Sur le chemin, je croise un groupe de cigognes qui s’est installé dans les champs qui bordent le site. Et quand on arrive sur place, on longe un étang et on aperçoit les Vosges au loin. Un vrai cadre bucolique ! Je croise Mathieu Pigasse du côté de l’espace presse, pas étonnant car ce dernier est président du festival depuis 2015.

Ma journée musicale début avec un projet assez incroyable que je n’aurais pas imaginer figurer à l’affiche d’un festival comme les Eurockéennes. Car c’est un spectacle de cabaret burlesque qui est proposé pour cette ouverture de soirée. Et pas n’importe lequel. Avec Madame Ose Bashung, nous sommes projetés dans l’univers d’Alain Bashung en mode drag à hauts talons. C’est irrésistiblement incarné, à la fois touchant et thrash, tout en rendant le plus bel hommage imaginable aux texte du poète disparu. D’Osez Joséphine à Vertige de l’Amour, en passant par La nuit je mens, Gaby oh Gaby ou des titres plus confidentiels tels que Je fume pour oublier que tu bois, c’est tout le répertoire de Bashung que l’on redécouvre dans des mises en scène époustouflantes.

Car les surprises s’enchainent, entre scud bien envoyé à l’attention de Retailleau, costumes brillant de mille feux, gros cigares ou numéro de sangles aériennes sur la chanson Volutes. J’ai adoré cette entrée en matière super atypique qui trouve idéalement sa place dans un festival de rock et musiques urbaines.

Bertrand Belin, la transition idéale

A peine le spectacle terminé, je file du côté de la plage pour retrouver un digne héritier de Bashung, le chanteur Bertrand Belin. Rencontré un peu plus tôt dans la journée, je suis heureux de retrouver le timbre si particulier du crooner français. Il défend son dernier album, Watt, sorti au printemps.

Le concert début avec Pluie de data puis Sur mon 31, deux titres qui en disent long sur la crise de l’humanité et la grande solitude existentielle qui en découle. Pas étonnant non plus de retrouver ensuite Que dalle tout (issu de Tambour Battant) puis Berger qui parle d’une certaine angoisse de la responsabilité et du refus de guider les autres.

Nous retrouvons un peu plus de légèreté par la suite avec par exemple Sur le Cul ou Oiseau. Mais même sur des sujets plus difficiles (De corps et d’esprit sur les migrants ou Surfaces qui dessine le bilan d’une vie affective), Bertrand Belin y met toute sa pudeur et sa poésie pour venir glisser des émotions qui nous touchent indéniablement. La setlist de son concert est très largement consacrée à ses deux derniers albums qui prennent une dimension magique sous le soleil de la plage.

Dans le public les maillots de l’équipe de France de foot et les drapeaux bleu-blanc-rouge peints sur les visages sont de plus en plus visibles, annonçant le 8ème de finale de la coupe du monde contre le Paraguay. Un événement qui va captiver les foules, souvent plus que les artistes du jour…

La déflagration californienne sur la scène de la Loggia

Après cette douce entrée en matière, il est temps de retrouver une ambiance plus explosive et c’est sur la scène de la Loggia que cela se passe. Ils sont six, tout droit venus de Californie et vont retourner le public en quelques minutes avec un son mélangeant influences des seventies, indie rock façon Strokes et folk assumé. Ils s’appellent The Sophs et cela va s’avérer être mon coup de cœur du jour.

Leur concert est à l’image du premier titre qu’ils jouent THE DOG DIES IN THE END où la douceur de la guitare folk se mêle à la brutalité des guitares créant une tension qui prend aux tripes. Un titre issu de leur album Goldstar sorti ce printemps. On retrouve aussi un quelque chose de MUSE à ses débuts sans la grandiloquence de ces derniers, mais avec une théâtralité assumée. C’est en particulier le cas sur BLITZED AGAIN ou I’m your Fiend. La comparaison s’arrête là tant la proposition de The Sophs est incarnée et originale. Il suffit d’écouter Sweat, joué en fin de set, pour s’en convaincre.

Le concert est puissant, plein de guitares saturées et de moments de respiration qui contrastent avec des déflagrations inattendues. C’est très très bon et j’ai déjà hâte de les revoir pour j’espère, un set un poil plus long.

En route pour l’Irlande !

Je me décide ensuite à aller rejoindre la plage pour aller écouter un grouper irlandais recommandé par Fontaines DC. En passant devant la Greenroom, j’ai jette un œil à l’énigmatique President, qui, sous son masque, déroule un métal hybride mêlant metalcore et indus et imagerie de pouvoir. Un poil too much à ce moment là de la soirée pour moi, d’autant que le soleil se couche tranquillement nous offrant une ambiance féérique.

Arrivé devant la scène, je retrouve les cinq irlandais de Cardinals, venus présenter leur premier album Masquerade sorti cet hiver. Le premier truc qu’on repère sur scène est la présence d’un accordéon, instrument pas si courant que ça dans le rock, alors qu’il a fait les beaux jours de toute une scène alternative.

Entre folk traditionnelle irlandaise, post-punk et rock alternatif, le projet est convainquant malgré la relative timidité du groupe. On sent que le potentiel est là avec des titres particulièrement réussis tels que She Makes Me Real, joué en ouverture, ou Barbed Wire et son rythme entêtant soutenu par l’accordéon. J’aurais bien aimé les voir s’exciter un peu plus mais il faut reconnaître que le moment était particulièrement agréable avec ce coucher de soleil mémorable.

Il est temps de faire une pause

A peine le concert des Cardinals terminé, que déjà la folie furieuse de Gans se fait entendre du côté de la loggia. Impasse pour moi ce coup-ci, les ayant déjà largement pratiqué au Yeah! il y a quelques semaines. Du côté de la grande scène ce sont les Lumineers qui se sont lancés, groupe dont on se rappelle du titre Ho Hey il y a une dizaine d’années.

Il est donc temps de vous parler de l’offre de restauration du site. Si du côté de la nourriture on a l’embarras du choix, on ne peut pas dire de la même chose des boissons avec une offre ridicule quand on connaît le potentiel de brasseurs locaux de la région. Et pire que tout, les bières (industrielles), sont servies par des distributeurs automatiques… Une vraie déception pour moi qui ai traversé une partie de la France pour découvrir ce terroir inconnu.

Heureusement, les choses sont plus positives du côté des food trucks où l’on peut trouver des flammekueche et de bonnes préparations locales à base de cancoillotte, Comté ou saucisse de Montbéliard ! Pour le coup, ça régale. Il y a même des glaces artisanales à la mirabelle ou à la rhubarbe.

Autour de moi je sens que la pression monte, entre huitième de finale de la coupe du monde et concert de Pulp à venir.

La coupe du monde, le choix du plus grand nombre

Contre toute attente, c’est bien le foot qui semble gagner à cet instant avec de nombreuses foules agglutinées devant les différents écrans géants du site. Ceci me semble un peu surréaliste en plein festival de musique et avec une coupe du monde aussi détestable mais bon, il va falloir s’y faire…

Pendant ce temps, Pulp nous offre un show dantesque

Le bon côté de cette situation est que je me retrouve hyper bien placé pour profiter de l’intégralité du concert de Pulp aux côtés d’un fan marseillais qui partage cette passion du groupe britannique avec ses enfants.

J’ai du mal à croire que je suis vraiment devant Pulp, un des groupes que j’ai le plus écouté à la grande époque de Bernard Lenoir sur Inter, et que je n’imaginais pas voir un jour sur scène. Jarvis Cocker, chanteur iconique du groupe britannique, est le seul membre présent depuis l’origine du groupe en 1983. Et il est là, en pleine forme, démarrant son tour de chant avec Sorted for E’s & Wizz avec cette voix si reconnaissable.

Le groupe enchaine avec Disco 2000 qui me plonge illico au lycée et cette période d’insouciance et de possibles. Il est amusant de se dire que ce morceau fait lui aussi appel à la nostalgie et aux souvenirs d’enfance de Jarvis.

On saute les décennies avec Spike Island issu de leur dernier opus More, sortie en 2025. Après un détour par le début des années 90 (Razzmattaz puis Pink glove), retour en 2025 avec Farmers Market avant d’enchainer sur l’emblématique This is hardcore et son ambiance hollywoodienne.

Punaise, qu’on est bien là. D’autant plus avec un Jarvis Cocker bien en forme ce qui nous permet de vivre ce concert de Pulp presque comme à la grande époque du groupe. Il profite de ce moment pour envoyer des bonbons et des grains de raisins à son public, une manière de prendre soin de ce dernier tout en adressant un clin d’œil aux musiciens qui balancent médiators ou baguettes à la foule.

Après nous avoir rappelé qu’ils ont joué aux Eurockéennes il y a bien longtemps, en 1998, il lance le titre Do You Remember The First Time ? puis Mis-Shapes dont le tempo binaire et les guitares acérées nous rappellent la grande époque de Different Class dont nous retrouverons l’incontournable Common People un peu plus tard.

Le set se clôt sur A Sunset, dernier titre de leur dernier album More et une manière d’interroger l’avenir de l’humanité. Et au delà de nous poser la question à nous qui baignons dans ce monde moderne déshumanisé.

Franchement, je ne comprends pas pourquoi nous nous sommes retrouvés aussi peu nombreux devant cette scène, la majorité préférant suivre un match de foot sur écrans géants. Certes, le groupe a connu son heure de gloire il y a quelques décennies mais quand on entend le dernier opus, il est évident que Pulp n’a rien perdu de son éclat. J’aurais bien aimé entendre plus de 15 morceaux mais je chipote un peu tant j’ai pu profiter d’un concert exceptionnel dans des conditions vraiment parfaites.

La fatigue se fait sentir…

Il n’est pas loin de minuit et on en sent que la fête bat son plein. Du côté de la plage, ça tabasse bien avec Nico Moreno qui rassemble une marée humaine devant sa platine. Les drapeaux flottent au vent, la foule célébrant la courte victoire de la France face au Paraguay.

Du côté de la Greenroom, Enhancer a attaqué son show énervé auquel viendra se joindre le non moins vénère Joey Starr et ses punchlines brutales.

De mon côté je prends le large afin de garder un peu d’énergie pour le dernier jour tout en me disant que j’ai encore 50 minutes de marche à pied avant d’arriver jusqu’à mon lit.

Ce soir c’est Mosimann qui accompagne ma randonnée nocturne. Une belle manière de conclure cette troisième soirée belfortaine !

Crédits photos : Olivier Scher

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